PRIERE A VENUS
Vénus, je ri ai plus rien pour faire un sacrifice Qui te rende à mes vœux bienveillante et propice ; Je tends vers ton autel des mains vides et creuses Je n'ai point de bélier aux fougues amoureuses, De chèvre ni de bouc, pas même une colombe, Pas même un passereau ; toute mon hécatoynbe Consiste en cette pomme avec cette grenade. J'espère peu, Vénus, que ce don persuade Celle vers qui l'encens de mille autels s'élève, Et dont les pieds divins marchent sur une grève Où vient mourir la mer de la prière humaine. Si pourtant tu savais les causes de ma gêne, Peut-être serais-tu clémente et secourable A celui dont l'offrande infime et misérable,
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Déesse aux cheveux d'or, est toute la fortune. Du moins que mon histoire apaise ta rancune Contre un présent chetif, de ton regard indigne.
Avant le sort droit auquel je me résigne,
Je fus riche ; j'avais des moissons, des galères
Et des mines d'argent; et, dans ces temps prospères.
Les dons que je t'offrais ?ie me faisaient point lion te.
Mais j'ai connu Laïs. et quel mortel affronte.
Sans se sentir perdu, l'enchantement de celle
En qui tu déposas la plus riche parcelle.
Plus forte que le philtre et les arts de Médée.
Qu'une femme mortelle ait jamais possédée
Du charme et du pouvoir dont tu domptes le monde?
Pour tenir ses cheveux en mes doigts, comme une onde.
Pour adorer ses seins du culte de mes lèvres.
Pour éprouver en moi les délires, les fièvres
Dont tu fais palpiter l'air, le sang et la sève.
Pou?' descendre aux douceurs de l'indicible rêve
Où. sous les voluptés, vastes libératrices.
Notre esprit se disperse en d'étranges délices
Oui touchent à la mort et aux sources des choses,
Pour savoir, ô Vénus, jusqu'où tombent tes roses,
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Je jetai mes vaisseaux, mes récoltes, mes mines ; Et je t'offrais, heureux, ces minutes divines, Comme le plus haut don et l'hommage suprême ! Et l'honneur qu'on te rend à travers ce qu'on aime Te revient doublement, car il est ton office, O déesse à qui plaît que ton nom nous unisse ! Ton culte sort vers toi de ta propre puissance, Et la flamme amoureuse et claire qui t'encense Est celle dont tu veux que le cœur humain brûle ; Le trésor dont on vêt le beau corps quon adule, Gratitude et prière, à tes pieds se déploie !
Après les grands élus qui connurent ta joie, Les Dieux que ton amour a faits plus Dieux encore, Et les mortels qu'il fit si Dieux qu'on les adore, Celui qui posséda ta plus belle prêtresse S'est approché de toi le plus près, ô déesse, Autant qu'il est permis à la nature humaine ! Et l'humble implorateur dont la honte incertaine Ose à peine t'offrir an indigent hommage S'éleva plus qu'aucun mortel d'aucun autre âge Vers ta divinité, ta splendeur et ta force.
C'est pourquoi, déposant, sur ce morceau d'écorce,
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Ces deux fruits mûrs qui sont tout ce que je possède, J'ose encore implorer ta faveur et ton aide ! Pour f avoir tout donné, je t'offre peu de chose ; Puisque mon démiment a ton culte pour cause, Prends le comme une preuve et comme un témoignage Du respect dont je sus honorer ton image ; Ht. me récompensant de ce peu qui me reste. Où plus qu'en un trésor ma piété s'atteste. Oblige par un ordre, ou convaincs par des rêves, Laïs ; afin qu'un jour — fût-ce au temps des nuits brèves Elle me donne encor, cessant d'être cruelle, La gloire et le transport de f adorer en elle,