PRIÈRE A MINERVE
O déesse aux yeux froids, au corps chaste, au cœur sage,
L'impudique Corinthe ignore ton image,
Mais tu sais protéger la diligente Athènes !
Tu gardes des périls, des erreurs et des peines,
La Cité qui fa mise au sommet de ses murs,
O vierge au bras puissant dont les gestes sont purs !
Ton autel ne veut pas la rose, mais V olive ; Et ton oiseau n est pas la colombe lascive, Oui voltige d'une aile ardente et passagère, Mais la chouette grave au plumage sévère, Oui, lorsque le soleil commence à se pencher, Médite obstinément au bord de son rocher !
LES SCENKS. 1 17
Tu méprises l'Amour, son innombrable orage, Ses rencontres de joie et d'angoisse, l'outrage Oit' il fait à la raison de celui qui F accueille. Car, sous ses doigts pervers, la prudence s'effeuille, Et nos meilleurs desseins sont tombés un par un. Quand vient le jour propice et l'instant opportun.
Il n'a jamais touché ni trouble ta pensée. Ta poitrine impassible et d'airain cuirassée N'appréhenda jamais l'approche de sa /lèche ; Son /lambeau, pour tes yeux, n'est rien qu'une flammèche Dont on s'amuse à voir le vol inoffensif % Car la sagesse habite en ton beau front pensif !
A tes pieds celui-là doit venir, 6 Déesse, Oui, meurtri par l'Amour et fuyant sa détresse, Préfère enfui, lassé de chutes et d'embxkhcs, Au sort du papillon l'ordonnante des ruches. Et, haïssant des jours infirmes et séduits, l eut rétablir la règle en so)i cœur reconquis !
Je suis tel, ô Minerve, et j'invoque ton aide ; A travers mes aveux que ma prière accède
Il8 DANS LA LUMIÈRE ANTIQUE.
Jusqu'à ton âme forte et sévère à nos fautes ! Nous sommes tous, hélas ! de faibles argonautes Sur des fots agités où pullule recueil; C'est valoir déjà mieux qu'implorer ton accueil !
J'appartins à Laïs, la plus belle complice Que Vénus, dont tu sais la ruse et l'artifice, Eut jamais pour semer ici-bas son délire, Et dans la race humaine assurer cet empire Que, des astres lointains aux nids des buissons verts, Elle dit qu'elle étend sur l'immense univers !
Je n'ai point fui le piège, et j'ai chéri ma chute; Mon cœur, comme un serpent pénétré par la flûte, S'enroula mollement au bras de la charmeuse. Et l'étrange musique, alanguie ou fougueuse, Contre le sein d'ivoire, autour de ce bras nu, Frissonnant et soumis m'a longtemps retenu.
O Déesse, tu sais, toi qui sais toutes choses, Mère de l'olivier, l'inconstance des roses. Ces volages douceurs vers d'autres détournées, Une procession d'heures découronnées
Tristement emmena sur la route du Temps Ma vie en pleurs, baisant des haillons éclatants .
Mais j'ai passé devant ton temple, 6 vierge forte ; Ton image qui luit sous V armure m'exhorte . I de nouveaux desseins et plus dignes d'un homme ; Qu'en moi V efféminé berger avec sa pomme Périsse, ou que plutôt, en abjurant son choix, Il vienne, repenti, se soumettre à tes lois !
Très chaste, enseigne moi, si ton front me protège, Le mépris de Vénus et de son sortilège, De ses plaisirs, de son culte, de ses prêtresses (Jiti lui font de leurs corps des harpes de caresses Où son hymne se chante aux rythmes de la chair : Touche moi de ta lance à la pointe de fer !
Au lieu de les répandre en nard ou cinnamome, Si j'avais à tes pieds, ô déesse économe, Protectrice des gains, des fructueux commerces, Qui mènes les travaux à leurs moissons diverses, Si j'avais répandu mes trésors dispersés, Quels dons, sur ton autel, tu verrais amassés !
Je suis pauvre, A thé né, ne crois pas que je t'offre Un tissu parfumé par le cèdre du coffre, Et richement brodé défigures votives; Je n'ai que ce rameau garni de ses olives ; C'est ton arbre sacré, c'est le plus précieux Des dons que notre race ait obtenus des deux !
Le sol devient fertile où posa ton égide ! Ils prospèrent bientôt ceux que ton verbe guide ! Avant six mois, f aurai, pour faire un sacrifice Et pour f honorer mieux, une blanche génisse Oui n ait pour les taureaux montré que du dédain, Et dont j'aurai doré les cornes de ma main !