‹ Dans la lumière antique (volume 5)Chapitre 11 sur 32 · A UN ARC DE TRIOMPHE · texte numérisé non relu

A UN ARC DE TRIOMPHE

à Lattis fo/liis.

Porte de marbre blanc, que gardent des cyprès,

Tu dresses, sur le haut de tes piliers carrés

A peine sillonnés par de minces fissures,

Ton cintre inaltérable et noble, aux lignes sûres.

La cité dont tu fus la parure n'est plus

Que quelques pans de murs croules sur des talus;

Toi, tu gardes toujours, dans ta courbe aussi ferme ,

Le morceau de ciel bleu que ton arche renferme

D'un trait pur que le temps n'a pas défiguré;

Les étés, les hivers n 'ont pas même altéré

Tes plus légers reliefs, ni tes arêtes vives,

Et le soleil, glissant sur tes lettres votives,

Les entoure d'une ombre aussi nette qu'au jour

Où le César lisait son nom sur leur contour.

Tous les hommes pour qui tu fus jadis dressée Ont péri ; multitude autour de toi pressée, Triomphateurs hautains qui passaient sur leur char, Testa/es qui marchaient en baissant le regard, Légions dont le pas résonnait sous ta voûte ; L'immense majesté romaine s'est dissoute, En laissant pour jamais le monde en désarroi. Et, depuis ce temps-là, tu n'as autour de toi Qu'une chute sans fin d'existences chétives, Tombant presque sans bruit, ainsi que les olives Qui jonchent ces coteaux recouverts d'oliviers, à lux mois où les pressoirs reprennent leurs leviers. Et c'est pourquoi, sachant toute gloire éphémère, Porte auguste, tu sers d'entrée au cimetière, Car la Mort est le seul vainqueur qui dure assez Pour tes murs éternels de nos grandeurs lassés.

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