‹ Dans la lumière antique (volume 5)Chapitre 12 sur 32 · LA TRISTESSE ANTIQUE · texte numérisé non relu

LA TRISTESSE ANTIQUE

« Les Dieux pour un seul bien, envoient deux maux

[à l'homme ;

» Lorsque le plus heureux, vers sa fin, fait la somme

» De ce qu'il a reçu de joie et de tourment,

» // voit la vie amère et le sort inclément.

» Ceux qu'entoure l'éclat doré de la fortune

» Ne savent pas quel jour leur viendra la rancune

» D'un Immortel jaloux de leur félicité.

» Quelque chose de faible et de mal ajusté

» Fait craquer l'appareil d'une vie assurée

» Sur l'or ou le pouvoir, et brise sa durée.

» Dans le pain du triomphe un levain de danger

» Travaille ; l'âpre grêle attend sur le verger ;

» La nef sous un ciel pur, navigue à pleines voiles,

t> Mais le nuage noir lui ravit les étoiles,

» Et, sur le bord des mers, tu les vois érigés

» Les tombeaux qu'on accorde aux marins naufragés !

» Rien ne dure longtemps ; les vents changent sans cesse ;

» Et le mortel qui sait et qui suit la sagesse

» Doit accepter le lot que lui jeta le sort,

» En pensant que la voie est courte vers la mort. »

Ainsi parle Pindare en ces odes de gloire

Oui des vainqueurs aux Jeux couronnaient la victoire ;

Et l'immense tristesse hellénique est encor

Dans les lyres de fête où les cordes sont d'or.

LK LIVRE DK CAAO.

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