LA TRISTESSE ANTIQUE
« Les Dieux pour un seul bien, envoient deux maux
[à l'homme ;
» Lorsque le plus heureux, vers sa fin, fait la somme
» De ce qu'il a reçu de joie et de tourment,
» // voit la vie amère et le sort inclément.
» Ceux qu'entoure l'éclat doré de la fortune
» Ne savent pas quel jour leur viendra la rancune
» D'un Immortel jaloux de leur félicité.
» Quelque chose de faible et de mal ajusté
» Fait craquer l'appareil d'une vie assurée
» Sur l'or ou le pouvoir, et brise sa durée.
» Dans le pain du triomphe un levain de danger
» Travaille ; l'âpre grêle attend sur le verger ;
» La nef sous un ciel pur, navigue à pleines voiles,
t> Mais le nuage noir lui ravit les étoiles,
» Et, sur le bord des mers, tu les vois érigés
» Les tombeaux qu'on accorde aux marins naufragés !
» Rien ne dure longtemps ; les vents changent sans cesse ;
» Et le mortel qui sait et qui suit la sagesse
» Doit accepter le lot que lui jeta le sort,
» En pensant que la voie est courte vers la mort. »
Ainsi parle Pindare en ces odes de gloire
Oui des vainqueurs aux Jeux couronnaient la victoire ;
Et l'immense tristesse hellénique est encor
Dans les lyres de fête où les cordes sont d'or.
LK LIVRE DK CAAO.