PROPE SEPULCRA
Chaque jour, quand je vais où sont les morts, je passe Devant le menuisier, et, par la porte basse, Je le vois au travail ; il construit des cercueils, Il construit des berceaux ; pour la joie ou les deuils, De jour en jour, d'un bout à l'autre de l'année, Sa scie au cri grinçant, poussée et ramenée, Besogne; son rabot glissant fuit, et des coups Du marteau régulier qui frappe sur les clous, L'atelier, tout jonché de copeaux, est sonore. Contre le mur, à l'heure où tout se décolore, Lorsqu'ils sont achevés, l'homme les met en rang, Il peint les uns en noir et les autres en blanc ; Et, que le long chemin soit recouvert de neige, Ou bordé de lilas, un incessant cortège
De gens aux yeux remplis de larmes ou d'orgueil,
A pas lourds ou légers s'avance vers son seuil. Pour ce qui sort de terre ou retourne a la terre , Ils viennent, apportant le lange ou le suaire , Préparer le premier ou le dernier abri Du flot qui naît sans cesse, et sans cesse périt; Et, disposant son double ouvrage à la muraille, Toujours, le menuisier indifférent travaille.