DEVANT LE TEMPLE DE LA FORTUNE
à Ei ni le Hovelaque.
Le sage, enveloppé de son manteau de laine Différent du manteau fait sur la forme hellène, Se reposait assis sur le plus bas degré Du temple à la Fortune Heureuse consacré. Il entrait rarement aux divins édifices, Même il se détournait du lieu des sacrifices Quand les prêtres tenaient les couteaux rougissants ; Mais si l'offrande était de fruits mûrs et d'encens, On l'avait vu se joindre à la foule assemblée, Sans que pourtant sa voix aux chants se fût mêlée!
On disait qu'il ai' ait autrefois voyagé Ou nul ne se souvient qu'il ait jamais neigé, Dans les déserts ardents où l'Arabe nomade Poursuit, de jour en jour, sa longue promenade,
Ll S EPISODES.
En s' éloignant des puits par ses troupeaux taris. Il avait conservé, sur ses traits amaigris. Li marque des soleils dévorants et le 11 aie, V étrange fixité vague et toujours égale Des regards qui vont loin du voyageur, quand, tout S' étendant uniment sans terme, c'est au bout Des horizons qu'il voit le danger ou la halte. Immobile regard illimité qu'exalte Seulement ce qui tremble et nait dans un lointain De ))iirage ou de rêve, et pourtant si certain Que. par delà l'immense et bnVante contrée. Il semble appréhender la vision qu'il crée. Comme leurs yeux, le cœur des hommes du désert Loin des objets prochains s'aventure et se perd Fers quelque chose aussi qui recule sans cesse ; Hors du présent étroit qu'il méprise et délaisse Il va, dans l'avenir ou par delà la mort, Chercher quelque délice auprès duquel le sort. Le sort de chaque jour n'est plus rien que la tente Qu'en replie au nia tin et le soir on replante, Sur l'inutilité d'un éternel chemin.
Le pays de leur songe est si loin de leur main Qu'il est vain de vouloir la lever ou l'étendre, Et qu'il est pour tout homme aussi sage d'attendre
Que poursuivre un bonheur qu'il ne rejoindra pas. Ainsi désabusé, le labeur de leurs bras Ne va qu'à ce qu'il faut pour nourrir la journée ; Leur âme, aux merveilleux spectacles entraînée, Déserte les corps las et dans l'ombre accroupis. Et la vie est pour eux le morceau de tapis Sur lequel on s'assied et sur lequel on rêve. Le pré soit n'est qu'un peu de sable que soulève Et laisse retomber le vent qui passe et fuit ; C'est r immortel futur devant nous reconstruit Où, sur le cristal bleu d'une voûte nouvelle, Brident les lampes d'or et d'argent d'où ruisselle Ce qui distrait le cœur du néant journalier. Le secret de la vie est de la sommeiller, Pour qu 'elle soit toujours l'enveloppe d'un songe ; Et rien ne nous atteint tant que l'esprit prolonge, Dans n'importe quel coin de la réalité, Sous un front dur, scellé d'impassibilité, A travers des regards demi-clos, son extase De choses où tout luit, se colore et s'embrase. La durée est en eux obscurcie et s'éteint ; (Jublieux des instants, que l'acte seul etreint. Lis aiment, poursuivant leurs mouvantes demeures, Savourer l'immobile écoulement des heures.
LE LIVRE DKS SAGESS1 S. 46
Telle apparaît la vie aux Arabes oisifs !
Et lui, sorti du sang des Hellènes actifs, Ingénieux, ardents, des diligents Hellènes, Forgerons de métaux, constructeurs de carènes, t Irchitectes, creuseurs de mines et de ports, Inventeurs du Gymnase où s'exercent les corps, Qui fondèrent les Jeux comme une vaste école D'énergie et d'effort, chez lesquels la parole Mouvementé, amplifie, aiguise les esprits. Si prompts que c'est, pour eux, honte d'être surpris, Qui sont fiers de l'habile et vigilant Ulysse, Et qui ne touchent rien que leur main n'embellisse, Lui, fils d'un sol qu'il faut fatiguer ou choyer Pour qu'il donne le blé, la vigne et l'olivier, Se laissa lentement mais tout entier attraire , lux rêves indolents d'une race étrangère.
Lorsque dans sa cité natale il reparut,
Où plus d'un jeune arbuste en grand arbre avait crû,
Et qu'avec ses amis au front creusé de rides
Il échangea d'abord ces paroles rapides
Où des hommes, depuis très longtemps séparés,
Se touche?il à travers quelques sujets sacrés,
Pour savoir quel écart a mis entre eux V absence,
Il a j'ai t aussitôt senti la dissidence
Oui, parmi tous les siens, le faisait étranger.
Mais, retardé par l'dge et las de voyager,
Il avait résolu de mourir dans sa ville ;