‹ Dans la lumière antiqueChapitre 22 sur 41 · MYRTILLE · texte numérisé non relu

MYRTILLE

Petite courtisane, ô mignonne Myrtille , Toi dont le cœur léger bat sous tes jeunes seins , Et dont l'esprit naïf n a pas d'autres desseins Que d'avoir un collier de cristal qui scintille ,

Ton corps resté craintif recule et se dérobe. Quand l'amant trop pressé menace d'arracher Le bandeau qu'en sa hâte il ne sait détacher, Pour rendre enfin flottants les plis droits de ta robe.

Le nœud fut trop serré par ta main innocente, Et tes doigts sans calcul n ont pas encore appris A prévoir pour le soir des baisers trop épris. Quand tu fais au matin ta toilette décente.

Tes yeux bleus sont encor remplis de la surprise De te sentir pressée en des bras amoureux. Leur regard est resté timide et douloureux , Depuis quun homme vieux pour de l'or fa conquise.

Ton doux corps enfantin n'est encor qu'un esclave Qui subit la caresse et ne la comprend pas; Il ne sait des amours rien sinon qu'il est las Et saisi d'un dégoût qu'aucun sommeil ne lave.

Mais une nuit prochaine oii viendra quelque éphèbe Au menton sans duvet, par ta mère conduit, Ce corps soudain ardent sentira naître en lui Un feu plus dévorant que tous ceux de l'Erèbe.

Et dès cette heure ayant appris pourquoi Von aime. Il aimera d'abord celui dont il l'apprit. D'une ardeur que dira ton visage amaigri; Et puis il aimera l'âpre amour pour lui-même.

Tu connaîtras les nuits en délires ravies. Leurs étreintes, leurs cris et tous les jeux savants Qu'inspirent aux humains les désirs plus fervents De neuves voluptés toujours inassouvies.

LES ÉPISODES. 1 l3

Ton corps épanoui dans sa beauté plus sûre. Ayant depuis longtemps oublié sa pudeur, Calme dans la hautaine audace et la splendeur De sa forme accomplie et riche de luxure,

S'offrira dans les plis transparents et fluides Des fins tissus de Cas, qui légers comme l'air Laisseront voir les fleurs secrètes de ta chair ; Tu marcheras partout parmi des yeux avides ;

Ta gorge brillera, de l'une à l'autre aisselle, De lourds colliers et dont le triple rang se tord En rubis alternés avec des larmes d'or. Dont chacun a payé des baisers mis sur elle.

Mais ayant épuisé les dernières délices. Tu sauras le dégoût d'aimer ; les voluptés , Reines naguère encor de tes sens exaltés. Ne seront désormais pour toi que des complices.

Savante de toi même et connaissant le charme De ton sourire altier, de ton troublant regard. Et de ton geste lent, dédaigneux et plein d'art. Habile à manier ton attrait comme une arme,

Maîtresse de V amour et ri aimant plus toi-même y Forte à charmer les corps sans en rien ressentir. Versant sans f enivrer V ivresse du plaisir , Tu toucheras alors à ton pouvoir suprême.

Princes, marchands, soldats, poètes, philosophes , Et des prêtres aussi, s'en iront vers ton seuil; Ta maison aux piliers de marbre aura V orgueil Des bois rares, des fleurs, des parfums, des étOjffes ;

Au désir infini de ta chair impassible Se mêlera pour tous l'espoir de la troubler. Ils jetteront leur or et leurs cœurs pour combler L'abîme de ton âme inscrutable et paisible ,

• Ta beauté pèsera sur eux comme une chaîne, Tu prendras leurs trésors, mais jamais leurs rançons. Tes pieds impérieux poseront sur des fronts Couronnés de laurier, d'olivier ou de chêne.

Mais alors sacrifie à Vénus Impudique Une génisse, un bouc, une chèvre aux poils blancs , Offre lui de la myrrhe et, par amas croulants , le myrte, la grenade et le pavot mystique ;

LE LIVRE DE VENUS. Il5

Et pour qu'à ta supplique elle sott plus clémente. Place, sur son autel de roses couronné , Sa statuette d'or, ainsi que fit Phryné, Qui la montre sortant de la mer écumante ;

Afin que, dans cette heure unique et triomphale ^ Il te soit en ta gloire accordé de mourir , Apant que ta beauté ne commence à faiblir. Que le fard ne devienne utile à ton front pâle.

Que ton corps moins certain se relâche et se fane , Et qu'il te faille enfin redescendre aux amours Sollicités le soir au coin des carrefours, O Myrtille aux yeux purs, petite courtisane.

Il6 DANS LA LUMIÈRE ANTIQUE.

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