ANNIVERSAIRE
Un banquet de doux fruits, de doux miel, de doux vin
Nous unira tous trois, si tu le veux, demain, I
Not7'e commun ami Philaon, toi, moi même.
Au myrte qui fournit aux fronts leur diadème,
Lorsque des compagnons sont assemblés entre eux, t|
A la fleur des festins et des moments heureux,
Nous mêlerons les fleurs de Fâche funéraire.
Tous trois fûmes amants de la douce Glycère,
Et, sans doute, tous trois nous fûmes d'elle aimés.
Elle a clos maintenant ses yeux inanimés.
Et sa bouche, aux baisers si joliment ouverte.
Par les silencieux gazons est recouverte.
Tu te souviens, ami, quelle fête elle était.
Le rire la suivait, la grâce la vêtait.
Elle était si charmante, et légère et joyeuse.
De verser le botiheur elle semblait heureuse,
La coupe s'enirrait de sa propre liqueur.
Jamais rien de méchant n avait touché son cœur.
C'était un frais jardin autour d'une statue
D'Eros, de jleurs toujours nouvelles revêtue ;
La porte s'en ouvrait volontiers au passant,
S'il gardait peu de jours mémoire de l'absent.
Il savait, au retour, l'accueillir avec joie.
Sa vie était semblable aux étoffes de soie.
Elle changeait souvent de reflets, mais toujours
Se jouait dans les tons délicats des amours.
De même que sa robe était claire et légère.
Son âme, il t'en souvient, n'était point mensongère ;
Elle disait gaîment son rêve ou son désir.
Elle offrait et parfois refusait le plaisir,
D'ujie si gracieuse et iiaïve attitude.
Qu'on lui gardait des deux la même gratitude.
Et que Von savait gré d'un caprice imprévu
A ce front enjoué de feinte dépourvu.
Les Dieux n'ont point voulu qu'on la vit un jour vieille
Sa main puisait encore à la jeune corbeille
Des heures sans regrets et des heureux espoirs.
Quand sur elle la Parque a mis ses voiles noirs.
Nous la sûmes pleurer nous qui goûtions son charme ;
Ton œil pensif, ami, se mouille d'une larme,
Et je sens mon regard troublé comme le tien.
Demain, d'un amical et tranquille entretien.
Dans notre humble banquet, nous 7ious parlerons d'elle.
Nous aurons parmi nous sa présence fidèle ;
Sous nos fronts entourés de ce double rameau
Dont l'un est pour l'amour, l'autre pour le tombeau,
Nos coupes recevront les pétales de roses
Que nous effeuillerons de roses juste écloses.
Nous répandrons le vin à son doux souvenir
Dont le lien charmant nous fait nous réunir,
Pour que chacun de nous le fasse un peu revivre.
Que son image soit à nos yeux comme un givre
Paie auquel une fleur morte prête un instant j
Sa forme sans substance ; il brille en l'imitant, ■
La ressuscite un peu dans un éclat fragile.
Existe un peu par elle, et soudain s'annihile.
Glissant hors des clartés, des lignes, des couleurs.
Et ne laissant de lui qu'une trace de pleurs.
Et moi, dès le matin, j'irai revoir sa tombe Sur qui nous avons fait sculpter cette colombe
Qui semble dérobée à celles de Vénus, Et dans le chèvrefeuille et les convolvulus. Frais manteau parfumé dont se voile la stèle. S'endort, parmi les fleurs, la tête sous son aile.