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LA RENCONTRE

Quand le jour fatigué baissera sa clarté. Lorsque tous les soucis aveuglément avides Qui tiennent Jialetant le cœur de la cité Se seront arrêtés près de leurs meules vides ;

Quand sur les seuils obscurs se tairont les rouets, Quand les marteaux muets seront posés à terre, Que les petits enfants, délaissant leurs jouets , Seront portés au lit dans les bras de leur mère ;

Quand, dans l'air populeux et lourd des carrefours, Assis le long des murs sous les épais platanes. Les hommes réunis, prolongeant leurs discours, Et regardant passer les blanches courtisanes,

Parleront lourdement, en propos trop pareils, Des intérêts du jour, faction, vote ou lutte. Et régleront le monde en d'ignorants conseils Dont Vécheveau mêlé s enchevêtre en dispute.

Nous sortirons des murs, chacun de son côté. Laissant la Porte Neuve où, veille une cohorte; Quand le dernier marchand d'oiseaux Vaura quitté, Tu prendras par le Pont, moi par la Vieille Porte.

Traversant tous les deux les obscènes faubourgs , Comme deux étrangers, et pourtant assez proches Pour que je puisse aller d'un bond à ton secours, Et descendant enfin les escaliers des roches,

Sur le bord de la mer d'où vient un souffle pur. Hors des soins de la ville et ses voix décevantes. Sous la mansuétude immense de l'azur.

Nous nous rencontrerons aux étoiles levantes.

LE LIVRE DE VENUS. iSq

A LA SEDUCTRICE.

Ta flûte de lotus sait verser les oublis.

Puissante enchanteresse au regard clair ou sombre,

Tu sais l'art d'attirer les regrets abolis

Vers des bonheurs profonds où la mémoire sombre.

Ta voix trouble les sens et subjugue les cœurs, Tous les chants sont en elle, et toutes les paroles. Elle inspire à son gré le rêve ou les ardeurs. Et les vouloirs d'airain fondent en cires molles.

Tes cheveux sont pareils aux grappes de raisins Qui pendent, violets et lourds, parmi les treilles, Ils viennent s'enrouler à l'entour de tes seins Qui sont comme des fleurs emplissant des corbeilles.

Ta danse sinueuse est la sœur de la mer. Dont Vœil n épuise pas les heures enchantées. Le rythme incalculable et parfait de ta chair Est égal à celui des eaux illimitées.

Quand ton geste, fougueux savamment ou bien las. Force ta robe aux bords gemmés à se déclore. Ta splendeur est divine, et ne V égalent pas Les gloires du couchant ni celles de Vaurore.

Tes bras enveloppants, sous leurs spirales d'or. Ocellés de rubis et d'opales magiques, Balancent, sur les fronts que ta caresse endort Leur charme de serpents mortels et magnifiques.

Ton corps est innombrable, infini dans son jeu De luxures, d'attraits, d'éclat et de mystère ; Il pourrait s'attacher l'éternité d'un Dieu, Sans le lasser jamais, et sans le satisfaire.

O Femme, tu comprends mille femmes en toi, Chacun de tes transports a toute leur puissance. Le baiser de ta lèvre a leur multiple émoi. Et ta couche contient toute leur jouissance.

Encor plus infini que ton corps est ton cœur.

Il a fait de ton charme étrange une sagesse

Qui, — même alors quil gît au fond de ta douceur — ,

Laisse celui qui faime au seuil de la promesse.

Bien que dans ton délice insondable abîmés,

Tous, ils veulent, vers toi, descendre, encor descendre.

Leurs suprêmes désirs ne sont pas consommés,

Et t" avoir possédée est pour toujours l'attendre.

Qui peut te résister } Quel homme, si tu veux Et dès que tu le veux, ne devient ton esclave ? Tu prends ceux-là sur qui tu penches tes cheveux. Ta domination est terrible et suave.

Mais tu n atteindras pas mon cœur, qui n est pourtant Quun pauvre cœur humain fait de vulgaire argile. Parfois lâche et coupable, et parfois repentant. Toujours chétif toujours mêlé, toujours débile.

Je ne te suivrai pas vers les royaux décors Où, dans un demi jour chargé de pierreries. Tu dresses, comme un glaive impérieux, ton corps Sur les soumissions et les idolâtries.

No7i, je ne te crains pas, protégé par l'amour D'une vierge au front clair, à Vâme d'innocence. Qui tisse de la toile en rêvant mon retour. Et file de la laine en pleurant mon absence.

Elle vit dans une île où tout est pauvre et dur. Elle Vît sous un toit où tout est simple et fruste. Mais sa pensée est droite, et son doux corps est pur. Et sa main diligente, et sa race est robuste.

J'aurai délie des fis qui maintiendront mon nom. Qui vaudront d autant plus que je vaudrai moi-même. Et sur qui je verrai, quand penchera mon front, La fierté de mon sang mettre son diadème.

Leurs yeux, pareils aux miens, porteront mes espoirs Quand ils auront quitté mon âme trop instruite. Et leurs mains recevront des miennes les Devoirs Qui gardent la Cité d être faible ou détruite.

Puis ils auront des fis, des filles, à leur tour. Et ceux-ci des enfants que je verrai peut-être, Et je mourrai paisible, à la chute du jour. Assis dans le fauteuil qu'on réserve à l'ancêtre.

Et ce rêve, très beau parce quil se transmet, Rend vaine ta beauté, séductrice sublime. Car V amour qui m'attend là-bas est un sommet. Et celui que tes bras m'offraient est un abîme.

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