L'HYACINTHE
Moi, Phidias, graveur, j'ai, sur cette hyacinthe Parfaite de nuance et de limpidité.
Gravé, de ce burin, auprès d'un térébinthe. Une femme au maintien de calme dignité.
Elle est drapée aux plis ramenés de sa robe. D'un geste gracieux et pudique à la fois, Où la beauté du corps s'indique et se dérobe ; Et, rêveuse, elle tient une fleur en ses doigts.
Ses traits nobles et purs sont ceux de ma maîtresse. Son sourire pensif son regard sérieux ; Il ne manque au portrait que l'or brun de sa tresse, La pourpre de sa bouche, et l'azur de ses yeux.
LE LIVRE D APOLLON. IJl
Le travail est si fiyi qu'il se peut reconnaître Que la fleur de sa main est un lis martagon ; Et, dans l'arbuste épais où le regard pénètre. C'est bien un sansonnet qui lui dit sa chanson ;
Même V attrait profond de son âme discrète En ce menu bijou sans rival est rendu, Car son doux être est ceint de clarté violette. Sœur du charme un peu triste autour d'elle épandu.
C'est un étroit joyau que l'ongle couvre à peine. Mais il y tient autant de travail et d'amour Que dans une statue à la grandeur huynaine. Et peut-être est-il fait pour un destin moins court.
Les lourdes mains du Temps, pour les briser ^ saisissent Les plus fiers monuments de porphyre et d'airain. Qu'en y gravant leur nom les mortels se bâtissent. Afin de prolonger leur orgueil incertain ;
Ces vastes mains à qui rien n'échappe ou résiste. En jetant le débris des images des rois Et des Dieux, ou de l'œuvre immortel de l'artiste. Laissent, inaperçu, glisser entre leurs doigts
Le joyau minuscule et pourtant aussi rare Que les travaux puissants condamnés à périr ; Et la Terre, en son sein maternel, s'en empare. Pour le restituer aux hommes à venir.
Petit-être le chef d' œuvre oii mon grand homonyme Phidias, le sculpteur, a mis son vaste effort. Son savoir, son génie, et que sa main sublime. Pour le faire éternel, a fait d'ivoire et d'or.
Disparaîtra plus tôt que la minime pierre Dans laquelle un labeur aussi long que le sien A su représenter, vivante et tout entière. Celle où mon cœur trouva sa joie et son soutien.
Le Temps la pourra prendre en sa brutale étreinte Il ne la tiendra pas l Et fai la foi qu'un jour Les hommes étonnés verront cette hyacinthe Intacte et glorieuse encor par mon amour.