LA VIEILLE FLUTE
à Mederic Dii/our.
Lorsque mes doigts noueux ne pourront plus courir Sur le tuyau poli, ni fermer, ni rouvrir, En mesure, les trous où les airs se modulent Qui souples et légers autour des mots ondulent. Lorsque ma lèvre lourde et mon souffle trop court Ne le rempliront plus que d'un son lent et sourd Qui ne sait plus jaillir en note claire et vive. Mais se traîne avec peine alourdi de salive. Je suspendrai ma flûte au tronc d'un pin sacré. Et, sous les rameaux noirs assis, f écouterai L imperceptible bruit que la brise sonore. En sifflant dans ses trous, lui fera rendre encore.
l80 DANS LA LUMIÈRE ANTIQUE.
Puis je remercierai les Dieux, parmi lesquels
Apollon Dé lien, dieu des sons immortels.
Des soupii's de la mer, du vent et du feuillage.
Dieu des échos épars, de Vinfini ramage
Dont les peuples ailés animent les bois verts.
De rimmense musique où baigne VUnivers,
D'avoir donné ce peu de cadence divine
Au petit souffle humain placé dans ma poitrine.
A tous je leur rendrai grâces d'avoir permis
Quiin peu du vaste rythme entre mes doigts fût mis.
D'avoir fait de ma lèvre une source de joie
Pour les autres mortels que leur destin emploie
Aux plus rudes travaux qu'impose chaque jour.
Des dangers de la mer aux peines du labour ;
Et de m' avoir, sans cause, accordé que ma vie
Participât un peu de la grande hai^monie.
Avant que je descende, heureux et sans effort.
Dans le mystérieux silence de la mort.
LKS KIMSODKS, l8l