IN MEMORIAM
à Paul Dupont.
Dans quelle paix. Ami, tu nous quittas ! La Terre D'un lien relâché t'avait toujours tenu; Ton cœur avait jugé, d'une hauteur austère. Le tumulte du monde , et s'était abstenu.
Tu tenais à bas prix le faux bruit de la foule , Et les ambitions n 'étaient à ton regard Qu'une eau de vanité, qui chaque jour s'écoide. Et dont tu dédaignas d'aller puiser ta part.
Ton culte et ton commerce étaient avec les Maîtres De qui la discipline et la ferme raison. Réglant les passions robustes des ancêtres , Ont laissé des penser s qui n'ont point de saison.
LE LIVRE d' APOLLON. l83
Tu donnas, sa?is cesser, le meilletir de toi-même ; Ton travail attentif et sûr était celui, Non du semeur qui jette à grand bras ce qu'il sème. Mais du greffeur qui greffe, avec soin, un beau fruit.
Ton âme scrupuleuse et modestement haute. Calme pour elle-même, active de bonté.
Loin des chemins où vont le Désir et la Faute . Vivait dans sa réserve et sa sérénité.
Dans rémoi turbulent du vulgaire qu'obsède La fièvre de s'accroître et de se célébrer. Chacun sentait en toi l'homme fier qui possède Plus de choses en lui qu'il n'en daigne montrer.
Tous ceux qui pénétraient au jardin de ta vie. Au seuil discret duquel tu nous fis. tant de fois , Le geste sérieux qui salue et convie D'un accueil plus prof ond que celui de la voix.
Savaient qu'ils trouveraient, à l'abri des grands arbres. D'intègres jugements et de justes propos , Et l'exemple d'un front qui ressemblait aux marbres Où les Sages anciens ont laissé leur repos.
Et tu vivais ainsi, dans ta tâche prochaine , Pour' ta dignité simple honoré par nous tous, Et cher pour la tendresse et l'indulgence humaine Que ta pudeur celait avec un soin jaloux.
Mais un jour, le lien que tu savais fragile
Se trouva dénoué^ sans avoir résisté ;
La studieuse lampe avait usé son huile.
En versant jusqu'au bout son charme et sa clarté.
Alors, sans ombre au front, sans suprême secousse, Et prêt depuis longtemps au grand recueillement. Confiant, tu livras, de ta manière douce , Tes deux mains à la Mort qui les prit doucement.
LES ÉPISODES. l85