A UN MAITRE
Son ferme esprit vivait à V écart de la foule. Hors dît ressac de mots orgueilleux et de cris Qui bat contre aujourd'hui, mais où hier s écroule. Comme un sable qui fond sans laisser un débris ;
Et la creuse clameur des faux enthousiasmes. Les combats pour un rien qui sera mort ce soir. Les faux dénigrements, les crises et les spasmes D'esprits étroits à qui l'espace du savoir
Fait défaut pour avoir un recul, ce tumulte Autour d'un peu de neige atteinte de dégel. N'entrait pas dans le temple élevé où son culte Réservait au vrai beau le silence et l'autel.
l86 DANS LA LLMIÈRE ANTIQUE.
Son regard, embrassant les longues périodes Où s'efface et s'unit le clapotis des jours. Sous le miroitement fallacieux des modes. Discernait, des remous du fleuve, son vrai cours;
Il savait^ reprenant les choses délaissées , Faire encore admirer leur forme et leur métal. Et, retirant leur âge aux anciennes pensées , Leur rendre leur éclat par un seul mot lustral ;
Mais il savait aussi, d'un seul mot infaillible, Brisant sous leur vernis les œuvres d'un moment. Déceler, dans le bois menteur et corruptible. Les signes de prochain et sûr délabrement.
Son admiration exigeante et sévère , Plaçant dans une même équitable clarté Iji force permanente et le lustre éphémère. Pareille au jugement de la postérité ,
Dégageait la beauté méconnue et réelle Du vain fracas que font les talents passagers. Et dressait l'œuvre où luit la durable parcelle Sur l'amas effondré des succès viagers.
LE LIVRE d'aPOLLON. 1 87
C'était une leçon rassurante et austère De le poir, en des mots cruels ou éclatants. Jeter de la lumière ou bien de la poussière Sur les aveuglements ou les orgueils du temps.