‹ Dans la lumière antiqueChapitre 38 sur 41 · A UN POETE · texte numérisé non relu

A UN POETE

Tes écrits trop serrés et trop drus de raison,

Trop refermés de sens, sont pareils au chardon ;

Leur forme âpre et hautaine est semblable à sa feuille

Aiguë et menaçante à la main qui le cueille.

C'est pourquoi, loin de tous, sur ton tertre isolé,

Dédaignant le dédain, tu restes exilé,

Encor que quelques-uns aiment ton port sévère.

L'accent de ton dessin rigide et volontaire.

Ta verdure profonde où quelques traits d'argent

Mettent un peu de grâce, un peu d'émoi changeant,

La force de ta fleur impérieuse et triste

Oui te pare, au sommet, d'un cercle d'améthyste.

Je ne sais quel orgueil et quelle dignité

Qui font que mainte plante exquise, à ton côté.

Prend des fléchissements et des maintiens d'esclave. Comme auprès d'un guerrier strict, inscrutable et brave. Mais ce sont quelques-uns I Tous les autres s'en vont Fers des attraits aisés qui fassent moins affront A leur dyne invirile et vide d'énergie. Mais viendra la saison où ta fleur élargie. Qui voulait des soleils prolongés pour mûrir. Son corselet rompu, pourra s'épanouir.

Du diadème étroit et sombre, une semence S'e7ivolera légère, inépuisable, immense-. Pendant des jours entiers, elle emplira les airs. Et, fournissant leur part à tous les vents divers. Fers tous les horizons, des 7'avins aux collines , Sur le bord des marais, sur les dunes marines, Sur les tas de cailloux et les rocs des talus. Sur les sables mouillés du flux et du reflux, Et jusques aux jardins que garde un soin avare Pour qu'il n'y croisse rien que d'exquis et de rare. Elle déposera ta sauvage fierté , Ta rude indépendance et ton austérité.

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