LE GARDIEN DE MOISSONS
to Cloudeshy S H. Brereton.
Le maître m'a posté sw le bord de ce champ ;
J'y reste du mr.tin jusqu'au soleil coucha?it
Pour chasser les oiseaux et leurs essaims avides.
A la moisson dsriiière il eut tant d'epis vides
Que la paille foulée aurait dû lui livrer
Trois fois le poids de grain qu'il a fait mesurer
Dans ses boisseaux de bois, aux portes de la grange.
De sa déconvenue, à présent, il se venge,
Et les oiseaux pillards n approchent pas en vain.
Il m'a fourni d'abord un grand disque d'airain Sonore et frémissant ; lorsque mon poing le frappe. Un gî'os bourdonnement menaçatit s'en échappe. Qui grandit par degrés et fait trembler les airs. Les oiseaux s'etîfuyant par des côtés divers
Sont partout poursuivis par ses ondes pareilles. Mais son bruit quelquefois fait venir les abeilles. Elles volent vers moi comme vers un rucher ; f abandonne mon disque, et je cours me cacher La tête dans les plis de mon manteau de laine, Jusquà ce que déçu dans sa recherche vaine L'essaim parte chercher une ruche autre part. Mais comme fai parfois senti brûler leur dard. Et que l'expérience est remède du risque. Je laisse quelque temps se reposer mon disque. Auquel les oiselets pourraient s habituer.
D'ailleurs, fai ce qiCil faut pour pouvoir les tuer Un vieux soldat m'a fait don de sa vieille fronde. Et quand f y puis placer une pierre bien ronde. Je frappe, à trente pas et presque à chaque coup, La porte de la grange ; et même ce hibou Qu'elle porte cloué les ailes éployées, Et qui tient à l'écart les poides effrayées, J'ai failli le toucher une fois. C'est pourquoi Parmi tous ces oiseaux c'est la fuite et l'effroi, Lorsqu'ils me voient choisir un caillou sur la voie , Et, quand ma fronde autour de ma tête tournoie.
Qyi dirait que ma main les lance par les deux ;
// ne demeure pas un seul audacieux
Pour attendre Vinstant où je lâche la corde ;
Aussi vite le chaynp est libre de la horde
Que si r ombre y passait des ailes d\in gerfaut.
Je nen ai pas encor tué, mais peu s'en faut!
Et quelque jour Vun d'eux rencontrera ma pierre ;
Et celui-là viendra gorijler ma gibecière,
Quand même il tomberait au beau milieu des blés.
Ces maudits oiselets sont toujours rassemblés
Sur le côté du chaynp où je ne puis pas être ;
J'ai beau courir, sitôt quils me voient apparaître.
Ils s'en vont vers l'endroit que je viens de quitter ;
Et je les vois, de loin, se jouer, voleter.
Picorer tin épi, se poser sur un autre.
Discerner le froment sans dédaigner Vépeautre,
Se becqueter entre eux quand ils sont satisfaits.
Lorsque, courbé, je viens le long des blés épais.
L'un donne le signal: ils ont des sentinelles ;
Et les voilà partis moqueurs, battant des ailes.
Ils traversent le champ dont, moi, je fais le tour :
Il faudrait leur donner pour gardien un autour.
Ah ! ces maudits ramiers aux gorges toujours pleines I
Ils mangent chaque jour, chacun son poids de graines!
// est vrai, j'ai mon arc et mon carquois aussi ; Mais quand je tire, j'ai chaque fois le souci De ne plus retrouver parmi les blés ma flèche. Comment battre le champ, sans y faire une brèche? Et si le moissonneur en trouve une parfois, Elle n'est plus qu'un vil et vain morceau de bois ; Les pennes n'y sont plus, la pointe est é caché e : Nul n'est sûr de revoir la flèche décochée ; Lorsque l'archer n'est pas parmi les plus adroits. Sa place la plus sûre est encor le carquois. D'ailleurs je veux garder ces armes en ressource Suprême, si jamais arrivaient ou quelque ourse Ou quelque sanglier pour ravager nos blés. L'arc au bout de mon bras les aurait tôt criblés. Malgré leurs durs boutoirs, ou les crocs de leur gueule. Dans 710S tirs villageois, j'atteins toujours la meule ; Et l'on enrichirait le repas de moisson D'un odoriférant quartier de venaison.
Je regarde souvent si fen vois un descendre Là bas, par le petit coteau, tout prêt à prendre Mes flèches et mon arc. Ce serait vite fait l Pas un seul de mes traits qui n'ait un sûr effet! L'animal s'en hérisse en moins d'une minute; Il hésite, il vacille, il trébuche, il culbute ;