DEVANT L'ATRE
â Jules Derocquigiiy.
Femme, vers la fenêtre obscure V ombre rampe
Et ynonte du plancher; viens allumer la lampe ;
Puise à l'amphore un peu de vin, et dliuile aux urnes .,
Fais les libations du soir aux Dieux nocturnes ,
Qu'ils gardent des périls obscurs notre demeure !
Prends soin que notre feu , dans le foyer, ne meure ;
Sur la flamme déjà s'accumule la cendre ,
Sa pesante épaisseur s' accroît et fait descendre
L'amas clair du brasier qui s' abaisse et s'écroule ,
Et la poussière grise en cascades déroule
Sur les rocs d'or ardent et tremblant de la braise.
Le couchant menaçait ; la nuit sera mauvaise ; On entend au dehors les sanglots d'une averse
Que le cri gémissant du vent navré traverse ,
Comme deux voix d'amants dont Vadieu s entremêle .
Un mouton, égaré dans la lande, au loin bêle ,
Il craint V odeur du loup, il appelle le pâtre,
Qui se chauffe, oublieux de lui, devant son dtre
Où la soupe fumante occupe sa pensée.
J'irais le rechercher, si ma marche cassée
Pouvait comme autrefois se jouer de V espace !
Pauvre bête ! au matin , on verra sa carcasse
Brisée au fond d'un creux, et sa toison rougie !
L'dge, hélas! m'a soustrait mon ancienne énergie ,
Il a pris, jour par jour, à mes muscles leur force ,
Et de leur marbre lisse a fait cette âpre écorce .
Femme ! écoute ! on dirait que le bêlement cesse !
Peut-être que déjà le loup fauve dépèce
Le doux corps palpitant, en appelant sa louve !
Mais non! Il bêle encore ! O Pan, fais qu'il retrouve
Ses frères quand à l'aube ils quitteront rétable ,
Pan, gardien des troupeaux ! Je prendrai, sur ma table,
La pomme la plus belle, et plein la main d'olives ,
Et f irai les porter, en offrandes votives ,
Au pied de cette stèle, où, sortant de ta gaine ,
Ta flûte entre tes mains, tu surveilles la plaine !