‹ Dans la ville eternelle pendant que se discutait au Canada la question des écoles du Manitoba. Journal de voyageChapitre 16 sur 76 · LAURE · texte numérisé non relu

LAURE

leur grande satisfaction, J'étais heureux d'apprendre que P. se remettait quoique lentement, que A. reprenait ses forces vite, que mes lettres de New-Yo1k étaient arrivées heureusement à destination, que l'automne se comportait au gré du jar-

diner, etc.

Après dîner, nous fimes ensemble, les trois Canadiens, une agréable promenade : ce nr'était une délice que dé revoir les magnificences luisantes, les richesses d’albâtre, de porphyre, de malachite, et de cinquante marbre divers de St-Paul-horsles-murs, les solitudes sévères et les souvenirs austères de St-Paul-aux-trois-fontaines. Le soleil ne voulut pas éclairer la face de Saint Lin, et Saint Lin refusa de nous regarder de ses yeux vifs ; à force de chercher un endroit favorable, nous pûmes toutefois obtenir l'éclat glauque d’un de ses regards. Aux Trois Fontaines, l’eucalyptine vint à propos mettre l’intérieur au même degré de chaleur qu'était l'extérieur, échauffé

| par une longue marche, De retour à 7 heures. Veillé jusqu’à onze heures, avec un flot de paroles intarissables...de la part des autres,

Lundi, 28 septembre.—Une voiture nous conduisit au Va: tican, où MM. Ferland et Desrosiers entrèrent une demande d'audience : à la chancellerie où ils firent reviser leur Celebret ; à la Propagande où ils obtinrent une audience du Cardinal Le-

dochowski ; je les attendais dans le vestibule, M. Desrosiers |

envoya, avec sa carte, la lettre de recommandation que je lui avais écrite de Monrepos, île Ducharme, rivière des Mille Iles, lettre qui établit le terrain de la conversation cardinalice. Ils sortirent enchantés de leur réception, le Cardinal leur fit entendre qu’il les recommanderait à l'audience du Saint Père,

Je rapportai de la poste quatre paquets de mémoires, |

Voilà pour l'avant midi, Nous passâmes l'après midi au cimetière de Cxmpo Verano, pour moi revoyant d'anciennes connaissances, le riche tombeau de Pie IX à St-Laurent ; la mère mourante pressant sur son cœur son fils avec tant de naturel : ama Dio, il padre e la Patria ; le petit enfant, allant sur la pointe des pieds réveiller sa mère endormie du sommeil éternel ; la femme voilée dont on distingue les traits fins à travers sa mousseline de marbre, ete. Nous aïlâmes prier au -pied du royal monument que Pie IX fit élever aux zouaves morts pour la cause de l'Eglise M. Ferland y avait un petit parent, nommé Bondy, de Sorel. Je me rappelai qu’un enfant ce Saint Lin reposait sous un sol étranger, Lefort, le frère de Didace. A son intention je récitai, non sans attendrissement,

le De Profundis. Le souper nous retrouva à la Milazzo. £

Mardi, 29 septembre.— I1 y a deux ans, le 29 de septembre, je m’embarquais à bord du Vancouver pour Rome, plein d’espérances mêlées d'inquiétude ; la même date m'y retrouve en- -gagé dans d’autres affaires, sans grandes inquiétudes, avec non moins d'espoir.

Je travaille toute l’avant-midi, pendant que les voyageurs sont sortis en ville. Après-midi, longue promenade avec M.

. Desrosiers au milieu des fleurs, des arbres et des bustes du Pincio, revenant par Ste-Marie de la Place du Peuple, St- André del Fratte où nous fimes une prière aux pieds de la

. Madone qui convertit Ratisbonne ; par le Gresu, nous agenouillant dans la chapelle recouveert en pierreries qui entendit si ‘souvent les demandes de Philomène.

Cette dernière m'attendait à la Milazzo, m'apportant, les

A Tru

nouvelles du 16 et du 17, une lettre de M. Martel, une autre de L'Assomption ; elle avait fait le voyage avec M. Payette.

En même temps la poste me délivrait quatre coulis, y compris

le ‘“Remedial Order ” resté en arrière : en tout, par trois en. .

vois, treize paquets. Est-ce tout ?

Mercredi, 30 septembre. — Ce matin à la Propagante Dans les magasins pour m'acheter plumes, gomme arabique, petit portefeuille pour mettre les lyres italiennes, boîte de cigares pour faire de la fumée qui assaisonne et enveloppe les plus belles conversations,

Je pars dans un instant pour aller conduire M. Desrosiers chez mon tailleur, Pour moi, j'ai reçu, dès lundi, mes habits neufs, desquels revêtu je vous tire ma plus gracieuse révérence. © A. M. J. G. P.—“T] me fait plaisir d'apprendre que M. X. parait croire avoir été approuvé sur toute la ligne et qu’il réussit à produire cette impression dans la province de Québec.

Il est peut-être mieux qu’il en soit ainsi pour faciliter le règlement des épineuses affaires auxquelles il se trouve nécessairement mêlé. Sur ce sujet, je n’ai pas encore d'opinions personnelles. Je ne doute pas que tout tourne pour le mieux. Pour moi, en attendant, le ciel de Rome est toujours beau et la température douce.”

Jeudi, ler octobre. —J’ai vu S. E. L. C. X. à 11 heures : tonjours poli, aux manières de grand Seigneur.

Revenant, j'arrêtai chez M. Archambault : il venait de recevoir une lettre de Mgr Fabre qui sera à Rome, dit-il, vers le 15 du mois,

Il pleut, pas de sorties agréables possibles. Avec le secours officieux de M. Desrosiers qui est toujours prêt à rendre service, je découpai les articles que je voulais conserver de la file de

mes quatre Journaux canadiens : besogne fastidieuse, autant qu’elle peut quelquefois devenir utile, Promenade à la Porta Pia, en passant au coin des rues Gaeta et Palestro, où demeure la jeune vicomtesse, nièce de la Milanaise, amie de Philomène.

Je passai le reste de mon après-midi à lire “The Bondary Question betwen Guyana and Venezuela”. M. Urdineta, que J'ai connu en 1890, et qui est à Rome pour chercher des documents en faveur de l'opinion soutenu par son Gouvernement, comme de raison, s’intèresse fort à cette question. Il la croit intéressante pour tout le monde. Il m’a passé ce mémoire écrit en anglais, avec prière de lui donner sur le sujet mon opinion. Pour opiner, il faut bien connaître. Je lus d’abord pour faire

acte de charité vis-à-vis un respectable vieillard qui m'est agréable ; puis il n’est pas inutile de connaître à fond cette difficulté internationale qui a failli mettre aux prises l’Angleterre et les Etats-Unis, et qui occupe encore actuellement la diplomatie de ces deux pays.

Veillée canadienne. Chaque soir nous réunit, et c’est toujours nouveau : histoires, souvenirs, contes, récits de famille, Saint Lin et Lanoraie. Nous nous couchons toujours trop tard. Heureusement que nous pouvons dire la messe dans la maison, et à l’heure que nous voulons.

Vendredi, 2 octobre.—Journée de pluie, sombre, frileuse, passée à la maison toute entière. Je fis de la correspondance, M. Dupuis vint m'apporter une grosse, grande et longue lettre : une affaire compliquée, dont probablement je ne me chargerai ‘pas. Depuis qu’on a appris que je suis à Rome, quelques uns semblent penser que je vais entreprendre le traitement de tous les cas en souffrance,

A. M. G. D.—“Merci pour vos découpures de journaux.

Cependant j'avais déjà lu et découpé ces articles, Avant de

partir de Montréal, je me suis abonné à la Presse, au Monde, à la Patrie et au Star. L'événement est venu démontrer que vous aviez prévu juste dans l’affaire du Brésil. Cela fait du

bien de voir qu’il y a encore quelques hommes , qui réfléchis

sent et qui pensent.

Toutefois je ne m'étonne guère de la légéreté des hommes. J'aime mieux les croire légers que méchants, Dans mon cas, ils avouent qu'ils ignorent ce que je suis venu faire à Rome. Dans leurs journaux, deux colonnes plus loin, ils me snpposent telle mission. Sur cette supposition, ils partent en guerre, en

‘affirmations, en insultes. Bon nonbre de lecteurs, intéressés on aveuglés par l'esprit de parti, avalent cela comme un verre d'eaux. L'un dit qu’il aurait été plus honorable pour le Saint Père de confier une mission à un homme qui ne serait pas sous

le coup d’accusations politiques. Cela dépend de celui

qui les porte, des circonstances dans lesquelles elles sont -

portées ete. Accusation n’est pas crime. Il n’appartient pas à un désappointé de briser la carrière d’un honnête homme. L’honné-

te homme marclie, comme sirien n’était, poursuit sa course,

fait sa besogne, et de la bonne encore, je crois. L'autre dit: …

“D’avoir opposé la nomination de Mgr un tel le tue à Rome.” D'abord l’ai-je opposé ? Oui, ils voudraient bien me voir mort, mais ils s’apercevront qu’ils n’ont fait que prendre leurs désirs pour une réalité, L'administration romaine est trop clairvoyante pour se laisser embrouiller par de pareilles inventions. Je le savais, je le vois.”

Samedi, 3 octobre, — Je me réveillai avec un fort mal de tête. Je restai au lit toute l’avant-midi, je me fis faire du thé, je me sens assez bien.

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Après-midi, j'allai, avec M. Desrosiers, revoir St-Jean-de- Latran, la mère et la tête de toutes les églises, le baptistère de Constantin avec sa porte qui chante en musique, la Scala Sancta, Sainte Croix-en-Jérusalem et son trésor de reliques . précieuses. Je revois ces lieux vénérés avee le même plaisir qu'on aurait de visiter de vieilles connaissances aimées : et le charme s’en accroît du fait que je suis accompagné d’un jeune prêtre intelligent et sympathique, qui semble jouir extrêmement de ma présence et de mes explications, Nous revînmes par Ste-Suzanne, St Bernard et Notre-Dame de la Victoire, Péglise du Cardinal Tachereau.

Dimanche, 4 octobre. —Diner au Collège Canadien, présence de deux anciennes connaissances qui se sont montiées on ne peut plus agréables, Mgr Van der Breden, coadjuteur du Cardinal évêque subverbicaire de la Sabine, et Mgr Accaromboni, archevêque d’Eliopolis, employé à la Congrégation des Rites.

On avait lu, ces jours derniers, quelques pages du journal sous presses “De Saint Lin à San Francisco”. Au commencement de la veillée, M. Ferland dit : “Contiauons donc cette charmante lecture.” On

ne la termina que rendu à la dernière page du premier fascicule que nous avons entre les mains. M. Ferland attend la suite avec impatience. Ces lettres nous fournirent un sujet inépuisable de couversation jusqu’à onze heures.

Vous ai-je dit que M. Desrosiers occupe ici la chambre de Philomène ? M. Ferland habite la petite chambre voisine, dont la porte donne sur la même anti-chambre. Philomène voit cela de Saint-Lin. Le grand salon intermédiaire est à notre disposition, Il faut dire que nous nous en servons bien rarement, ces Messieurs préférant passer leurs récréations devant ma cheminée, pour jouir ensemble des délices de la pipe. Me

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voici avec trois pipes, une petite à la Martel, une moyenne, une grande dont le manche mesure je ne sais combien de pieds.

Lundi, 5 octobre.—Journée de travail, Entr'autres choses, j'écris une longue lettre à X., que je scelle de trois sceaux en cire rouge, et que je vais faire enregistrer moi-même au Bureau de poste central. Si les gazettes voyaient cela! quel

scandale ! Tout de même, de toutes leurs suppositions, réflex-

ions et interprétations diverses, on peut tirer une conclusion certaine : c’est que mon voyage les intrigue et les inquiète. Supposé que je sois venu ici à propos de la question des Ecoles du Manitoba, quel mal y-a-t-il pour un catholique de consulter le Pape sur un sujet qui intéresse les consciences ? Est-il possible que je puisse tromper les congrégations Romaiïnes, lorsque la moitié des évêques de la Province est venue, où viendra à Rome. Il ya là des inquiétudes inexplicables

chez des Catholiques, au premier abord. Mais pour qui,

connaît, c’est que chez plusieurs les intérêts politiques l’emportent sur l'intérêt qu'ils disent porter aux droits de la minorité manitobaine. File, file ton chemin droit, malgré les rumeurs de la foule qui passe. Je crains Dieu, cher Abner, et n’ai point d'autre crainte.

Ce soir, avec un très petit effort d'imagination, je me serais

eru au salon du presbytère de Saint Lin. Ily manquait l’orgue, et certaines figures bien connues : vous me direz que ce n'est pas peu. Mais les chants connus s’y trouvaient. M. Desrosiers, les unes après les autres, a chanté, sur le cahier que j'ai apporté, toutes les chansons du répertoire laurentidien : Le rêve d’une bonne fille, Un cousin de Bretagne, César, Cerbère, Mon petit coin, Monrepos, ete, sans compter Une vocation particulière et le Lac des Deux-Montagnes. Il était minuit lorsque les voix s’éteignirent dans le silence du sommeil : plai-

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