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fournir leurs vendredis aux Napolitain:, lorsque le temps n’est
pas propice pour la pêche de chaque jour.
À midi, nous ordonnions notre dîner à l’hôtel Victoria, à |
Baies, juste en face du rivage où aborda la flotte d’Enée : Et tandem Euboicis Cumarum adlabitur oris.
Pendant que Cordon Bleu prépare notre omelette (c'est vendredi) et notre macaroni, nous visitons à pied deux rotondes aux Constructions puissantes, auxquelles on à donné, probablement sans preuves suffisantes, les noms de temple de Vénus, de temple de Mercure. Le culte de ces dieux est bien passé de mode ; à la place de leurs autels on ue voit plus, étendus, que les filets des pêcheurs, ou, entassées, les longues perches des vignerons. La seule cérémonie à laquelle j'aie assisté est la danse de la tarentelle que des femmes et des jeunes filles, qui nous suivaient en groupes gazouillants comme des voliers d'étourneaux, s’offrirent à danser en notre honneur, et dansèrent en effet, moyennant quelques sous. Puis, nous revinmes, comme disait mon guide, dare la pace a chi si fu la guerra, donner la paix à qui nous fait la guerre, c. a, d. appaiser les cris de l'estomac, La paix fut d'autant plus complète qu’elle fut cimeutée par le jus du falerne. Cicerone voyait double, et parlait triple, Phaëton, que j'avais traité d’une larme de ZLacryma Christi, partit comme un ouragan, faisant claquer son immense fouet le long des oreilles de son cheval et des nôtres, et nous monta au grand galop les hauteurs de Bacoli.
Ici Néron avait sa villa, où il forma le projet de noyer sa mère Agrippine ; ayant échoué, il la fit tuer par un centurion. Là s'élevait celle d’Hortensius, le grand orateur, le rival de Cicéron : plus loin, celle du dictateur Jules César, laquelle passa daus la suite à Auguste, et qu’habita Virgile, dont le
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regard, de ces hauteurs, pouvait embrasser les lieux qu'il a | chantés. C’est dans cette ville impériale que mourut celui qu'Auguste avait désigné pour être son successeur, son neveu, le jeune Marcellus : deuil qui attrista les dernières années de l'empereur, jusqu’à la fin de sa vie. Enée, dans sa visite aux enfers, vit, douze siècles en avance, l’âme de ce jeune prince, qui donnait de si belles espérances. Il demande à son père Anchise ; “Quel est celui ci ? est-ce quelque descendant de la grande race de mes neveux ? quel concours l’environne ? quelle prestance ! mais la nuit noire enveloppe sa tête d’une ombre triste, Sed nox atra caput tristi circumdat umbra. Anchise lui répond : O gnate, ingentem luctum me quære tuorum, o mon fils, ne cherche pas à connaître le grand deuil des tiens. Ostendent terris hunc tantum fata neque ultra sinent. Les destins ne feront que le montrer à la terre, et ne lui permettront pas de le posséder.” Après avoir raconté le deuil qui accompagnerait ses funérailles, et les espérances qui descendaient avec lui dans la tombe, il s’écrie : “Heu, miserirande puer, si qué fata aspera rumpas, tu Marcellus eris ; hélas ! enfant digne de pitié, si tu peux de quelque manière vaincre le cruel destin, Marcellus tu seras” On dit qu’à ces mots, lorsque Virgile leur lut pour la première fois ce passage, Auguste et son épouse Livie s’affaissèrent de larmes et d’émotions.
Nous passons le long d’une multitude de tombeaux, creusés dans le flanc de la colline, et nous arrivons à la Paiscina Admirabilis, admirable piscine en effet, ancien réservoir d’eau souterrain, dont les voûtes massives reposent sur 48 forts piliers, entre lesquels vous errez comme entre les arbres gigantesques d'une forêt féérique : on descend par deux escaliers de 33 marches, les murs ont la dureté du granit et du fer, C’est,
avec le Colisé, un des plus étonnants onvrages qui restent, par-
faitement conservés, de l’art titanesque des anciens Romains. Monte, monte, nous voici sur le toit plat d’une maison de paysan ; asseyons-noUS, et voyons : derrière nous Baies, Pouzzoles, les hauteurs de Pausilipe, la baie de Naples, devant nous la Méditerranée, l’île de Procida, l’île d [sehia, où, en 1833, un
tremblement de terre fit périr 4000 personnes. Sur ina dr oite
je vois la montagne, le rocher que couronnait l’acropole de
Cumes, rocher encore percé de galeries, de passages, de soupiraux, C’est là que Virgile place l’antre de la Sybille, qui a donné à Rome antique ses livres sybillins, et au monde ses caractères italiques. “ Le flinc du rocher, dit-il, est taillé en forme d’un antre immense où conduisent cent larges entrées, cent portes, et d'où se précipitent cent voix, réponses de la Sybille. Excisum Eboicue latus ingens rupis in antrum, go lati ducunt aditus centum, ostia centum ; unde ruunt totidem voces, responsa Sybillæe.
Lorsqu'Enée approcha de son antre, la Sybille s’écria : Deus,
ecce Deus, “le dieu, voici le dieu. ” Son visage changea de couleur, ses cheveux se dressèrent sur sa tête, sa poitrine haletait, sa bouche écumait ; le son de sa voix n'avait plus rien de morteL Une terreur froide courait par tous les membres des
Troyens.
Enée lui demande quel sera Le destin de sa race en Italie. La
prophétesse rugit, elle fait des efforts pour secouer l'influence du dieu .qui la possède, qui la tourmente, qui la dumpte enfin. 2 a Q (le 2 © | Les cent portes de Ja demeure s'ouvrent toutes grandes, il en sort y à (|: Q à D : Q F: » G .
cette réponse dans les airs : Bolla, horrida bella et Thybrim
mullo spunantem sanguine cerno. Des guerres, je vois des
guerres horribles et le Tibre ‘écumant d’un sang abondant, ”
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Puis, en des termes plus ou moins clairs, elle prédit à Enée qu'il finira par s'établir dans les champs du Latium.
Alors le héros troyen.lui demande la permission de descendre aux enfers, pour y aller voir son père Anchise. “* D'y descendre, répond la devineresse, € est facile, nuit et jour la porte en est ouverte ; mais d’en revenir, hoc opus, hic labor est, c’est là ja difficulté” Cependant, il pourra faire ce voyage, sil peut - trouver, dans la forêt voisine, dans le feuillage épais d’un
arbre touffu, le rameau dont les feuilles et la tige flexible sont d’or : lutet urbore opaca aureus et foliis et lento vemine ramus.. Auparavant, toutefois, elle Yavertit d’avoir à purifier sa flotte, sonillée par le cadavre de son ami Misène, dont il ionorait la mort inopinée. . L'imprudent, il avait eu l'audace de provoquer les dieux à jouer de la flute: aussi, pour le punir, un Triton lui aurait fait boire l'onde amère, jusqu’à ce que mort s’en suive. Enée s’en revint vers les siens, triste et rêveur. | On se mit en frais d'aller couper dans la forêt, justement ” dans cette plaine qui gît à nos pieds, le bois nécessaire pour élever -le bûcher funèbre sur lequelon devait brûler le corps de Misène. En entränt dans le dédale touffu, Enée aperçut deux colombes qui descendaient du ciel et vinrent se poser devant lui sur le gazon. Il reconnut les oiseaux de sa mère Vénus, et joyeux il leur adressa cette prière : “ Oh! soyez mes guides, et dirigez votre course par les airs à travers ce bois vers le lieu fécond qui produit le rameau précieux. Vous aussi, déesse ma mère, ne m ’xbandonnez pas en cette conjoncture difficile” Les colombes, voletant devant lui, à la fin vont se percher sur l'arbre d’où l'éclat miroitant de l'or brille à travers les branches, super arbore sidunt, discolor unde
auri per Tamos aura refulsit. Enée né prit pas de ot à
s’en saisir, corripit Aeneas extemplo, et il le porte à la Sybille. Cependant on procède aux funérailles de Misène, En en
suivant le détail, nous ne pouvons ne pas remarquer plusieurs
cérémonies que l’Eglise, sans doute les trouvant touchantes, a:
conservées des anciens rites païens, les pénétrant d’une signification mystique et céleste. Ou plutôt, ces rites n'étaient euxmêmes que l’expression d’une piété naturelle, se rattachant aux souvenirs des vérités primitives. Ainsi ses compagnons déposent Misène sur son bûcher, comme aujourd’hui les parents ou les amis déposent leur défunt sur le catafalque dans nos temples ; ils jettent sur lui des draps de pourpre, comme nous faisons du drap mortuaire ; nos cierges allumés rappellent les torches et les feux du bûcher, Et quand on se prépare à des. cendre définitivement les cendres en terre, le prêtre troyen, comme de nos jours le ministre de Jésus-Christ, en fait trois fois le tour, asperge l’assemblée d’une eau légère, se servant à cette fin d’une branche d’olivier, et récite les dernières prières,
novissima verba. Ne croiriez-vous pas assister à un Libera ?
At pius Aeneas ingenti mole sepulchrum Imponit suaque arma viro remumque tubamque Monte sub aereo, qui nunc Misenus ab illo Dicitur aeternumque tenet per seculu nomen.
Enée place la sépulcre de son ami sous le mole énorme d’un promontoire élevé ; et voilà pourquoi cette masse rocheuse, isolée, qui s’élève de la mer pittoresquement sur notre gauche, formant une des cornes du large hémicycle de la Baie de Naples, s'appelle encore aujourd’hui Cap Misène.
Perdu dans la contemplation de cette belle nature, enterré sous la succession de mes réminiscences classiques, j’oubliais
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que nous avions le rameau d’or. “Vite, vite, Cicerone, comme la Sybille, conduis-moi aux portes de l’Averne.” Au grand trot, nous descendons les hauteurs de Bacoli, nous retraversons Baies, nous longeons le lac Lucrin, et, par une route sauvage, nous atteignions l’Averne, bassin d’une lieue environ de circuit, site sévère, collines plantées de chataigniers, solitude du désert, ruines de toute part. Le sole tremble sous les pieds et sous les roues de notre attelage. Trois chiens accourent à notre rencontre en aboyant, je leur crie comme autrefois la prophétesse : procul o procul este, profani, totoque absistite Luco ; allez-vous en, sales chiens, et laissez-nous nos mollets.” Virgile dit :
Spelunca alta fuit vastoque immanis hiatu,
Scrupeu, tuta lacu nigro nemorumque tenebris.
La description convient encore parfaitement à ces lieux, La caverne est haute, la gueule en est gigantesque, elle est taillée dans la pierre, et les abords sombres du lac la protège, ainsi que les ténèbres des forêts.
Un gardien sort de sa cabane et s’avance vers nous. Sale la barbe inculte, les yeux surnois, en haillons, il me rappelle le
Charon de Virgile :
Portitor has horrendus aquas et flumina servai, Terribilisqualore Charon, cui plurima mento Canities inculta jacet, stant lumina flamma, Sordidus ex humeris nodo dependet amictu.
Le nautonnier des enfers, d'abord inflexible, s’adoucit quand
il vit le rameau d’or. À la vue de quelques francs que je lui montrai, notre Cbaron devint on ne peut plus traitable. TE nous conduit, par un sentier de broussailles, à Pentrée de la caverne ; il ouvre la porte avec une grosse clef suspendue à sa ceinture, allume un flambeau, et s'enfonce dans l'ombre.
A cet endroit de son récit; Virgile s'arrête tout à-coup, €b fait une invocation solennelle aux dieux qui ont tout pouvoir sur les âmes, aux ombres silencieuses, au chaos et à Phlegeton, aux lieux enveloppés au loin de ténèbres et de silence. Je fis
mieux, jinvoquai Marie :
Ave Mauris stella, Tler para tutum, Ut videntes Jesum
Semper collaetemur.
Enée et la Sybille allaïent seuls à travers les ombres ob-eures de la nuit, par les demeures et les royaumes solitaires de Pluton : tel on voyage dans les forêts sous/la lumière incertaine de la lune, lorsque les ténèbres cachent Je ciel et que la
puit sombre enlève aux objets leur couleur.
Ibant obseuri sola sub nocte per wn.bram, Perque domus Ditis vacurs et inania regna :
Quale per incertom lunam sub luce malignaæ Est îter in silvis, ubi coclum condidit umbra * Juppiter et rebus nox abstulit utra colorem, Le flambeau marchait devant nous, projetant sa lumière blafarde sur les voûtes caleaires à 6 ou 8 pieds audessus de nos
têtes, sur les parois distantes l’une de Pautre de dix à douze
Ca