‹ Dans la ville eternelle pendant que se discutait au Canada la question des écoles du Manitoba. Journal de voyageChapitre 6 sur 76 · CE RE · texte numérisé non relu

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besoin, tout simplement, de savoir quelle heure il était. Leur chronomêtre s'était dérangé, et le pilote ne pouvait plus faire ses calculs astronomiques. Ils erraient plus ou moins, ça et là, depuis trois jours.

15 Septembre, mardi. —Toujours beau, lune hier soir, temps couvert aujourd’hui, léger roulis qui nous berce mollement.

Nous ne sommes pas très nombreux en première, 75 environ. L'élément dominant est le germanique, puis viennent les Italiens. Iln’ya ni princes, ni ducs, tous du monde bien, sans luxe, sans éclat, Je pourrais faire autant de connaissances qu’il y a de passagers, je préfère me tenir sur la réserve.

Approchez, je vais vous introduire au clergé du bord. ler M. le chanoine Archambault qui s'en va rejoindre à Rome Mer Fabre, et même l’y précèdera. Un bon compagnon.

20 M. Dupuis, prêtre depuis quinze jours, qui se rend à Rome, au Collège Canadien, pour trois ou quatre ans.

30 Monsignor De Concilio, curé à New-Jersey city, homme instruit, ancien théologien du Cardinal McKlosky au deuxième concile de Baltimore, 61 ans.

4o Un prêtre italien de Naples, parent du précédent, qui est venu se promener aux Etats-Unis, et qui s’en retourne dans son pays.

5o Deux jeunes Américains, venant de finir leurs études classiques, allant faire leur théologie à Rome, M. McNaughton et M. Cressy : bons, convenables, languissants sous les atteintes du mal de mer. |

60 Enfin un cinquième prêtre, 5 pieds et 6 pouces, gros, replet, cheveux grisonnants, frisés, yeux pochés, nez long, se faisant vieux, Devinez qui ?

En énumérant la population qui s’agite dans les flancs de cette baleine en fer, il ne faut pas oublier la partie qui se prête

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le plus à mes études et à mes réflexions: une foule de plu- sieurs cents Italiens qui sont entassés dans l’entrepont. Chaque jour, je passe des demi-heures à les examiner, couchés, étendus pêle-mêle, se chauffant au soleil du matin, se mettant à l’abri des ardeurs du midi, N’allez pas croire qu’ils sont les plus malheureux ; c'est au milieu d’eux qu’habitent les ris, les jeux. Celui-ci fume tranquillement en regardant les flots, celui-là jase placidement avec an compagnon aussi placide que Jui. Cette jeune fille fait les yeux doux à son beau qui la re- | garde à travers les fentes d’une cloison, Ces enfants se roulent avec délices dans la poussière. Cette mère est assise, entourée de ses petits comme une poule de ses poussins : familles nombreuses qui donnent des citoyens à la terre et des saints au ciel. Les parents passent leur vie dans un travail pénible pour élever ces hommes de l’avenir, ils ont rempli leur vocation, Dieu ne leur en demande pas davantage. Dieu qui leur a refusé la richesse et l'aisance, ne leur a pas ménagé la source de la joie, du contentement ; et, après tout, leur somme de bonheur n’est pas moindre que celle des riches ici-bas ; et làhaut ? ?

16 septembre, mercredi.—11 est près. de six heures P, M. lorsque je prends la plume pour rédiger la part qu'aujourd'hui aura dans le journal. Mon voisin me dit: “Vous n'êtes pas fatigué de la monotonie de ce spectacle ? cela m'ennuie à la mort.—Je pourrais ainsi me faire bercer sur le sein de la vaste mer, pendant un mois, sans en être le moins du monde fatigué.— Quand on pense qu’on en a encore pour plus de huit jours !--Pour moi la traversée est toujours trop courte.” En effet, quand on ne peut rien faire, qu’on passe sa grande journée à bâiller, ou à compter les jours comme un écolier qui attend les vacances, je comprends que le temps s'écoule lentement, Mais quand le

temps est partagé entre le travail, le bréviaire, la lecture, des

promenades sur le pont, des méditations à batons rompus en

face des immensités qui nous environnent, on constate que le poète avait bien raison : fugit interea, fugit irreparabile tempus. |

Mon règlement s’est fait de lui-même. Le#r vers 7 heures ; 8 heures, déjeuner ; 84 heures promenade sur le pont, pour prendre le grand air ; de 9 heures à midi, travail, dans un petit salon qui est à la porte de ma chambre, Midi sur le pont. Midi et demi diner; 1 heure, cigare et jasette. avec les amis, assis sur des chaises longues, le regard étendu vers les horizons indéfinis ; 2 heures, bréviaire, puis journal, puis lecture, puis travail, etc. A 64 heures, le souper, qui dure une heure. A 74 h:ures, sur le

pont à me promener, à causer, à respirer, à méditer, à regarder

danser, à écouter la musique, à passer de la lumière électrique

aux ombres noires, Cala jusqu’à dix-heures, dix heures et demie, onze heures, selon que le cœur m’en dit. Dans une journée aussi divisée, où l'ennui trouverait-il sa place?

Jamais, sur l'océan, je n’ai été aussi bien pour accomplir la sentence portée contre nous : tu gagneras ton pain à la sueur de ton front. La mer continue à être bonne, quoique aujourd'hui on ait tendu la grande corde pour protéger les promeneurs contre les surprises du roulis. J’ai dans mon petit salon une solitude complète, un silence parfait, deux grandes tables sur lesquelles je puis étendre mes papiers et mes secrets. Sans

parler du travail que je dois taire, je dirai que j'ai fini de faire

la préface du livre : “De Saint-Lin à San-Francisco.” Samedi, : jour de l'embarquement, je commençai par ne rien faire, com-

me quand je vais me promener de l’autre côté du ravin. Dimanche fut consacré tout entier à un ouvrage religieux. Lundi,

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