EXCURSION DANS LES KNAFA
A mon retour à Mogador je trouve des nouvelles de M. Lemoine, qui revienl de son voyage au col du Glaoui el va quitter Marrakech pour s'acheminer à petites étapes vers le Djebel Uadid el la côte. Il a appris que je vais partir pour le Sous el voudrail bien me rencontrer au pied septentrional de l'Atlas.
Je il «''s ire vivement aussi revoir mon ami qui va incessammenl rentrer en France : je vais donc me diriger de son côtéel j'espère pouvoir le rejoindre à Imi n Tanout, sur la roule de la capitale marocaine.
Bien que je sois décidé à prendre le costume musulman pour mes prochains voyages en pays siba, il me semble qu'il esl préférable de
I. La salure de ces eaux tient à ce qu'elles traversent, près de la source, un gisement de marnes bariolées avec sel gemme, des terrains Iriasiques. ■i. Nzala Bru Ganal de la carte ; lillionième.
partir, celte fois, en conservanl mes vêlements européens, de façon à traverser ensuite le Bled makhzen sans être reconnu.
,je mc propose alors d'atteindre la Qasba d'Imi n Tanout, par un itinéraire nouveau passant par [mi n Takandout, dans les Knafa, et ,1,. recouper ainsi la partie septentrionale du plateau des Mtouga.
I ig. 19. — Vallée de Taghraghri
\ ce| effet j'obtiens, par l'obligeante intervention de M. Jeannier,
notre vice-consul, une lettre de rec nandation du Pacha de
Mogador pour le Qaïd des Knafa. Oùld Emflous, et je pars avec trois hommes el trois bêtes de charge.
Notre voyage ne m'apprend rien jusqu'à Dar Babba, maison située près du village iïAdhamna el dans laquelle M. de Segonzac achève ses préparatifs avec MM. Boulifa el Zenagui.
Je les trouve tous trois occupés à faire nue observation astronomique, je déjeune rapidemenl avec eux el je continue ma route.
Après avoir foulé longtemps 1rs grès tertiaires nous arrivons dans une plaine d'alluvions assez large, au fond de la vallée de l'Ouad Kseb. Au poinl où nous traversons la rivière, son lil a 6 mètres de large el 0 m. 30 centimètres de profondeur.
Plus loin je retrouve encore le plateau pliocène toujours recouverl de forêts d'arganiers ; mais, tandis que 1rs grès sonl d'ordinaire à
VOYAGES DANS LE SUD MAROCAIN
peu près horizontaux, ils se relèvent assez fortement ici. <hi seul l'approche d'un massif bordure formé par la chaîne secondaire du Djebel C/ii/î/iro, qui est constituée par une série épaisse de bancs calcaires dont les plus élevés renferment de nombreux silex.
Nous recoupons la montagne puni- descendre dans une belle
vallée c prise entre le Djebel Chikhro et le Djebel Entil. Sa
structure est intéressante; c'est la dépression anticlinale de Ta gh ragh ra, qui
laisse a p pa l'a il re dans ses pa ri i es
profondes, des argiles salifères, aux vives couleurs rouges et vertes. Des gisements de s e I gemme -<>ni , paraîtil, exploités dans les
environs.
Nous allons passer la nuit chez \\\\
indigène auquel je suis recommandé par son frère, employé au vice-consulat de France, à Mogador.
Ce Marocain nous reçoit avec empressement, il nous empêche de dresser nuire tente et nous donne nue bonne chambre. Il nous fait apprêter à dîner, s'inquiète de nos moindres besoins et songe même, ce qui se fait assez rarement en pays arabe, à nous préparer un déjeuner à emporter le lendemain.
Mais notre hôte a des allures assez mystérieuses, il parait 1res triste et je ne puis savoir le sujet de se- ennuis.
Tout s'expliqua plus tard, à n retour à Mogador, lorsque j'appris qu'un de ses frères était à l'agonie quand nous arrivâmes et qu'il mourut dans une pièce voisine pendant que nous dînions. Mais les règles strictes de l'hospitalité musulmane imposaient au maître
Fig. 50. — Un Iab>
dans les Knafi
li i VS / E BLED ES SFBA.
Fie. 51. — Vallée de l'Ouad Ajounda, Souq
(|(. |;1 maison le pénible devoir de nous cacher le sujel de son chagrin, dans la crainte de précipiter noire dépari !...
Il naraîl même que si nous avions dû demeurer encore dans celle maison en deuil nous aurions seulemenl appris le malheur qui la [Yappail au momenl des obsèques auxquelles nous aurions été invités.
K„ quittanl Taghraghra, nous remontons le flanc droil de la vallée constitué par le Djebel Entil, toujours formé des mêmes calcaires recouverts de forêts d'arganiers.
Après une halte à Timessourin nous remontons le cours de I < luad Ajounda cl passons auprès du Souq es Sebt1 pour nous engager ensuite dans les belles gorges d'Imi n Takandout.
Ce défilé pittoresque esl creusé dans lescalcairesà silex qui offrent ici une grande épaisseur; ils sont fouillés de grottes parmi lesquelles celle d'Imi n Takandoul qui esl assez profonde.
Nous arrivons un peu tard .;i Dar Ould Emflous. La maison du ( >aïd esl très animée; de nombreux solliciteurs sonl là ainsi que des
i Marché > I n samedi.
VOYAGES DANS LE SUD MAROCAIN. 71
soldats venus pour apporter des nouvelles des combats qui se livrenl à la limite de la tribu.
Le Qaïd Ould Emflous, en effet, esl en lutte depuis plusieurs mois, avec le Qaïd I iuellouli.
Le premier a la prétention d'enlever à son voisin la prérogative, déjà ancienne, de prélever sur les caravanes venues du Sous, un droit de passage et, comme ce dernier .1 refusé de céder ;'i ses injonctions, il lui ;i déclaré la guerre. Il a, de plus, établi sur son territoire aux portes mêmes de Mogador, des nzala chargées d'imposer lourde ni les paisibles trafiquants venus du sud de l'Atlas,
du Sous, du Tazerouall el du Draa. Il en résulte que, depuis un certain temps déjà, les caravanes sonl obligées ,|,. rebrousser chemin un bien d'attendre, dans leur pays d'origine, la lin de cette guerre d'iniquité due ;'i la rapacité d'un Qaïd.
Le Makhzen ;i essayé de mettre lin ;'i cri étal «le choses, qui paralyse toul le commerce de Mogador el p -rail porter atteinte, s'il
se prolongeait, ;'i l'avenir de cette partie du Maroc, en dévianl de leur voie ordinaire les produits du Sud.
Mais le Makhzen .'si faible landis que le Qaïd Emflous a de l'or '•I parlant, des fusils el des hommes; aussi, malgré les encouragements qui nul été donnés au Guellouli el les interventions des agents de I administration chériflenne, le potenlal des Knafa n'en ;> I ki s moi n- continué la iutte contre son voisin, qu'il voudrait réduire à I impuissance.
Au moment de ma visite à Dar Ould Emflous, des instructions venues de Eaz ordonnaient, paraît-il, de se saisir <\\\ Qaïd révolté el de I amener, chargé de fers, à la capitale marocaine.
On conçoit . étant donnés l'inanité de ses efforts contre son ennemi el l'hostilité du Makhzen à son égard, l'étal d'espril d'Ould Emflous.
Vussi fait-il bien mauvais accueil à la lettre de recommandation que lui présente un de mes hommes. Il déclare n'avoir pas à obéir au Pacha de Mogador el ne pouvoir assurer ma sécurité
dans un pays agité par la guerre. Il reproche sévère ni à mon
homme d'avoir accompagné un roumi dans ces conditions el le menace de le (aire bâtonner -'il recoi nce; il d le ensuite l'ordre
,1,. mc faire escorter par deux makhzni '. jusqu'à Mogador.
J'ai l l'abord l'idée de refuser d'obéir aux injonctions du Qaïd,
mais mes I m- sonl affolés parla peur de la malraque.
.1,. comprends que ces malheureux innocents feraienl les frais de ,,„,,, obstination et je préfère rebrousser chemin. J'exige seulemenl des deux soldats qui m'accompagnent, qu'ils me laissent passer par un chemin différenl de celui (pic j'ai suivi à l'aller, de façon à pouvoir continuer utilement mes observations.
Mais j'aurai manqué à mon rendez-vous d'Imi n ïanout.