I. La | .. .n
■-' Marché du jeudi.
Fis;, 00. — Fernat, <uv
dional de l'Atli
peu près desséché, mais avec un large thalweg creusé enlre des berges à nie de H» à 20 mètres de hauteur. Vlrzer Ikouzaren, qui
n'est ali nté qu'au momenl des tories pluies, se trouve an contact
«les terrains crétacés et des alluvions; ce qui explique un peu. par l'affouillement facile de ces dernières, la largeur de son lit et la hauteur démesurée de ses berges.
Nous suivons quelque temps VIrzer Ikouzaren, que nous devons abandonner au coude brusque qu'il fait pour descendre de la direction des crêtes, avant de passer auprès du village d'Achbaro. Après avoir traversé un prolongement des terrains secondaires vers la plaine el recoupé VIrzer on Nift, nous atteignons YOuad Fernat.
Cette rivière ;i creusé son lit dans une vallée, parallèle à celle de Talekjount, profondément entaillée dans des bancs de calcaires el d'argiles.
Nous faisons halle dans les gorges de Tanouïnert, où il m'es! permis .l'observer une série de cassures, qui affectent les couches crétacées el confirmenl encore mes observations antérieures sur la structure du liane méridional de I Atlas.
I n village important, Fernat, est bâti sur le versanl très escarpé de la rive droite.
VOYAGE DA VS LE suis. I.,l
Une arête seulemenl non- sépare de l'importante dépression de VOuat/A/tizal1; nous en faisons l'ascension lentement, parce rpie notre étape ne sera pas longue.
arrivé sur la crête de ce contrefort, je puis voir à i soixantaine
de kilomètres dans l'est, le Djebel Siroua, aperçu de très loin par Hookerel par Thomson el observé, de l'Anli-Atlas ainsi que de la haute vallée du Dran, par le vicomte de iïoueauld qui le premier,
indiqua son nom. Il apparaîl c< un massif élevé terminé par
un pic très obtus, couvert de neige.
Dans la direction nord-est, le Tartijoutt, — le plus haut - I,
peut-être, de toute la chaîne du Haut-Atlas,— se profile au delà du
Tizi h 'ii si . col que
nous franchirons
demain el que nous
a perc evons dans
une échancrure de
la crête, à la nais
- a ii ce de I ' Ouad
A m :,il.
.1 ;n en somme, -"ii- les yeux, un spectacle inédit donl je ne puis me détacher qu'avec peine.
Nous arrivons ainsi à un passage étroit d'où nous descendons dans la vallée qui nous mènera au Tizi n Test.
La roule que nous venons de suivre ne paraît pas très fréquentée : Landis qu'une autre piste qui remonte Y Ouad Amzal est prise d<' préférence par les caravanes, parties de la plaine de Ras el Ouad el allant à Marrakech.
Kig. 9'
I < luad le \iinhiil de la carte au niillioi
DANS LE BLED ES s il; \.
\'ous longeons un ravin assez profond, en grande partie creusé dans les schistes primaires, el nous arrivons de bonne heure à Am-
-nl. agglomération importante el donl la siluati si précieuse
pour les voyageurs qui y fonl étape avanl de franchir la crête ,1,. l'Atlas.
Mes hommes sonl hésitants el nous ne savons où camper. Finale-
ni. on nous indique une petite place encadrée de maisons où nous
aurons paraît-il, un assas el où nous trouverons la nourriture de nos bêles.
Nous sommes installés depuis une demi-heure à peine lorsque le Chérif me conseille de ne pas me montrer, parce qu'il croit voir une certaine hostilité autour de nous. Le zettal a disparu en disanl qu'il allai I à la djemaa.
iVn ,!,. temps après, nous entendons prononcer à haute voix ces paroles assez peu rassurantes :
„ il v a un roumi sous la lente, il faul le faire sortir. »
Le Chérif el Abdallah blêmissent en entendant celle provocation, tandis que le Souéri ne bronche pasel continue, sans sourciller, les préparatifs du dîner.
La situation me paraissanl critique, je prie l'un de mes dévoués
compagnons de ne pas aband er le fusil el je menace de brûler
la cervelle aux traîtres, à la moindre tentative de violence de la pari des Liens du s illage.
Celle déclaration ne Lardail pas à produire son effet, car une heure après le Souéri sortait en disant à qui voulait l'entendre qu'on avail raconté que j'étais roumi pour m'ennuyer; mais qu'il n'\ avail pas, en réalité, île meilleur Musulman que moi.
Cepoinl acquis, les choses prennent i autre tournure cl le reste
de la journée se passe sans incidents.
Malheureuse ni le Chérif el Abdallah ne son) pas encore rassurés el j'ai bien peur qu'ils ne laissenl percer leurs craintes auprès «le- habitants d\ \mzal.
Notre zotlal esl revenu el son attitude sournoise nous convaincrait, s'il en étail besoin encore, du rôle coupable qu'il io le complicité avec le Souéri. Il esl entrepris par mes deux hommes fidèles,
qui fonl miroiter à ses yeux je ne sais quelles belles promesses | ■
ses prétendus bons offices à mon égard; cel artifice paraîl un peu I émouvoir, car il demeure tranquille toute la soirée.
t janvier. — Le lendemain matin au pelil jour, Abdallah se rend à la djemaa où il fail sa prière le plus oslensiblemenl possible; après quoi, il parle à l'un, à l'autre, li licnl à ce qu'on sache, dans le village, qu'il a fail ses dévotions dans un lieu public; puis, il rcvienl furlivemenl el pénètre -mis la tente sans être vu. Alors. tandis que tous les autres sonl sortis, il recommence sa prière à haute el intelligible voix, de façon à persuader aux gens vile rassemblés autour de notre campemenl que je prie avec la correction de langage cl la pureté d'intonali l'un érudil musulman '.
Cette mise en scène produit son effet el semble assurer, m< n-
lanémenl du moins, notre sécurité : mais encore faut-il que le zellal «•l le Souéri ne renouvellent pas leurs tentatives mail lêtes.
Nous ne non- pressons pas de partir afin de ne pas laisser entrevoir la moindre inquiétude.
Il est près de huit heures lorsque mes hommes sortent les chouan' déjà pleins, qu'ils n'auront qu'à placer sur le dos des bêtes, pour écourler la durée du chargement.
Je vais alors m accroupir, le fusil à la main, au milieu de assis contre un mur. Je suis l'objet de la curiosité de tous, el les
habitants A'Amzfil sont en nombre aul "de la petite place sur
laquelle non- avons passé la nuit.
Je cause avec ceux qui sonl auprès de moi ; je parle du pays d'où je x icns, de I étouan, sil né bien loin d'ici.
I Abdallah étail laleb, car il avail appris le f'.oran, assez longtemps, dans uni
île son pays.
- Sorte de panier double qu'on pi; ht sur le bal des animaux de ciiargi
•Jii
Le calme le plus parfait semble régner autour de nous, lorsqu un laleb il»' la zaouïa se détache d'un groupe et, avec un air courroucé, dil à Abdallah en me désignanl des yeux :
H l Ici homme esl un roumi. »
\on lui est-il répondu — c'esl un médecin qui fail partout du liii'ii Mir sou passage; je l'ai connu à Télouan où il esl très estimé.»
« Tu mens — reprend le laleb — c'esl mi roumi. -
Je sens que la situation peut devenir grave. Je me lève alors lenlemcnl et, avec le plus de sang-froid possible je dis à Abdallah :
Je désire que l'on sache ici que je considère comme une injure grave d'être pris pour un chrétien ». l'uis. je vais reprendre ma
Des marques <!<• sympathie se montrent immédiatement sur bien des visages et, tandis que le laleb a disparu comme par enchantement, des souhaits nous accompagnent au dépari '.
Je ne doute pas que les habitants ài'Âjnzal aienl gardé I intime conviction que j'étais un roumi parce qu'ils n'auraient jamais pu admettre, chez le zellal et le Souéri, assez de félonie pour dire d'un coreligionnaire qu'il esl chrétien; ces derniers ont dû, d'ailleurs, appuyer leur trahison de raisons suffisantes, en se basant sur la nature de mes occupations.
Aussi n'ai-je pu m'empêcher de constater, avec une certaine surprise, comme un air de soulagement chez la plupart de ces yens qui ne demandaient en somme, qu'un semblant de preuves sur ma prétendue origine musulmane pour me laisser poursuivre tranquillement mon chemin.
Nous sommes à peine à .")< il » mètres d'Amzal, qu'un homme à l'allure distinguée, à la mise assez recherchée, vient nous rejoindre en courant. Il semble que nous ne soyons pas encore au boni de nos peines.
Cel indigène a appris que je suis médecin et il me demande des
1 i lie-/ les Musulmans le fail seul de soupçonner injustement un îles leurs et, a plus forte raison île l'accuser, esl une faille grave 1res réprouvée par leur religion.
VOYAGE DANS LE Socs. |:,;,
médicaments. Je crains qu'il n'y ail là qu'un artifice pour être amené à voir si, dans mon bagage, je n'aurais pas quelque obiel qui puisse trahir ma qualité de roumi. Aussi ce nouvel incidenl ne laisse pas que de m'inquiéter un peu.
Mais je suis vite rassuré, parce que notre interlocuteur me dit, sur tous les tons, qu'il esl l'ami du Qaïd Goundaficl que le puissanl chef du flanc septentrional de l'Atlas descend chez lui lorsqu'il se rend
Fia. '.'S. - Vallée îles Vil Vhusupsl M Tizi n Tesl
dans le Sous. Et, en effet, tandis que je réunis 1rs produits pharmaceutiques donl il a besoin, il raconte au Chérif qu'il sail que je rherehe des mines, — c'esl là une preuve indiscutable qu'il me prend pour un roumi, — et qu'il sérail très heureux d'avoir mon avis sur un gîte de cuivre qu'il voudrail exploiter. Mais le Chérif proteste; il assure que je récolte des plantes médicinales el non ries minerais, el il déclare que j';ii besoin d'être rapidemenl de retour .' Marrakech.
Nous pouvons enlin poursuivre notre chemin.
Pour atteindre le Tizi n Test, nous quittons la vallée de YOuad Amznl pour passer dans celle d'un de ses affluents, YOuad Vit Voit gués t.
I iu 09. — Vil VouffuestJ
Vprès avoir Ira- \ ersé la ri\ ière, donl le lil a •". mètres de largeur sur H • centimètres de profondeur, nous recoupons l'arête i|iii d<iinliii' la rive gauche.
Du petil col quenous atteignons, la vue s'étend sur Loute la dépression, donl la narlic la plus rap-
prochée de nous esl admirablemenl ombragée, tandis que îles escarpements arides se montrenl au-dessous de la crête, échancrée en un point par le passage quenousallons franchir.
1// Yoitguest est bâti dans une partie assez élargie de la vallée <1 m môme nom. Il esl entouré par des alluvions el des éboulis quaternaires, couverts d'une belle végétation de palmiers el d'oliviers, entre lesquels les indigènes cultivent de petits champs de céréales cl de beaux jardins potagers.
Nous avons abandonné les grès rouges, probablement crétacés, pour pénél rer dans le massif ancien.
Notre chemin remonte un affluent de gauche,
le long duquel se , ,.. |0o. Village au pied de Tizi n Tcsl
VOYAGE DA VS LE SOIS. \:,'i
trouvent encore plusieurs villages ombragés el entourés de cultures. Lutin nous quillons la dépression pour gravir, parmi senlier très abrupt, l'arête d'un conlreforl de l'Atlas qui descend d'un sommel voisin du Tizi n Test.
A ce momenl commence vérilablemenl l'ascension du col.
Elle esl pénible cl la piste se développe en très nombreux lacets, tantôl sur des calcaires cristallins, tantôt sur des scbisles primaires,
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Pig. 101. - Munir. ■ dp I i/i n Tesl el vue du l'i Tamjoull
el dans ce sol à peu près nu, poussent seulemenl >\r-. rtem el quelques lavandes sauvages. L'arganier a disparu au niveau iïAmzat eld'.l// Youmtest el le cbênc à glands doux fail son apparition près
La structure du flanc méridional de la chaîne se montre nette
iin'iil el je puis photographier
t\r ses terrains anciens,
L'ascension, qui ne nous demande pas moins de trois heures ne
s'effectue pas sans difficulté. Notre mule fatiguée el décidé ni
aussi peu habituée aux régions montagneuses, fail encore une chute effrayante el nous ne sommes pas peu surpris de la voir se re lever au-dessous de nous, tandis que les bagages qu'elle portail -nul disséminés sur le flanc du ravin. Nous d< vons prendre le parti d'alléger sa charge, el les trois petits ânes vonl se partager la plus
DANS LE lil.FI) ES SIBA.
Fig;. 102. \ nr prise dr Tizi n TpsI: di
grande partie du fardeau d'une bête deux fois | > 1 1 1 -- haute qu'eux.
Nous nous trouvons maintenant sur une roule très fréquentée el nous ne croisons pas moins d'une dizaine de caravanes.
1) un point assez élevé du contrefort que nous gravissons j'aperçois sur ma droite, le Tmnjuutt qui se prolile dans le lointain. Je suis en ce moment, à l'endroit de ma roule le plus rapproché de cel immense pic que je puis ainsi photographier.
Vvant cl arriver au Tizi n Test, nous : rencontrons une nzala où des agents du Qaïd Goundafi nous réclament un droit de passage. Je suis un peu surpris que, ayant déjà payé pour entrer dans le Sous, on nous demande encore quelque chose pour en sortir.
L un «les préposés du Qaïd m'a vu prendre des noies et il dil à Abdallah que je suis un roumi. Il est alors houspillé par ce dernier qui déclare que je suis un chérif el lui fait remarquer, avec énergie, qu il n'entend rien ,'i ses fonctions de gardien du chemin. Je recommande de laisser dire, car je n'ai plus rien à craindre maintenant puisque non- entrons en I lied makhzen.
L'échancrure du Tizi n Test correspond à un lambeau de grès rouges permiens, pinces dans un pli de schistes anciens, el qui, par leur facile désagrégation, ont marqué une dépression de la montagne.
La vue ne s'étend pas très loin devanl non.. | n ravin profond, tributaire de l'Ouad Nfis, paraît descendre du col jusqu'à un coude brusque de cette rivière importante. Toutes les crêtes sonl couvertes de chênes el la neige, qui n'existe pas sur |e revers méridional, apparaîl à quelques pas <lr nous, sur le flanc nord.
I"'1 descente s'effectue lentemenl par une pente assez raide, el nous devons passer sur la neige en suivanl des pistes fraîches, marquées par le pas îles hommes el des mules1.
Nous allons écourter notre étape parce que nos bêles sonl très fatiguées. D'ailleurs il ii.hi.csI impossible d'atteindre aujourd'hui l,i Oasba l'aguendafl, seul endroil où nous puissions trouver un bon gîte.
Nous nous arrêtons à quelques kil !>lres au-dessous .In cul. ;'i
I endroil appelé Iguer <■/// Guer/i, sur un tertre entouré de neige. Tan -
dis que j'aide le Chérif à dresser la lente, Abdallah apporte deslr :s
'I arbres morts qui vonl servir à entretenir, toute la nuit, .In feu près de noire abri, car nous nous attendons ;'i un froid assez vif. I.- ciel 1res clair, l'altitude .!<■ 2000 mètres à laquelle non- nous trouvons, le fonl facilemenl prévoir; je n'oublie pas non plu- que nous sommes maintenait sur le versanl septentrional .lu Haut-Atlas. De fail, à 7 heures le thermomètre ne marque déjà plus que 2 degrés.