‹ Dans le Bled es Siba; explorations au Maroc. Ouvrage publié sous le patronage du Comité du MarocChapitre 27 sur 46 · DE TIZI N TEST A MARRAKECH · texte numérisé non relu

DE TIZI N TEST A MARRAKECH

5 janvier. — Il esl plu- de '.' heures quand nous nous niellons .mi roule, lanl nous ,i\<>n> eu de peine à nous réchauffer après une nuil

1 II J ;i pou do chumcuux dans les L'uraviiiics i|ui l'ccuupoul ici la liaulo l'Iiatno. cl, jusqu'à Marrakech noua n'en verrons pas. < 'osl ipie la roule de l'Ouad Mis

1 si souvenl Ibniiée de souliers 1res étroits, ayanl parfois moins do ">(l centi 1res

et tracés sur les flancs escarpés de la vallée. Ils sonl forcé ni inaccessih

ux .[in sonl faits aux chemins plus larges el moins pierreux de la plaine, Par contre, les caravaniers ..ni de petites mules nerveuses qui erra i sonl sans dil (Seul té 1.^ parties les plus raides des sentiers, dans ces régions moulasïneuses. !•• !mc iv rque s'appli([iie ù la Ira versée do i'Allas par le col dos Uihi i.

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/' ! \.s / i BLED ES SIBA.

Fis. m"'. — Gorges d'Iguer enl Guern

passée par | > 1 1 1 — ae

:> degrés de froid, Mm-, mu' toile cou- \ erle de gi\ re el sur un sol eonslammenl glacé.

Le ( Ihérif surloul n'esl pas malinal, ce qu'excuse son âge; il \ oudrail aujourd'hui voir apparaît re le soleil avanl de partir ''I je n'au-

rais garde de lui refuser celle satisfaction.

N'ous sommes dans un site des plus sauvages, sur une montagne schisteuse aux formes arrondies; la profonde vallée de l'Ouad Ntis se trouve non 1 < > i 1 1 de nous.

Nous pénétrons bientôl dans une gorge étroite où le chemin descend, en petits lacets aux coudes anguleux, au milieu de blocs de calcaires bleuâtres éboulés «les parois à pic du défdé. Les caravanes sonl très nombreuses sur la mule, cl chaque fois que nous en cniisons une il faul nous ranger de façon à laisser

le passage libre aux lieles luilelailles.

La piste esl longtemps tracée dans les schistes verts, intercalés de calcaires cristallins el recouverts par des schistes noirs siluriens; le sol devienl déplus en plus aride.

Des lambeaux de grès rouges permiens se montrenl ç;à el là, pinces dans des plis de terrains plus anciens, ou enclavés entre des failles.

Nous recoupons des ravins en laissanl lou jours, à quelques kilomètres à gauche, l'Ouad Ntis. Notre itinéraire esl donc différenl de

relui qui esl Iniee sur la C'irle .111 m i 1 1 ion ièine.

\|>iv> avoir franchi un col peu important, nous descendons dans

mu' partie de la vallée assez fertile, arrosée par des affluents de la

rive droite et couverte de jardins et de grands arbres, parmi lesquels je remarque le noj er.

\ous sommes alors aux abords de la Oasba Taguendaft, sorte de bordj important .

par sa situation élevée à la pointe d'un rocheret rappelant .

avec ses tours carrées, certains châteaux du moyen âge.

Ce bordj domine toute la dépression, '■i des liommes placés dans son donjon sont là, dit-on,

| r en surveiller

tous les a bords.

'• esl 'ancienne demeure du Qaïd Goundati, qui habite acluellemenl beaucoup plus bas, tandis que la Qasba Taguendaft esl occupée par son khalifa.

Nous traversons les villages qui se trouvent au pied du bordj pour atteindre la naissance d'un ravin, tributaire de l'Ouad Mis,

que nous allons suivre : c'est là que nous cam| s dans un bou-

T"'1 'I arbres, où i - serons un peu pin- à l'abri du froid.

I iu loi - Oasba Taguendafl.

6 janvier. - Le pays esl maintenant tout à fait sûr, car i -

"""- trouvons entre la Qasba .In Qaïd G dali et celle de son suppliant, '|MI représente^ l'autorité makhzénici

Je n ai (1 : plus rien ;i craindre de notre zellal dont j'ai assez

longtemps subi la société dangereuse. Je n'hésite pas j le renvoyer, el j aurais déjà pris celte mesure hier, si cet homme n'avait été indis

i — tout lr j -.

■ji

Qasbo Toguendaft.

Je le congédie non sans lui reprocher énergiquemenl son altiludc coupable, el il essaie d'opposer à mes allégations de formels démentis. Il va, par étapes successives, regagner [ferd.

La présence du Souéri m'est non moins odieuse. Il vienl encore d'aggraver son cas en prenant dans ma petite cantine, que j'avais par inadvertance abandonnée ouverte quelques instants, une somme de 120 piécettes hassani. Je m'en aperçois aussitôt, mais ne veux pas lui en faire l'observation ici, parce que je saurai où le retrouver plus tard. Sous le prétexte que j'ai une nouvelle urgente à faire tenir au vice-consul français el au pacha de Mogador, je le renvoie là bas avec ma m nie chargée de quelques bagages devenus inutiles. Je conserve seulement la tente cl le strict nécessaire pour pourfnù\ re ma route.

Quel soulagement j'éprouve de me trouver seul avec le (Shérif et Si Vbdallah, ces deux compagnons dévoués, intègres, grâce auxquels j'ai pu me tirer de bien des mauvais pas!

Vussi je désire leur trer ma gratitude et, pour leur en donner un premier témoignage, je me propose d'aller jusqu'à Mai' rakech, que j'étais d'abord décidé à brûler. Nous prendrons là deux

VOYAGE DANS LE Sors. I,;-

ou Iroisjours de repos, pendanl lesquels mes hommes pourronl faire quelques emplettes pour leurs Ici es el pour leurs enfants.

L'idée de passer par la capitale les réjouil beaucoup, aussi vontils, malgré leurfatigue, franchir avec entrain 1rs trois étapes qui nous en séparent.

Avanl d'atteindre l'Ouad Nfis, la vallée change de structure el d'aspecl : aux schistes verts succèdent le- grès routes, d'abord

l ig. Mu,. Paysage dans t.- grès ronges.

fortemcnl relevés et, avec leur apparition, la végétation devienl toute différente.

Le liguier abonde an fond '1rs ravins; on voil que nous avons quitté 1rs grandes altitudes.

Nous laissons -m- notre gauche, le village de Talal i Ako <-\ la Qasba Goundafi, située auprès «lu conflucnl de l'Ouad Agoundis, puis nous traversons l'Ouad Nfis ru un poinl où il n'a pas moins de 10 mètres de largeur sur H» centimètres de profondeur. La force 'lu courant rend difficile '■'■ passage ;'i gué ri nous ne pouvons soni h- franchir sur nos nel ils ânes.

La -lé

•|iri'^-inii f.| l.'irrriiirnl ouverte m cel rmii-mi

la

DANS LE BLED ES S lli.\.

Fis. 107. — \ allée du Goundafi,

présence des grès permiens. Le travail d'érosion de cours d'eau importants, comme l'Ouad Mis cl l'Ouad Agonndis, descendus des crêtes les plus élevées de l'Atlas, onl eu facilemenl raison de leur faible résistance.

Mais l'Ouad Nfis change maintenanl de régime, parce que nous abandonnons le lambeau permien du Goundafi pour entrer au cœur des schistes primaires qui vont se développer en masses puissantes, -m- une vaste étendue; ils sont en général, forlemenl redressés el leur succession alternative indique qu'ils formenl une série de plis intenses.

La vallée esl profondémenl entaillée dans ces schistes anciens, <•[ la rivière serpente, entre des berges resserrées, en une infinité de méandres.

Rien n'esl plus pittoresque que ce chemin de l'Ouad Nfis, car il esl presque constammenl tracé sur des flancs à pic, dominant le thalweg, parfois de plus de 20 êtres.

Celle structure témoigne de la dureté des roches dans lesquelles la dépression esl creusée el aussi de la haute antiquité de celle dernière.

( lue de siècles d'un travail incessanl il a fallu à l'Ouad Nfis | r

VOYAGE DANS LE Sois.

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atteindre son niveau actuel ! .M ; i i s s'il a pu, grâce à la chuti durable qui sépare sa source plaine de Marrakech, affouille les schistes anciens de l'Atlas

le son niveau de base, situé dans la ■ ainsi îles terrains résistants comme c esl aussi qu'il a choisi une direction générale parallèle à leurs plissements. De celte façon les schistes ml été pris dans le sens de leur (ïssililé, c'est-à-dire de leur plus faible résistance.

La vallée que nous descendons offre un beau coun d'œil. Par

Fie. 108. — L'Ouad Mi- au dessous de la Oasha G lali.

contre la piste n'est pas toujours facile, quoiqu'elle soil enlrelenue, non pas je pense, pour le plus grand bien des caravanes qui se rendenl au Sous, mais plulôl parce qu'elle aboutil à la demeure 'i un seigneur, d'un polental qui aime son bien-élreel ne s inquiète guère de la vie des voyageurs qui onl besoin de la suivre fréquem ment. Le chemin du col des Bibaoun nous a montré loul le mépris il h Makhzen pour les trafiquants du S ml : il ne mène pas, il esl vrai, à l'habitation d'un Qaïd, tandis que celui du Tizi ri Test conduit directement a la Qasba du < ioundafi I

Il esl inutile d'ajouter que celte dernière route n'est en bon

Kifi

étal que jusqu'au bordj du chef des Goundafa ei non plus .-ni delà. Nous campons à côté d'une maison isolée située n<>n loin 'In village iïlmidel.

7 janvier. - Nous nous proposons 'I'' faire une longue (''lape, parce que je voudrais bien arriver demain soir à Marrakech.

I ,i' chemin se présente Ion jours dans les mêmes conditions, Lanlôl -m- la rive droite, tantôt sur la rive gauche, et les schistes varient de composition : nul doute qu'ils n'appartiennent à plusieurs niveaux des terrains primaires.il nous faut souvent recouper la rivière, mai- les gués fréquentés par les caravanes sont praticables à cette époque de l'année; l'un d'eux, par exemple, n'a que .'>.~> centimètres île I in i l'uni h MU' sur 25 mètres de largeur.

La vallée est toujours 1res encaissée et comprise entre des parois abruptes, el resserrées.

Ça et là se montrent des terrains d'alluvions, utilisés avec le plus grand soin par les indigènes. Ils sont à des niveaux variables par rapport à la rivière; c'est ainsi que j'ai eu l'occasion de constater toute une série de terrasses jusqu'à une hauteur verticale de plus de 100 mètres au-dessus du thalweg '.

I ne étude détaillée de lous ces lambeaux quaternaires sérail des plus intéressantes; elle permettrait de suivre la marche du creusement de la vallée depuis l'époque pliocène jusqu'à uns jours.

Les schistes de l'Ouad Nfis sont nus nu à peine recouverts de quelques arhres. Le chêne à glands doux, qui existe à profusion au '/'/-/ // Tr\i . a disparu depuis une altitude assez élevée; il a l'ail place à de- thuyas, parfois de grosseur tout à l'ail exceptionnelle. Celte essence forestière est accompagnée de genévriers, de lavandes et de genêts sauvages.

En quelques points la dépression s'élargit, par suite delà présence de petits affleurements de grès rouges, comme par exemple à lniidel.

I . M. Paul Le ine :i ilrj.'i nll ire5 l'attention sur ces dépôts quaternaires

VOYAGE DANS LE SOI S. |i,T

I 11 peu au-dessus de Tagadirl cl Bour, la rivière change c -

plètemenl de régime parce qu'elle sort du puissanl massif schisteux de l'Atlas.

A partir de là, en effet. l'Ouad N'fis pénètre dans une succession de sédiments plus récents, permiens, triasiques on crétacés. Alors il abandonne sa direction générale vers le nord pour atteindre, après une série de divagations, son confluenl lointain avec l'Ouad Tensifl.

I il.. 109. — I.

Ouad Mi-, auprès (Je Tagadirl

La vallée, d'abord très large sur une dizaine de kilomètres, esl creusée dans <!<•> gypses salifères, des marnes colorées Iriasiques el 'I is grès rouges permiens ou crétacés. Elle forme la dépression de Ouanscrou, limitée au sud par le bord abrupl du plateau il A «uergoui\ puis la rivière se porte vers l'ouest pour traverser au poinl le plus faible, dans les Nesquioua, avanl de se jeter dans la plaine.

La nulle abandonne l'Ouad Nfis et, à partir do là, elle se dirige ;'i peu près droil vers le nord. Il nous faul gravir l'exlrémilé méridionale du plateau, haut <\r près de 100 mètres an dessus 'lu thalweg, 1 I recouper d'abord nu affluent de gauche, roulant des eaux très salées. I n gite de sel gemme, en effet, est exploité ici dans les marnes colorées el !<•- gypses salifères de- terrains triasiques.

Hg. lin. Aguergour n Qiq.

1>(-i montée de ['Aguergour esl non moins intéressante, car son soubassemenl esl constitué par les grès rouges permiens intercalés ici, d'une succession de coulées de laves.de produits de projections el de cendres, traversés par «les filons el formanl un amas d'au moins 80 mètres d'épaisseur. Il y n en ce point, des vestiges de manifestations volcaniques importantes, remonlanl vraiscmblablemenl ;i l'époque permienne.

\u dessus, la couverture est formée d'une épaisse couche de grès, de gypses, d'argiles el de calcaires d'âges crétacés.

Nous allons planter notre tente auprès d'Aguergour n Qiq.

s et 9 janvier. — Le plateau d' 'Aguergour offre un relief faibleni ondulé par l'érosion ; sur son pourtour cependant il est crevassé par des ravins profonds, formanl parfois de petites gorgea entaillées dans des couches calcaires, épaisse- .le plus de 80 mètres, Enfin il esl traversé, de l'esl à l'ouest, par une légère dépression transversale paraissanl correspondre ;i une cassure rectiligne ayant cette direction. Le sol esl très fertile el cultivé dans ses moindres i-ecoins. Par place, dans le- petits ravins, de- sources émergent d'une nappe souterraine, au contael des bancs superficiels H de

lits argileux imperméables. En ces poinls on voil souvenl de beaux bouquels d'arbres el mssi des agglomérations, donl les plus impor tantes sont le village où nous venons de passer la nuit cl celui de I lar el ( îuergouri.

Nous descendons le bord septentrional du plateau auprès d'fouzel, de la Qasbn Aguergnur el de Tigzi.

On voil encore apparaître, dans l'Ouad N'fis, le soubassemenl constitué soit par 1rs grès rouges permiens, soil par les marnes colorées el salifères du trias ; ces derniers terrains reposenl sur des schistes primaires.

Nous effectuons descente de plus de 250 mètres pour arriver

dans la plaine du Haouz.

J'aurais voulu atteindre Marrakech le soir mé : mais il nous

reste trop peu de temps pour franchir avanl le coucher du soleil, avec des Anes à l'allure lente, la distance de plus de 30 kilomètres qui nous sépare de la capitale marocaine; nous serions très exposés à trouver fermées les portes de la ville el je préfère aller coucher à Tamesloht.

Nous passons par Oumenast, en laissanl Akreïeh sur noire droite, ri nous arrivons avanl la nuit, à la ville où réside un grand el richissime chérif. Je sais qu'il <•>! In''- bien disposé poulies I' rançais el je n'aurais qu'à me faire connaître pour recevoir bon accueil <\r lui. Mais je suis fatigué cl la perspective d'une soirée interminable ri d'un repas sans lin m'effraie; aussi, malgré l'avis

'h' mes hommes, nous allons dans un I' laq il' • saleté repou

santé, peuplé d israélites ri qui me donne une idée de la promiscuité de certains Mellah.

•I'' préfère planter ma tente au milieu de la cour que d'occuper la chambre que m'offre le maître de l'auberge el je m efforce de faire abstraction des cris que j'entends, des odeurs nauséabondes qu'exhalenl les gens el les bêtes qui m'entourent, pour dormir un I"'1!. Je sais que la nuil ne sera pas longue, car nous serons eu roule avanl la pointe du jour.

I : i , cffel, iidii- quittons Tameslohl le lendemain matin, par un froid de h degré cl guidés par un clair de lune magnifique.

N'ous suivons en courant pour is réchauffer, nos ânes qui

n'ont pas l'air de c prendre ce réveil matinal alors qu'ils auraienl

volontiers profité encore de la 1 e nourriture el du confortable

gîte que nous leur a\ ions donnés.

Nous arrivons à la porte de Bab er Roub vers 8 heures, cl nous entrons dans l'une des capitales du Maroc, la ville sainte du Royaume de Marrakech, ancien séjour de tant de Sultans renommés el aujourd'hui délaissée par le fils de Moulai Hassan, toujours enfermé dans Faz, so résidence préférée.

w et il janvier. — [la déjà été beaucoup dit sur Marrakech et il \ aurait encore beaucoup à dire sur celle cité curieuse, aux hautes murailles en pisé, aux rues bordées de maisons élevées sans autres ouvertures qu'une porte el qui donnenl parfois l'impression d'interminables chemins de ronde.

Mais je me suis fait une règle de laisser, en dehors de mon récit, les villes makhzen déjà vues par des voyageurs distingués el des explorateurs illustres.

Je ferai cependant une exception en ce qui concerne les écoles de l'Alliance Israélite universelle1, à Marrakech.

Je me proposais bien de me rendre compte de leur rôle au Maroc parce que j'ai toujours été frappé, dans noire grande colonie du Nord de l'Afrique, de l'assimilation rapide, parfois brillante, des juifs algériens. Le Maroc allait m'offrir un terme de comparaison entre ces deux populations de même race encore placées, il y a trois quarts de siècles, dans des conditions à peu près identiques; mais donl l' • a évolué avec une rapidité extraordinaire, sons I impulsion féconde de la civilisation française, tandis une l'autre esl

I. Les écoles de l'Alliance Israélite à Marrakech onl été vues notammenl paÉ

MM. Dcscos el Doutlé, ensuite par n ami M. Lemoine, qui '-si passe" dans la

capitale marocaine quelques semaines avanl moi.

demeurer dans le même étal de quasi servitude, smis la domination musulmane.

Des plumes autremenl autorisées rjue la mienne onl traité déjà celle intéressante question, et le rapporl remarquable de M. Augustin Bernard, publié dans le - Bulletin du Comjté du Maroc», renferme des renseignements précieux sur ces écoles el des conseils éclairés au sujel de leur avenir.

Mon appréciation sur ces centres d'éducation intellectuelle H morale esl la même que celle de mon collègue. Elle sérail meil leure encore, si la chose étail possible, que celle de M. A. Bernard, quanl à leur rôle au poinl de vue de notre influence au Maroc.

J'ai «mi l'occasion d'habiter, le Mellah de Marrakech, à trois reprises différentes, par suite de circonstances que je vais dire loul à l'heure. Je me suis alors trouvé en contael avec la population juive.

J'ai vu très fréquemmenl les élèves des écoles, je les ai interrogés j maintes reprises, j'ai causé avec eux bien souvent, puis j'ai été reçu par des notables delà Communauté, en particulier par sou présidenl . M. < lorcos.

J'ai emporté de ces journées, vécues un peu de la vie de l<>us ers indigènes israéliles, un excellenl souvenir.

Je me propose, en arrivant à Marrakech, d'abandonner sinon mon costume — car je n'ai pas de quoi le changer — loul au moins mon incognito.

Cette existence de contrainte est très pénible etj'ai bien assez des semaines de précautions constantes que j'ai dû m'imposer depuis mon départ de Mogador! D'ailleurs il me sérail très difficile de me faire passer ici pour un Musulman. De plus, j'ai le désir de me mettre en relation avec le- Européens que je pourrai rencontrer.

Il j a à Marrakech un agenl consulaire français, un Vrabe, excel lenl homme, dévoué au possible; mais il n'a du litre de Français

que son attael fficielle a la Légation de France, qui lui crée la

situation de « protégé ■• et, par suite, les énormes avantages qui en

découlenl vis-à-vis de l'autorité chérifienne, quelque peu versatile el \ énale.

Je m'empresse de dire que cel agenl consulaire mérite, à Ions égards, le privilège qui lui esl ainsi donné, mais il a un défaul : celui de ne pas connaître un seul mol de notre langue.

le me mets i\ sa recherche et, après avoir circulé pendant plus de deux heures dans les rues poussiéreuses de Marrakech, je «lois convaincu de son ahsence, renoncer à le découvrir.

.le me souviens alors «le M. Falcon que j'ai connu sur le bateau entre ranger el Mogador, alors qu'il se rendaitavec sa famille, à Marrakech, pour y prendre la direction îles écoles de l'Alliance israélite universelle.

Je pense trouver auprès de lui, malgré son arrivée récente, Ions les renseignements utiles pour passer quelques jours dans la ville el y prendre nu peu de repos, .le ne me suis pas trompé, car l'obligeance de M. Falcon .1 considérablemenl dépassé ce que je pouvais attendre. Il .1 essentiellement tenu à me faire accepter l'hospitalité de sa maison, el il ;i eu raison de ma résistance en me démontranl qu il m étail bien difficile de m'installer ailleurs pour si peu de temps '.

C'esl cette circonstance qui m'a amené à habiter le Mellah, plutôl que la Médina où se trouvenl quelques commerçants européens.

Il j a deux écoles de r Uliance israélite dans le Mellah : celle des garçons a pour directeur M. Falcon, originaire de Smyrne, mais I ne n h rançais de cœur. Ancien élève de l'école d'Auleuil,iTa conservé pour notre pays une grande sympathie, donl il a donné un premier témoignage en épousanl une Parisienne, qui dirige avec beaucoup de dévoue ni l'école des filles.

Son adjoint, M. Souessia, comme lui élève d'Auteuil, esl sujel

I. Les Français qui vonl ;'i Marrakech s'installent, par l'intermédiaire de notre

agenl consulaire, dans une maison du Makhzen m leublée, sorte de caserne qui

éln i occupée par la Mission militaire française, lorsque le Sultan habitait la capitale du Sud marocain.

marocain. Xalif de Mogador, il connaît admirablemenl le caractère de ses compatriotes; il esl très estimé, autant des Musulmans que • h - Israélites. Ses sentiments français sonl aussi à toute épreuve et, de même que M. Falcon, il sollicite à grands cris la naturalisation que, pour des raisons soi-disanl très compliquées, on n'esl pas encore parvenu à accorder à ces deux pionniers de notre civilisation au Maroc.

La populali lu Mellah de Marrakech esl beaucoup plus en

retard encore que celle des villes de la côte Atlantique, notamment de Tanger el de Mogador; aussi les deux maîtres se heurtent-ils, pour avoir des élèves, à des difficultés énormes.

Ce n'esl pas que les jeunes gens soienl réfractaires à l'instruction; mais les parents ont toujours la crainte que, sous prétexte de les instruire, on essaie de christianiser leurs enfants. Le fanatisme religieux, relativement faible chez le Musulman, esl grand cl parfois même un peu farouche chez l'Israélite au Maroc.

Aussi après avoir circulé dans le Mellah el côtoyé des gens sales, après avoir vu la promiscuité répugnante de la plupart de ces intérieurs juifs, est-on frappé de la propreté relative el aussi de l'application au travail qui règnenl à l'école.

Ce qui ma le plu- surpris, c'esl de voir aux cours <l adultes, des hommes de trente, quarante ans el plus, qui, après une journée de labeur fatigant, venaient, ne sachanl pas un seul mol de français, apprendre à lire, à écrire el à parler notre langue.

J'ai été réellement étonné de l'attention avec laquelle il- écoutaient leur professeur el les résultats auxquels arrivaient la plupart il enl rc eux.

J'en ai vu qui, au bout de quelques mois de ce travail du soir, parvenaient à écrire une lettre d'une clarté el d'une précision déjà suffisantes.

J'avoue avoir éprouvé chaque fois un vrai plaisir dans mes visites aux écoles du Mellah de Marrakech, el je remercie M. Kalcon el son adjoint, M. Souessia. de m'en avoir si obligeamment facilité I accès.

Km ce qui concerne les jeunes filles, la situation esl différente, On voil moins chez elles ce désir de s'instruire; in;iis par contre, ces enfants sonl avides d'être initiées à la coulure el à tous |r> travaux spéciaux ;i la femme '.

Si l'on songe au puissant intermédiaire que peul être le Juifdii Maroc, par suite de ses rapports avec les Musulmans, <>n se l'ail une idée du rôle imporlanl qu'il pourra jouer dans l'œuvre de civilisation .ni Pa\ s du Moghreb.

Sans doute l'Israélite se trouve ici dans une condition inférieure; cependanl il est indispensable au Marocain, qui, tout en ne le considéra ni pas comme son égal, le meta contribution el ne le maltraite pas.

Il semble bien qu'au poinl de vue de l'influence à exercer au Maroc, celui-là aurait le plus d'action <|iii saurait acquérir la conliancc el s'assurer le dévouement des Mellali.

Mon voyage au Siroua n'a été possible que grâce à l'intervention d'un notable israélite de Marrakech; car son correspondant, ;'i Tikirt, m'a valu le concours du Chikh de cette ville du Sud de l'Atlas.

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