‹ Dans le Bled es Siba; explorations au Maroc. Ouvrage publié sous le patronage du Comité du MarocChapitre 33 sur 46 · partie de noire étape permel d'observer encore le- grès crétacés · texte numérisé non relu

partie de noire étape permel d'observer encore le- grès crétacés

,.| j'ai |a confirmation que ces couches représentenl bien la en les

environs de Paris.

L'arganier se montre un peu partout ainsi que l'euphorbe cactoïde,

'Jlll

l-'ig. m. - L'Asif Tamerakht avec ses euphorbes cactoïdes (tikioul).

le I ikioul . que j'ai déjà remarqué sur les falaises des Ida ou [ceurn el qui esl ici 1res abondanl .

I , [si f Tamerakht coule dans une petite plaine d'alluvions très cultivée, couverte de champs plantés de palmiers, defiguiers et de cactus.

Mon premier plan d'exploration des Ida ou ïanan consistaii ;'i remonler jusqu'à sa source, VAsif Tamerakht ^ puis à redescendre

jusqu'à s imbouchure, le cours de VAsifAït Ameur en le prenanl

à sa naissance. J'aurais «le relie façon, traversé «le long en large la tribu que l'on dit très redoutée des gens du Makhzen el complète-

m fermée à l'Européen. De plus, j'aurais pu relever le cours de

ces rivières importantes el voir, dans leurs vallées respectives, des coupes géologiques intéressantes, d'où je comptais déduire la structure d'ensemble de la région terminale du Haut-Atlas.

•I parce que mes observations le long ■ Chikli Moulai Ali. el ma courte excurml indiqua une relal ion entre les direcn is d'eau el le- plissements de la partie aîné. Dès lors, au lieu d'êlredirigés

.1 ;n du l'énoncer a ce |in>| de la roule de Mogador à l);i

- lans I Oaad I lersif. m'

lions sui\ ics par ces deux co la hln- occidentale de la liaul

;'i peu près est-ouest, mes itinéraires vonl prendre, pour atteindre le môme but, une direction perpendiculaire afin de recouper transversalement les rides de l'Atlas.

C'esl ainsi que je me décide, non plus à remonter VAsif Tamera/cht, pour descendre I . I s // . Vit - \meur, mais à explorer la région comprise entre ces deux rivières el qui représente la plus grande partie des lil.-i ou Tanan.

Mais commenl réaliser ce progamme? Mous n'avons de recommandation qu'auprès < I u Chikh Lahcen que notre Tanani connaît beaucoup, el les Ait Tinkert se trouvent à peine à mi-route du trajet que je voudrais parcourir.

Il existe aux sources mêmes de VAsif Tamerakht une zaouïa qui '•< la garde des restes d'un marabout, très réputé dans tout le p;ivs. la Zfiouïn Sit/i Brahim ou .1 li. Je propose alors à mes hommes de faire un pèlerinage à ce lieu saint, el ils acceplenl avec empressement, sauf le Tanani, qui n'ose décidément plus assumer la responsabilité de piloter un roumi dans son pays natal. Mais comme je suis convaincu que ses craintes sonl exagérées, je ne I i < * 1 1 — aucun compte de ses objections, bien décidé à accomplir jusqu'au bout mon nouveau programme.

Au voisinage de l'embouchure de VAsif Tamerakht où nous arri vons, après avoir quitté VAsif Asersif , nous passons sur la rive droite de la ri\ ière pour ne plus la quitter.

Vuis recoupons une puissante série îles terrains crétacés, en parlant des plus élevés pour rencontrer successivement les plus inférieurs, à mesure que nous gravissons la montagne. Cette particularité me donne l'un des caractères de la structure du Haut-Atlas occidental, que l'on peut définir en disant qu'il \ a abaissement graduel, vers la côte atlantique, des ride- de cette partie terminale de la chaîne.

La vallée de VAsif Ouaddar apparaît sur notre gauche el nous remontons une crête qui la sépare de celle de I [sif Tamerakht. Nous avons dû ; i i r i ~ i nous éloigner un peu de cette dernière rivière

;'i cause de la difficulté de trouver un bon chemin, el ;mssi pour aller demander l'hospitalité à un ami du Chikh Moulai' Ali, qui habite ,;i Tizi Ouarioum .

Nous venons de traverser des affleurements, tantôt argileux et gréseux, tantôt calcaires; el suivant le cas, le soi est couvert de champs < ! < ' culture avec des figuiers, des amandiers, des arganiers, ou bien il supporte des forêts de thuyas à sandaraque.

Mais les villages sont rares dans ces régions montagneuses et,

V\e.. 120. — Le Tizi Ouarioun

usqu <i notre halte du déjeuner, nous n avons pas rencontré une eule maison. Nous traversons seulement Timristin avanl d'arriver la dépression de Tizi.

A nos pieds j'aperçois un col remarquable, qui sépare une branche nporlanle de gauche de YAsifOuaddar, d'un affluenl de droite de . l.i if Tamerakht.

L'.l.v//' Tizi esl bien connu des Tanani, sans doute parce qu'il relie

'S deux importantes vallées que je viens de signaler el établi!

ommunication entre le centre des Ida ou Tanan el le bord de la

icr, auprès du cap R'ir. C'esl vraisemblable ni à celle rivière

u'il I'jiiiI attribuer le nom d'Asif Tidsi sous lequel a été désigné arfois VAsif Ta niera /dit, ainsi qu'il esl indiqué sur la carie au lillionième'.

I Je suif frappe5 des relations de i'Asif Ouaddar el de l'Asif Tizi. L'affiuenl di

Il m mis faut, pour arriver à ce '•<>], descendre par un chemin en [acels, sur une pente très rapide, le long <!<• laquelle je puis relever une succession importante des terrains crétacés.

Au col je trouve un très riche gisemenl fossilifère avec amn ites,

oursins, coquilles bivalves, donl je fais une lionne récolte.

Nous allons demander l'hospitalité chez l'ami du Chikh Moulai Ali pour l('i|iicl j'ai une lettre il<' recoi andation.

7 février. — Nous avons reçu un excellenl accueil, mais je n'ai nu consigner la moindre n<>l<' sur mon carnel ; ;mssi je désire partir de très bon matin. Nous ferons ;'i l'heure du déjeuner, une halle un peu plus longue dont je profiterai pour écrire mes impressions d'hier.

La piste <'v| difficile. Nous allons contourner VAm'fOuaddnr, i|m prend naissance à un petil roi. pour atteindre \<- Djebel Tazenakht, vraisemblablemenl représenté par la cote 1 500 de la carte au millionième.

Celte nlagne importante esl constituée par les calcaires jurassiques ipii offrenl i<-i la même disposition qu'à la pointe I! ir. Le Djebel Tazenakhi esl situé, en réalité, dans le prolongemenl

premier, qui descend du col de Ouarioun.i pente relative nt douce, tandis que

1 Vsif Tizi forme un torrenl qui passe assez brusquement, sur l'espace de quelques

kil Hres, .le l'altitude .lu col un lil profond de l'Asif Tamcrakht. Il en résulte

que li. vitesse de creusemenl de l'Asif Tizi esl beaucoup plus grande que celli 'lu

tributaire de l'Asie 0 ldar el que le col s'abaissera progressivemenl en e dépla

,:lll| vers ce dernier, c'est-à-dire du sud vers le nord. Il arrivera donc un momenl où le Tizi Ouarioun sera reporté au niveau de l'Asif Ouaddar; alors les eaux réunies

par loul le réseau supérieur de cette rivière ir se jeter dans l Vsif I amerakhl :

ce que les géograplies exprimenl en disanl qu'il j a capture du premier c -

d'eau par le sec Bien entendu ce phén !me ne peul être l'œuvre que du plus

grand racteurdela i ire, le temps; il n'en esl pas moins intéressanl ù constater.

Telle esl d'ailleurs la destinée de l'Asif Ti srakht, dont la vallée t en rela

des s -n très élevés (1700 mètres, .1 après la carte ivci le! orci de la mer, el

donl le travail d'érosion esl par suite, encore très actif. Les affluents de

importante rivière sonl appelés à drainer, par ■ série de captures, les ri

latérales commel Vsif Ouaddar, qui se jettenl auj 'd I lirectemenl dans l Océan.

inc méridional < 1 1 1 < ] ■ i <

vers l'esl du plissemenl d'Àferni, sur I nous nous trouvons.

Je fais, accompagné de deux de mes hommes, l'ascension d un sommet de relie montagne; delà, il m'esl permis de voir à la fois le Sous dans le lointain, l'imposante vallée de VAsif Tamerakht à nos pieds, el VAsif Ouaddar descendanl jusqu'à la mer au sud du cap II ir.

Je |iui- égalemenl me rendre compte, de ce point, de la ligne de partage des bassins de Y Asif Ait Ameur el de YAsif Tamerakht. Ce dernier esl limité par une chaîne analogue à celle où nous sommes el <|iii le sépare de la plaine du Sous.

i In me montre, dans la dépression profonde de Tamerakht, le lieu d'un combal qui ;i consacré, pour longtemps peut-être, l'indépendance des Ida ou Tanan lorsque, après avoir soumis le Sous, le Sultan Moulai Hassan est venu, à la tète de nombreuses troupes, essayer de réduire par la force les Tanani <pii refusaient de reconnaître l'autorité chérifienne.

La tribu des Ait Tinkert esl située sur le revers septentrional de la chaîne, que nous avons quelque peine à traverser. La marche esl pénible dans ces calcaires donl les débris embarrassenl continuellenienl le chemin.

Nous atteignons un col qui nous fail passer du liane méridional du plissemenl jurassique au centre de cette ride montagneuse, donl

i imporlanc 'ographique ne peul échapper, el nous descendons

un affluenl de VAsif Aït Ameur. Nous avons doue quille le bassin hydrographique de I'. Isîf Tamerakht.

Depuis le Tizi Ouarioun nous n'avons rencontré qu'une seule maison, entourée de quelques amandiers et, pour déjeuner, nous sommes réduits à nous arrêter auprès d'un r'dir, donl l'eau boueuse serl aux troupeaux qui viennenl paître dans la forêl : nous nous en eonlenlons pour boire el faire noire thé.

Les calcaires sur lesquels nous nous trouvons sonl depuis Tizi Ouarioun couverts d'ar'ar, ei c'esl là une des caractéristiques phy-

VOYAGE DANS LES IDA OU I "i\ IN. 215

siques de celle chaîne jurassique. Nous atteignons Arouri en suivant VAsifTinhert, >\\\\ descend dans des gorges superbes.

Le village esl perché sur le versa ni septentrional de la montagne, tandis que l'habitation du Chikh Lahcen s'élève dans un coin de verdure formé d'oliviers el de hauts palmiers.

Le Chikh esl absent, il esl au Souq el ïleta. Nous sommes très bien n'eu- par des gens de sa maison, par son jeune frère el par -un laleb, qui nous fonl patienter en nous offranl des lasses de thé cl. pendant que nous l'attendons, notre Tanani rne conte nu peu son histoire.

Il ne faut pas perdre de vue que nous sommes ici dans une région des plus indépendantes du Maroc, car le Chikh c>l l'un des trois chefs de la grande tribu des Ida ou Tanan.

C'esl un homme très jeune, il n'a pas vingt-cinq ans. Son père a longtemps occupé l'importante situation donl lui-même jouil actuellemenl dans le pays el il a payé de sa vie sa fidélité aux traditions sociales de ses compatriotes. C'esl lu! qui était au pouvoir lorsque Moulai Hassan, <|ni a laissé partoul la réputation d'un Sultan puissant, essaya en \;iin de soumettre les Ida «ni l.in.-m. Depuis cet échec, le Makhzen a lente de gagner parla ruse l'imporlantc tribu qu'il n'avait pu réduire par la force. Le Chikh des Aïn Tinkert a élé, plus que ses collègues, en butte aux tracasseries

du gouvernemenl chérilien parce que s lislricl I die aux Ida

on Guelloul et, comme il ne voulail pas céder, il a élé victime d'un procédé parfois employé au Maroc : on l'a assassiné.

C'esl ainsi que le Chikh Lahcen adû, très jeune, assumer la lourde et périlleuse responsabilité que lui a léguée son père el il parait l'avoir acceptée, non par ambition, mais par devoir. Il sait, m a-t-on

affirmé, que son sort pourra être le même n :elui de son prédé

cesseur; aussi, ne sort-il qu'accompagné d'ui leux hommes

armés el s'éloigne-l-il le moins possible de sa Iribu.

Je suis surpris de son excellent accueil; il me reçoit avec un

cérémonial auquel ma façon modeste de voyager ne m'a pas habilué.

On nous serl un dîner somptueux où le tajin1 aux amandes el an caramel, le couscous au sucre, son) accompagnés de gâteaux au miel el à la cannelle el de fruits secs; sans compter les traditionnelles lass.^ de thé vert, offertes en attendanl le repas.

Je suis l'objel démarques d'attention toutes spéciales. C'esl ainsi qu'on m'invite à m'asseoir sur un coussin de Marrakech el qu'on m'apporte, à plusieurs reprises un brûle-parfum, sur la braise duquel le Chikh jette quelques fragments de boisa encens, qu'il conserve précieusemenl dans nu petil coffre) d'argent.

Notre hôte a Lenu à sortir ses pins belles pièces d'argenterie : théière, samovar, plateaux, el il s'attache à mêles faire apprécier.

I ne lettre de recommandation de Si Allai Abdi, que je lui ai remise en arrivant, serl d'entrée en matière à une longue conversalion sur les Musulmans de mon pays — je passe pour un Arabe il Alger — el sur les Français. Je comprends, à certaines réserves île eel Imninie si lin, qu'il ne se fait guère d'illusion sur ma véritable origine.

Commenl pourrait-il en être autremenl d'ailleurs, puisque je me suis présenté sous les auspices du chancelier du Vice- Consulal de France à Mogador, donl le dévouemenl à la cause française esl connu jusqu'ici ! Mais je n'ai pins rien à redouter îles gens du pays après un accueil aussi cordial d'un ebel' pnissanl el respecté.

8 février. — Mon bul esi toujours d'atteindre les sources de YAsif

I amei'llkht . el le prétexte à celle longue excursion esl encore une

\ isile à la Zaouïa Sidi Brahim ou Ali.

Malheureusement le Tanani l'ail complétemenl défection. Hier

soir il s'esl calégoriquemenl prononcé; il prendra volontiers avec moi le chemin de Mogador; par contre, il se refuse à pénétrer pins avanl dans les l(l,-i ou Tanan.

I Ra» ni de poulet.

J'ai alors déclare que j'étais disposé à continuer seul; mais Moulai Ibrahim el Moulai Ahmed n onl pas voulu suivre l'exemple de leur camarade: il esl entendu qu'ils ne me quilleronl pas.

Ma ferme résolution de suivre mon plan jusqu'au boul a alors suggéré au Tanani l'idée d'obtenir pour moi un guide du Chikh Lahcen.

Je fais pari de bonne heure à ce dernier de mes projets el il répond qu'il applaudi! à mon idée, car la Zaouïa Sidi Brahim ou [li mérite d'être vue d'un étranger. Mais il désire que je sois accompagné par un homme de confiance, son taleb, el me demande seuleiin'iil de ne pas partir avant d'avoir déjeuné.

Je suis décidé à laisser ici mes ânes el mon campement, de manière b aller plus vile. Nous préparons rapidemenl une petite provision de pain, de thé, de sucre, que l'un de mes compagnons portera dans un sac, tandis que l'autre se chargera de mon hindous'. -I ai quanl ;'i moi, assez de mes appareils.

Pendanl le repas, notre hôte donne ù >'>n Laleb une foule de

conseils. Il lui remel trois lettres 'le recommandation ri lui onl ie

la prudence, car il se considère c me responsable de ma personne.

U insiste pour que je prenne ses deux mules ; mais je n'accepte pas cette offre aimable, parce que je serai ainsi beaucoup plu- libre de mes mouvements el pourrai suivre îles chemins plus difficiles.

Nous partons tous quatre vers dix heures, el le Chikh lienl ;i me

donner • nouvelle marque de considération en me conduisanl à

u :erlaine distance de sa maison. Au n 'ni 'le nous séparer,

il renouvelle ses ordres ;'i m. lie guide el me souhaite bon voyage

\,,lre chemin remonte un ravin, affluenl 'le VA.sif Tinkeri, creusé au pied 'lu revers septentrional 'lu plissemenl jurassique el il laisse le village *\ Ar'iiiiri sur notre droite.

I. c'esl I.- nom donné au Maroc ■■ burnous épais destiné à garantir .lu froid

.1.' m'en sers toujours pour :oui rir pendanl la nuit.

DANS II Bl ED ES SIBA.

Les différa tandis allure I

ilnmin Cetl

leu.\ flancs de la vallée apparaissent avec une constitution

le : le versa ni gaucl si Formé de bancs calcaires redressés,

tue sur la rive droite, ces mêmes calcaires prennent une aiblemenl inclinée el sont recouverts par des sédiments <>ù ni les argiles el les grès.

structure se révèle encore par la végétation; c'est ainsi que le •si développé d'un côté el qu il laisse une place prépondérante à l'arganier de l'autre.

Nous arrivons à un col d'où la vue s'étend assez loin. .J'ai pris la précaution, pendant relie première partie de notre étape, de l'aire l'aire la leçon à noire zettat. Il esl bien entendu que je suis nu Musulman d'Alger qui désire s'instruire el prendre des notes pour tixer ses souvenirs.

l'Orl heureusement le taleb, qui doil cependanl « flairer le roiiini ... ne connaît que les ordres de son maître; il me donne Ions les renseignements possible, m'invite à écrire el même à sortir mon appareil photographique. Je me rends compte qu'il sera le | > 1 1 1 — - parfait des guides; il connaît admirablement le pays, sail le nom de Ions les pics, des pins petits ravins.

Nous sommes au pied du Djebel Aoukchtîm, la crête jurassique

l ig. 130. Vallée de l'Asif Timcntchti.

VOï AGE 1>.\ VS LES IDA OU TA VI V.

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Fig. 131. — H. |i iv — i.,n anticlinale d'Anekloul v lo Tizi n Mikli.

se poursuit vers l'esl par les pitons du Djebel Tnlemst el du Djebel Tiff il/', el une vallée profonde, tributaire de I l.w/ 1// . [tueur, s'étend à nos pieds. XJ'Ouad Timentchti coule au Coud de celte dépression creusée dans les terrains crétacés. On aperçoit le long de la rivière, de grands palmiers formanl autour d'un village une belle palmeraie.

Après avoir suivi pendant quelque temps le flanc de la montagne par un chemin très rocailleux, nous remontons I \sif Tîmentchti qui entaille le massif jurassique, jusqu'au Tizi n Mihti, col iinpor tant au pied du Djebel Tougrou. J'ai la chance de trouver là, à la hase des calcaires, un certain nombre de mollusques el de chiopodes, qui permettront sans doute de fixer leur âge, d'autant

plus que l'ammonite que j'ai trouvée à Aferni esl .:i un nivcj

peu plus élevé.

Mes hommes m'aident à recueillir des fos ule el le talel fait

pas la moindre allusion malveillante à cette recherche, pour le moins singulière de la part d'un Musulman; il s'j montre même |iln> acharné encore que mes deux compagnons habituels.

I ne autre surprise non moins intéressante m'attendait à Tizi n

Mikti. J'ai devanl moi, vers le sud, une vaste dépression elliptique d'une quinzaine de kilomètres de longueur sur 6 environ de largeur, qui se montre comme entaillée dans le plissement jurassique lequel, assez étroil à Aferni, semble s'élargir l<>ul en s'élevanl vers les crêtes du Haut-Atlas.

Notre traversée du massif calcaire, entre Tizi n Ouarioun el Irouri s été longue, car il a dans cette région, une amplitude déjà 1res grande; mais ici, il apparaîl encore plus étalé el sou sommel e-~l éventré. Du col je puis me rendre compte de la disposition des calcaires qui Ibrmenl partoul des parois abruptes sur le pourtour de la vallée qui s'étend .:i mis pieds.

Mais commenl s'esl produite cette dépression? Est-elle <\ur à l'érosion ou bien résulte-t-elle d'un affaissement? Elle va tue permettre sans doute d'examiner l'ossature de la ride jurassique que je n'ai pu observer ;'i Toquent, ni ;'i A ferai. Autant de problèmes intéressants, que la suite de ce voyage me permettra peut-être d'élucider.

Nous descendons par un chemin 1res raide el je constate, presque immédiatement, que le soubassemenl des calcaires esl constitué parles grès rouges permiens. Ces mêmes grès se continuent jusqu'au centre de la vallée anticlinale, donl nous allons suivre maintenait le grand axe en nous dirigeant vers l'est.

Bientôt notre roule recoupe un lambeau de calcaires secondaires qui se trouve ici, vraisemblablemenl encadré entre deux cassures el donl la présence plaide en faveur de l'hypothèse d'un effondremenl de la voûte j urassique.

Ce terrain csl encore reconnaissable à sa végétation préférée, le thuya; tandis que toul autour, sur les grès, sonl répandues des broussailles de lenlisques el de lavandes.

Les terres cultivées sonl assez nombreuses, surtout en s'avan- • uii vers l'est où se trouve intercalée, dans les grès rouges, une accumulation considérable de roches volcaniques qui donnent à la

VOYAGE DANS LES IDA OU IA\ l\.

I ie, [32. - i :entre de la di

,,-^1 m, • richesse particulière. Les Formations éruptives ont, par

|eur décomposition, Fourni un sol meuble, riche en potasse, recherché par les indigènes; aussi relie partie orientale de la dépres-

.1 st-elle couverte de champs el de vergers où le figuier cl le

palmier dominent.

Ce pays fertile esl encore privilégié par nue eau al lanle, cou-

lanl au fond dune vallée qui échancre la falaise méridionale, pour aller se jeter vers le sud-ouest, dans VAsifTamerakht.

Nous arrivons ainsi à Aneklout, où le taleb nous fail <l< r sur

[a recommandation du Chikh, une cordiale hospitalité.

\fotrc hôte habite i maison à un étage. Il nous inlroduil dans

une chambre très propre el je suis émerveillé du soin avec lequel il prépare lui-même son sen ice a thé.

Si Vhmed n'esl certainement pas riche, r;>v il nous serl un dîner frugal, el pourtanl on voit qu'il s'efforce de nous bien traiter. Les amandes el les figues de son jardin, l'excellenl gâteau de miel de sa ruche, toul ce qu'il a chez lui nous esl offert; il se croil même obligé à faire de fréquentes fumigations à l'encens.

Mais ;'i ce modeste repas, accompagné d'une franche gaieté de la

pari de tous les convives, devail succéder une céré nie assez peu

agréable pour moi

D l \ S LE BLED ES SIBA.

Nous allons lous passer la nui! ensemble el les nattes d'alfa qui onl formé notre table vonl mainlenanl nous servir de I il. .l 'ni l'habi-

ll1'1'' de coucher ainsi par terre, à côté de mes compag is de

voyag ^' mon hôte el de ses invités, mais je me trouve cette

fois, entouré de taleb el de chérif, par conséquenl d'hom s qui,

lorsqu'ils sonl en société, nul l'impérieux devoir de faire leur prière en commun.

1 >n sait bien que je ne s, ; i i ^ ni taleb ni chérif, mais commenl me

1 lS- '"" Vue prise de la maison de si Ahmed, .-'i Aneklout.

récuser en celle circonstance que je n'avais pas prévue, puisque Si Ahmed cl Si Abdallah savenl que je vais en pèlerinage à la Zaouïu SidiBrafiin, ou Mi. Je n'ai don.- qu'a m'exécuter malgré la crainte fl»ej •'" de laisser percer, par quelque hésitation, par quelque gaucherie, ma finalité de roumi.

9 février. -- Aneklout se trouve a l'extrémité orientale de la dé-

l"'"M"" M1"' nous avons parc -ne hier dans toute sa longueur.

,;'' r"'l"1'1 village esl situé an pied d' haute falaise calcaire.

,|:i" Im bouquel de verdure on abonde l'amandier.

*"0,IS partons seulemenl vers 9 heures, parce une notre hôte a

VOYAGE DANS LES IDA OU / l\ !\ -j-j;

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Fig. 154. — Haute vallée de l'Asif Ti

tenu à nous l'aire déjeuner au préalable : d'ailleurs le Irajel qui nous sépare de la zaouïa n'est pas très long.

Il nous l'aul passer maintenant sur l'autre versanl du plissemenl jurassique, el nous prenons un sentier Lrès abrupl qui s'élève sur le bord méridional de la dépression.

La piste que nous suivons esl d'abord très dure, mai-, elle esl intéressante parce que je puis avoir de là un coup d'oeil d'ensemble -ni' la région el que, d'autre part, je découvre un nouveau gisemenl de fossiles qui parail être au même niveau que celui de Ï1-1 11 Mil.ii .

h'' ce point je constate aussi que les calcaires s'étalent sur une grande étendue. Le chemin va descendre sur ces roches, jusqu'à la zaouïa, el la marche esl assez pénible ilaus ce sentier encombré de pierres.

Nous arrivons d'abord dans une vallée tributaire de VAsifTamcniLlii. donl nous remontons le thalweg jusqu'à un col, passage fréquenté par les caravanes venues des Mlouga el se rendant au Sous.

Je désire m'arrêler un instanl ici, parce que la vue s'étend au loin autour de moi el la présence d'une citerne nous invile à faire halle pour déjeuner.

\ous sommes à la limite des Ida ou Ziki el des Ida ou Tanan el la Zaouïa Siili lli iiliiin ou Ali esl à nos pieds, à moins de 3 kilomètres.

/) l.Y.s LE BLED ES S1BA.

I. [sifTamerakht prend naissance par plusieurs branches, des endues des hauteurs des Ida ou Ziki, cl l'une d'elles commence au ol 011 nous nous trouvons. I n peu au-dessous de la zaouïa la vallée -i assez large; clic esl limitée au sud par une chaîne importante, mil la crèle s'incline uniformémenl vers la mer el de laquelle merge le Djebel Legouz.

Il m'es! impossible d'entrevoir il ici la structure de celle impor-

tante vallée. Les calcaires jurassiques <>nl une pente très faible, dans la région supérieure de VAsif Tatnerakht, el ils paraissent se relever assez brusquement, sur la rive gauche, pour retomber vers le Sous en décrivanl un pli anticlinal don) l'arête du Djebel Legouz dessine grossièrement la direction.

Il semble bien, ainsi que je le pensais, que la vallée esl encadrée entre deux plissements jurassiques <[iii ai'fleurenl complètemenl dans les régions hautes, de façon à se réunir par une dépression synelin.ile. Ces deux rides calcaires s'abaissenl graduellement vers la mer pour aboutir, la première au rivage de l'Océan, par la pointe du cap R'ir el le plateau d'Aferni, tandis que l'inclinaison de l'autre ne lui permel pas d'atteindre la côte; car elle s'enfouit, avanl d'arriver à Agadir n I r'ir, sous les sédiments crétacés.

VOYAGE DANS LES IDA 01 /IVIV '>-lb

Parloul ici un voil la même végétation de Ihuya à sandaraque, l'arganier a complètement disparu; dans le fond des ravins, autour des villages el des maisons, croîl I amandier.

Les Ida ou Tanan produisent, dit-on, les meilleures amandes du Maroc el ce lïnil joue un certain rôle dans le commerce de Mogador.

Je me rends compte d'ici cjueje n'aurai pas d'observation imporlanle à faire en allant jusqu'à la zaouïa. Il me faudrait, pour poursuivre mes investigations, pousser bien au delà jusqu'au Djebel Legouz, de façon à voir le bord de la vallée du Sous. .Mais le laleb consulté à ce sujet, considère la chose comme impossible.

Quel motif invoquer, en effet, aux yeux des gens de la zaouïa, pour dépasser le lieu de notre pèlerinage? Je suis muni des recommandations nécessaires pour me rendre à Sidi Brahim ou Ali, mais je ne puis aller plus loin. Je vais donc avoir Ions les inconvénients de ma visite à la zaouïa sans en tirer aucun profil scientifique. Je

redoute beaucoup d'autre part, de c dier dans une djemaa el à

plu - l'oile raison, auprès d'une qoubba aussi réputée.

Je propose alors à Si Abdallah de retourner sur nos pas, sous un prétexte quelconque, el de gagner Aneklout dans la soirée, par

une marche forcée. Ce lu-ave hou >, qui ne se l'ail décidément plus

auci illusion sur ma qualité de roumi, accepte ma détermination

avec cmpressemenl : il semble même soulagé de voir que je renonce à coucher à Sidi Brahim ou Mi. sans doute parce qu'il garderai!

un re rds d'avoir introduil mrétien dans un lieu sain! : mais

surtout, je crois, parce qu'il aurai! assumé une grande responsabi lité aux yeux des gens du pays, si j'avais été reconnu dans la suite.

Moulai Ibrahim el Moulai Ahmed son! ravis de m; ivelle

décision; mes compagnons voyaienl tous les inconvénients el les dangers de mon premier projel : mais par dévouement, ils n u laienl pas m en dissuader.

Malgré l'heure tardive, nous atteignons Aneklout» la nuit, après avoir franchi en trois heures un espace de près de 20 kilomètres.

•.-.»!, DANS LE Bl ED ES S/HA.

10 [entier. — Si Ahmed n'a pas paru surpris de noire relour précipité, <>u «lu moins il n'a rien manifeslé. Il s'esl au contraire, montré j > 1 1 1 — • aimable encore el a tenu à me laisser la meilleure impression possible de son hospitalité, par un empressemenl affectueux. Il apporte Ions ses soins à nous servir ;'i déjeuner ;i\;inl notre départ, il me demande même de revenir le voir el se promel de me faire visite ;'i Mogador.

Nous quittons Aneklout un peu tard dans la matinée. J exprime le désir de prendre un autre chemin pour retourner h A/'owicl

Fie. 136. — Vallée d'Anekli

le taleb me fail suivre le bord septentrional de la vallée anliclinale, par une piste qui longe le pied du Djebel Tougrou. Cette nouvelle roule me permettra de contrôler mes observations premières el je puis relever, au nord de la maison de Si Ahmed, une série d'au moins SO mètres d'épaisseur, de coulées de laves, de cendres «'I de tufs volcan i(j ues, intercalés dans les grès rouges permiens, Déplus, je constate que ces couches primaires formcnl un pli au centre de la dépression.

Vous arrivons au Tizi n Mikti où je puis augmenter ma récolte de fossiles; puis, tandis que mes hommes continuenl ce travail, je

I ig 157 \ ,1'1,-r de l VsiT Ti ntcliti.

fais, avec Moulai Ibrahim, l'ascension d'un sommel du Djebel Tougrou, situé à nue soixantaine de mètres au-dessus de nos têtes. J ;ii. delà, un beau point de vue sur les [da on Guelioul, les Ida on Troumma et les Ida ou Tanan.

Noire retour à Ar'ouri s'effectue, à partir du col, par la même roule qu'à l'aller.

il février- — Le Chikh Lahcen m'a accueilli avec plus de cordialité encore qu'à mon arrivée ;'i Ar'ouri. Le bruit s'est répandu qu il avait un invité étranger, un Musulman d'Alger, el il- étaient là une vingtaine pour m 'exprimer leurs souhaits de bienvenue.

Notre hôte voudrail nous retenir plusieurs jour-: mais je décl

>on offre aimable, parce que je me suis fail une règle de ne pas séjourner longtemps au même endroit, dans la crainte de comp mettre la suite de mou voyage. Je consens seulement ;i demeurer ici encore une matinée el je profite de ces quelques heure- de repos pour aller visiter, sur le conseil du Chikh, les lïoun \r'ouril.

I Sources d'Ar'ouri; \ n pluriel d'Ain

Comme je l'ai dil, VAsif Arouri, profondémenl entaillé dans les calcaires el dans les gorges pittoresques que nous avorts descendues en venanl du Tizi Oaarioun, offre des bancs 1res redressés dans les anfractuosilés desquels poussent le thuya, l'arganier, l'olivier el le genévrier, accompagnés de lentisques : le laurier-rose croîl un peu parloul au bord de la ri\ ière.

Tandis que la partie supérieure iln ravin esl complètement à sec, ici sourdenl des eaux en quantité considérable. Il esl facile d'expliquer l'existence de ces sources, en ce poini de la vallée, par un pelil pli synclinal situé au pied «lu flanc septentrional de la grande ride jurassique dans lequel se forme uni' nappe d'infiltration, donl li'> sources d'Aïou/i /1/''0»/y représentent le principal poinl d'émergean< e.

Le Chikh nous .-i fail préparer un excellenl repas, auquel sont invités des gens du pays. Après ce déjeuner, alors que mes hommes s'occupenl de charger les fines, il me remet avec une certaine solennité, des présents composés de raisins secs, d'un panier de dalles, d'un sac de noix cl d'amandes, d'une corbeille pleine de henné.

Cel excellenl homme m'offre Loul ce qu'il a de meilleur dans sa maison cl s'excuse encore de me faire d'aussi modestes cadeaux. Il me demande de revenir cl se propose d'entreprendre avec moi un \o\ai;e dans les montagnes des Ida ou Tanan.

Il mi' l'ail s,-, souhails de lion voyage el iusisle pour ipie son laleb nous accompagne encore jusqu'à deux journées de marche.

I. m lin. il veut montrer à loul le momie en quelle estime il tien) son visiteur, en me conduisant à quelque distance sur le chemin. Il esl suivi par une vingtaine de personnes, qui désirent appuyer la déférence nui m'est témoignée par leur chef.

VOYAGE DANS LES IDA 01 / 1 \ l V

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