‹ Dans le Bled es Siba; explorations au Maroc. Ouvrage publié sous le patronage du Comité du MarocChapitre 34 sur 46 · RETOUR A MOGADOR · texte numérisé non relu

RETOUR A MOGADOR

N'ous descendons un certain temps le cours de YAsif Tinkert, donl vallée esl des plus pittoresques; puis la piste remonte un ravin . gauche, qui nous permet d'éviter des gorges resserrées dont le

Fiîj. 158. Tnmcsguina

passage esl très difficile pour les animaux. Nous sommes dans les mêmes calcaires donl la puissance totale paraîl atteindre le chiffre élevé de 300 mètres.

\ |a sortie de ce ravin, nous nous trouvons sur un plateau crétacé,

dans les marnes el les grès duq beaux gisements fossilifères.

Les sédiments secondaires so lifiées, peu inclinées, qui conl des calcaires jurassiques du mas dépression de l'.l iif Tinkert se n ces sédi nls, donl l'affouillei

ici ie ne tarde pi

a (Ircnin nr de

,1 disposés en i miches bien stra-

aslcnl avec l'allure mouve niée

sif que nous venons de quitter. La ontre profondémenl creusée dans ien| par les eaux esl facile. Les

c ■'""■ argileuses presque horizontales, comportée des coupures

abruples, par suite de l'intercalalion de lits gréseux ou marneux rigides.

11 en ,'ésuUe IMI ^lief [oui à lail caractéristique sur lequel de précédents voyageurs, notammenl M. Brives, oni déjà appelé l'attention. Le Djebel Telezza,que nous contoun s av; l'arriver

•"' b°rd -I- la vallée .1, VAsif Ah Ameur,zs\ couronné de bancs épais il un grès rougeâtre.

Après avoir laissé, sur notre droite, le pays fertile de Tamesguina

et le village du même nom, nous passons auprès de Tifermit av.-, ni d'arriver à VAsif Tinkert, que s recoupons an Souq et Tleta.

Nous pourrions camper ici, mais Si Abdallah, qui es! muni d'une

IV|' mandation de son maître pour un habitanl d'J/7 el Façi, nous

fail ^''re une marche de nuil pour atteindre ce groupe de maisons situé à 5 kilomètres environ de la rivière.

Depuis que nous avons quitté le massif jurassique, non seulement '" modelé du terrain a changé, mais encore la végétation, qui n'esl

PIus!! '""•• Le s°l esl peu couvert, il supporte l'arganicr, tandis

M1"' ' •''l'ara complètemenl disparu.

\2 février. - Cette journée esl l'une des pins fructueuses,

'"' I"""1 ''" Xli" ?e°logi< ,de toutes celles que j'ai passées au

Marne.

I \e. 140. — Pa

itacé au pied du Djebel ^ouljdad.

Dès la sortie d'Aït El Façi, je Irouv'e un gisc ni fossilifère

remarquable; puis, sur plusieurs kilomètres d'étendue, j'observe une succession de couches d'argiles, de marnes el de calcaires blanchâtres dans lesquels je découvre plusieurs niveaux paléontologiqnes très riches, qui permettent un parallèle entre ces sédiments crétacés el les dépôts synchroniques du Sud-Esl de la France.

.Mes hommes m aidenl avec beaucoup de zèle dans mes récolles.

Au pied <\u Djebel AoulJdad,où nous nous arrêtons pour déjeuner, je recueille une belle faune d'ammonites rappelanl celle de Clansayes, dans la Drôme et, un peu plus loin, des formes identiques à celles de < rargas, en Provence".

Il sérail très intéressanl de faire l'ascension de la colline qui se dresse devanl nous; mais le Tanani, qui se trouve ici près <\>' si m vulage natal, a peur el se refuse à m'accompagner. Il me faut donc poursun re ma roule vers Mogador.

Yvanl d'arriver à Ait Moujjout, je retrouve les calcaires blancs du pied de la montagne. Il- se poursuivent ici en un banc régulier, épais de 20 à 3< Mres, qui affleure sur 3 à 100 mètres de longueur el

I. Ces intéressants fossiles onl été déter ;s, avec une rare compétence par

V w Kilian, professeur à l'I niversilé de Grenoble.

b'ig. 141. Ail Moujjout.

150 île largeur; il esl pétri d'ammonites, ayanl pour la pluparl I à 2 décimètres de diamètre. C'est, sur celle grande étendue, un véritable pavage de coquilles.

•I avoue h avoir jamais rien vu d'approchant, [/accumulation formidable Je ces mollusques céphalopodes de la mer crétacée semble devoir délier, au poinl de vue du nombre des individus entassés dans celle couche, les plus riches gisements fossilifères connus.

I iu. li'J Vallée de l'Asif \ii Ameur.

Nous recevons à Ait Mouj joui une cordiale hospitalité de Si Mhemt, ami de Si Allai Abdi.

13 février. — Ait Mouj/'out comprend un groupe de maisons assises sur les calcaires à ammonites, au pied d'un mamelon cl non loin ilu Djebel Aouljdad. lVs arganiers sonl disséminés sur ce sol blanchâtre assez bien cultivé.

Le chemin ;'i la sortie du village, descend par une pente assez

Fig. 143. — Le Djebel Timskalin.

raide jusqu'à VAsif Ait Ameur. Vu-dessous du niveau iVAït Motijf'out se montre une puissante série d'argiles sableuses el de lils de grès dans laquelle je recueille des oursins.

La vallée esl très belle. L'Ouad serpente dans une petite plaine

d'alluvions el coule, avec un i ranl de vitesse moyenne, dans un

Ml de 3 mètres de largeur sur 50 centimètres de profondeur.

Nous le recoupons auprès de Sla/n, puis s remontons le flanc

droil de la dépression qui semble correspondre à un raible pli synclinal des sédiments crétacés qui se relèvenl un peu, vers la ride jurassique d'Aferni.

Nous allons de urer longtemps sur les argiles sableuses <•! les

Fig. lii. - Plateaux crétacés des Ida ou Troumn

grès; j'\ t'enconlre de nombreux points fossilifères où dominenl

les braehiopodes. Des rhyncl Iles se trouvenl ici en quantité

considérable el l'on pourrail en recueillir plusieurs quintaux en quelques heures.

Ces gisements onl déjà été signalés par M. B rives sur l'itinéraire de qui je me Irouve depuis Ait Moujjout. A partir du bord delà

vallée, i s sommes sur les mêmes terrains crétacés qui consti-

tucnl une série de petits plateaux, légèfemenl inclinés vers l'( Icéan. Celte disposition s'explique parla succession imposante de couches argileuses intercalées de bancs de grès, qui affleurenl sur de grandes surfaces planes cl protègenl les argiles sous-jacentes contre l'acl ion <\u ruissellemenl .

Ce modelé apparaîl déjà ;'i la limite nord des fdaouTanan, depuis le pied du Djebel Timskatin, el il caractérise plus nellemenl l'orographie des Ida ou Troumma. La plate-forme de Tiluirin H celle de la Zaotiïa Sidi Ahmed E/nbare/ï, dans celle dernière tribu, sonl les lypes les plus remarquables de ce relief, qui ;i fail désigner, par le, voyageurs précédents, les parties littorales du Haut-Atlas s,,us le nom de région des plateaux occidentaux.

Parloul l'arganier recouvre les affleurements de grès, h des

VOYAGE DANS LES IDA OU TANAN. <ù>

champs de culture sonl étages sur les sols argileux. De peliles plaines, connue cri le de Zaouïel . imsisse/i, sonl situées au fond des vallées ou bien elles se I coin cul sur des plateaux crétacés et, en ce cas, elles résullenl du remaniement des argiles par les eaux superficielles.

Non ■ non- arrêtons auprès de la Zaouïa Sidi Ahmed Embarek. Notre Tanani compte demander l'hospitalité à un ami; malheureusemenl ce dernier esl absenl .

Nous pourrions dresser noire tente, mais j'ai l'intention de partir de Ire- lionne heure et, afin d'être pins vite en roule, je décide qu'on couchera à la belle étoile. Et cette nuit, passée sous un ciel parfailemenl pur el étoile, ne manque pas d'un certain charme.

11 février. — Je tiens à être à Mogador demain, parce que c'csl le jour de VAïd el Kebir.

J'estime que mes hommes méritenl d'être récompensés pour leur dévouemenl el je voudrais leur permettre de prendre pari ;'i celle grande fête musulmane. Nous sommes encore très éloignés de la ville el. pour arriver à midi, nous allons forcer la marche. J'aurai toujours la ressource de revenir sur mes pas, si je trouve le long de ma roule quelque chose il important.

Nous demeurons d'abord sur les terrains secondaires, clans une

région fertile où l'on rencontre de nombreux villages. C'esl ;iiusi que nous traversons la Djemaa . Vit Tirs, pour pénétrer ensuite dans une plaine d'alluvions que nous suivrons longtemps. Ces dépôts quaternaires reposen! sur les terrains crétacés ;'i droite, sur le plali'.'iu lerliaire à gauche, el se poursuivenl jusqu'au Souq el Arba des Ida ou Guelloul.

I ,;i plaine esl cultivée ou constitue de bons pâturages ; l'arganier

Fig. 146. Forêl d'ar'ar du Djebel Unsiten.

s'étend partout, accompagné de l'olivier. Les terres en friche sonl généralemenl couvertes d'asphodèles et de jujubiers.

Les grès pliocènes se poursuivent .-ni delà cl se montrenl encore -m- !'•- deux rives de l'Asif Igouzoulen ; ils s'appuienl tantôl sur les calcaires ilu cap Tafelneh, tantôt sur des grès cl ;ii-L;-il<'s crétacés, i'l la vallée correspond à un synclinal auquel succède l'anticlinal, très marqué ici, des calcaires de Taguent. Ce dernier pli esl accentué .ni poinl de montrer, sous la Zaoiïia Amsiten, les couches jurassiques légèremenl déversées vers le sud: il laisse apparaître ;'i son sommel le subslralum constitué par des marnes colorées cl des gypses salifères du trias, donl nous laissons des affleurements à droite .■! ïi gauche. Aussi le cours de l'Asif [grouzoulen suit, au

moins sur le parcours qui nous sépare de la baie de raguent, le flanc méridional «I»1 la ride du » • ; 1 1 > Tafetneh.

\\cc les grès pliocènes nous avons abandonné l'arganier; celle essence a fail place au thuya à gomme sandaraque, très développé dans le Djebel Amsiten.

\ partir d'Aïrt Azla, nous demeurons sur le plateau littoral îles

|(|;i ou [ceurn qui contourne le pli que nous venons de r uper, el

ici le- grès tertiaires offrent partout le même paysage couverl d'ar^aniers el de rlem acluellemenl en fleurs. Des champs s'étendent à droite el à gauche de notre route; la région semble très

fertile.

Nous suivons maintenanl une rivière desséchée, affluent <le l'Ouad Tidzi, qui se dirige vers le nord, el nous arrivons à la nuil à la Zaouïa Sidi Bou Zekri. Nous campons à la belle étoile sous un grand arbre.

15 février. — Nous partons au petit jour afin d'arriver de boi

heure à Mogador. Notre chemin se poursuit sur le thalweg que nous descendons depuis Aïn Azla, d'abord dans une dépression très faible, qui se creuse de plus en plus, puis dans une vallée aux parois escarpées, qui forme une sorte de gorge aux abords «le l'Ouad Tidzi.

La structure géologique du pays paraît un peu compliquée; car j'observe encore les marnes colorées salifères du trias, les calcaires jurassiques el les sédiments crétacés, recouverts par les grès tertiaires. Je continue ma course, ne pouvant débrouiller bAtivemenl tout le complexe de ces terrains et je me propose de revenir fajrc Ulll. tournée de quelques jour- dans cette région qui me parait mériter une étude attentive.

Nous suivons un moment le bord du plateau de- Ida ou Iceurnel nous atteignons l'Ouad Tidzi à la Nzala .\r<i<>urlii .

J'arrête là me- observations el le relevé de mon itinéaire. puisque

nous allons prendre une roule que je connais déjà, par Bon Tazerl el Tagouïderl jusqu'à Mogador, que nous atteignons à midi.

Mon premier soin en arrivanl esl de permettre à mes hommes de prendre pari aux réjouissances publiques el aux fêles de famille. Je n'oublie pas non plus le malheureux Son,'.,-,, emprisonné depuis un mois. Je me suis occupé de sa femme et de ses enfants, tandis qu'il étail sous les verrous; je demande maintenant, à l'occasion de l'Aïd el Kebir, sa grâce qui m'esl accordée par l'obligeanl intermédiaire de h. lire vice-consul.

Chose digne de remarque, mes compagnons qui avaient applaudi dcs deux m;iills ■' l'incarcération du coupable, manifestenl un,' grande joie p.. m- cel acte .le clémence qu'ils considèrent comme la meilleure récompense accordée à leur dévouemenl : « Allah ikhallassek o —Dieu le récompensera, — me répètent-ils souvent.

Voyage au Siroua

Après quelques jours passés à Mogador pour prendre un peu de repos, jeler sur le papier certaines impressions de mon dernier voyage el donner de mes nouvelles en France, je me propose de revenir sur mes pas.

J'ai observé beaucoup trop rapidement, ;'i mon retour dans les l(l,i [ceurn el les Ida ou Guelloul, certains faits géologiques que j'ai le désir de contrôler.

.Ii' m'apprête donc ;'i faire une tournée d'une huitaine de jours dans ces tribus lorsqu'une nouvelle, toul ;'i fail inattendue, m'invite ;'i différer mon excursion. Si Saïd Boulifa ;i quitté M. de Segonzac au Ferkla pour venir poursuivre ses recherches ;'i Marrakech el j'ai li. -île de le revoir, de savoir par lui ce qu'onl fait, ce qu'onl vu le marquis de Segonzac el ses compagnons.

•le décide donc ;'i entreprendre, sans délai, le voyage que j avais

projeté .:i travers le Haut-Atlas, le plus loin possible dans l'est. I><celte façon je passerai bientôl par la capitale du Maroc.

Je renonce cette fois, ;i prendre une caravane si modeste soilellc. Les voyages 'lu vicomte '!<• Foucauld onl suffisammenl montré tous les risques que l'on peul courir au sud du llaul Vtlas dans le Dads, le Maskoura el dans toute la région située au sud el èi l'ouesl de Tikirt. Ces contrées sonl infestées de pillards cl l'on j esl en danger -i l'on fail parade de quelque richesse, ne fûl ''II'' représentée que par des ânes ri un i leste bagage. Je pense que le plu-

sur moyen de passer dans ces pays, mm peu difficiles, esl de partir à pied el de vivre de l'hospitalité offerte aux voyageurs ou aux mendiants du chemin.

Mon dé\ ; compagnon Moulai Ibrahim esl décidé à me suivre

dans ces c iitions. Il engage à Mogador un de ses camarades,

Draoui comme lui et originaire de Tamgrout.

DE TAGOUÏDERT A MARRAKECH

24 février. — Je désire gagner rapide ni Marrakech. A cel

effet, je loue des mules cl nous partons un matin, de Tagouïdert, pour suivre le Triq Makhzen, par la Nzala Chichaoua. Nous franchirons en trois jours la dislance d'environ 180 kilomètres qui nous sépare de la capitale marocaine.

\<»liv première étape esl DarMoqaddem Messaoud. Nous suivons d'abord le chemin tortueux de Souq el Arba, par El Herri d'Ida ou Guerd et, à partir «le ce marché, nous ne quitterons plus jusqu'à Marrakech la piste indiquée sur la carte au millionième.

< .elle journée ne m'apprend pas grand'chose; elle mepermel seulement de marquer avec précision la limite des grès tertiaires du littoral, à I kilomètres au delà de la Nzala Mechgarin. Plus loin se développenl les calcaires, les marnes el les grès des terrains crétacés. .1 observe encore la limite, vers l'est, de l'extension de l'arganier : celle essence disparaît! à partir du II" 10' de longitude, pour faire place à l'oln ier.

25 février. — La deuxiè 'I.i| lire un contraste frappant avec

la première. Après Dar Moqaddem Messaoud, en effet, on passe d'un relief accidenté el couverl de forêts d'arganiers à un régime de petites plaines, bordéesde plateaux peu élevés, formés de lûmes calcaires à peu près horizontaux. Ces plateaux, complètement nus, sonl parfois très réduits, avec flancs escarpés el forment alors des gour,

VOYAGE AU SIROUA. ->\\

donl le Djebel Tilda el la Garai Roqial sonl le type. Nous sommes

en présence des mêmes formations qu' 'encontre aux environs

de la Zaouia Sidi Abd el Moumen, située plus au sud. [ci encore lesgour sonl entourés de dépôts quaternaires de faible épaisseur, dans lesquels les silex des calcaires avoisinants sonl très nombreux : on trouve même des masses exclusivemenl formées de ces nodules entassés el parfois plus gros que la tête.

Je pense que ers dépôts assez singuliers, résultenl en partie du moins, dune décalcification sur place des calcaires à silex. Ces roches auraieni été, par une action dissolvante des eaux superficielles, débarrassées de leur cari ate de chaux en abandonnant

sur place, ou à une faible distance, les rognons siliceux qu'elles englobaienl .

D'ailleurs les plaines ainsi formées se trouvenl généralemenl enserrées entre des reliefs, donl la carte ne donne aucune idée, el qui résultenl de plissements antérieurs des terrains crétacés el éocènes. Les dépôts récents formenl comme le remplissage de dépressions peu profondes, dessinées par des ondulations excessivemenl faibles des terrains secondaires el tertiaires el ils se recon naissent à la végétation de rtem, d'oliviers, de jujubiers sauvages .•I d'asphodèles.

Il m ;i bien semblé en outre que ces plis, à peine marquésel inté ressanl îles couches qui peuvenl dans leur ensemble, être considérées comme horizontales, élaienl encadrés entre deux |>hs très nets, relui du Djebel Bou Zergou/i, donl les sommets dépassenl 1000 mètres, el celui .lu Mramer de plus faible amplitude ri n'atteignant que 100 mètres d'élévation. Je n'ai aucune idée précise sur ce ilen n'er. que j ;ii vu d'une assez grande dislance.

Des puits sont creusés de loin en loin, dans les dépôts quaternaires donl je \ien-, de parler. Il- sonl parfois très prol I- el inté

ressenl surtout des bancs calcaires. Il est vraisemblable que les nappes d'eau ainsi explorées se trouvenl au contact imperméable, de bancs argileux avec les alluvions <>u des calcaires superposés

DA \s LE BLED ES SIBA.

26 février. La troisième étape qu'il nous reste à franchir

r^l 1res longue el je désire arriver à Marrakech avanl la fermelure des portes ; aussi quittons-nous la Nzala Chichaoua avant le jour. Mais le chemin esl facile, car nous allons demeurer jusqu'au bout, sur un terrain ;'i peu près horizontal, dans la grande plaine qui, encaissée entre la chaîne du Jebilel el celle «lu Haut-Atlas, s'étend de l'ouesl à l'est depuis l'Ouad Kahira jusqu'auprès de la ville de Demnat.

Il n'\ a pas d'analogie cuire ces dépôts récents el ceux que nous avons traversés hier; cette fois en effet, nous sommes en présence d'alluvions argileuses ou argilo-sableuses avec lits de graviers. Parfois îles cailloux roulés, plus gros que la tête el descendus des crêtes les plus élevées de l'Atlas, forment des amas importants, notamment dans le voisinage de l'Ouad Kahira el de lAsifel Mel. Ces blocs charriés paraissent ainsi marquer la trace des cours d'eau plu*' anciens qui ont collaboré, par un transport colossal des matériaux de la haute chaîne, au remplissage delà vaste dépression el par suilc ;'i la formation <lc la plaine.

Ces alluvions sonl fertiles; il y a lieu, à ce point de vue, de les

distinguer «les dépôts peu remaniés des cuvettes de l'ouest de Chi-

chaoua. Elles sonl cultivées ou bien constituent un sol, tantôt abso-

lumenl nu, tantôt recouvert de plantes sauvages qui forment des

pâl tirages assez estimés.

I.u approchant de la capitale, nous rencontrons huile unesériede puits, forés par les indigènes pour la recherche de l'eau potable i pi i doit alimenter la ville. Il est assez curieux de voir, amoncelés à leur orifice, les matériaux provenant de leur forage former îles sortes île monticules, distribués sans ordre el rappelant les termi- I ières de certains paj - tropicaux.

•le h ai, à mon grand regret, pas eu le temps de me rendre compte de ces travaux pourtant il mues d'intérêt . Il paraît que les Marocains creusent des puits, quelquefois assez prof Is, pour atteindre le

VOYAGE AU SIROUA. 245

niveau de l'eau, el <pi ils les rejoignenl entre eux par des galeries de drainage.

L'eau souterraine se trouve-t-elle .:> un niveau constant ou formet-elle | il ii -leurs nappes exploitables? Repose-l-elle sur des lits d'alluvions argileuses ou bien recouvre-l-elle le fond de la cuvette vraisemblablemenl formée par 1rs schistes primaires, imperméables, i|iii affleurenl au Koudial Ardouz, au Gueliz el à quelques kilomètres au -ml de Tamesloht ? Autanl de questions qu'il sérail 1res utile de résoudre avanl de procéder aux travaux de recherche qui, il semble même superflu de le faire remarquer, sonl effectués -.in- aucune méthode ri avec la plus parfaite ignorance des lois fondamentales de l'hydrologie souterraine.

Kl pourtant celte question a une très grande importance puisqu'il s'agil de l'alimentation d'une ville donl In p<>pul;ili<>n atteinl GiiOOO âmes. Il esl à souhaiter qu'elle soil étudiée le plus tôl possible, el l'un des plus grands bienfaits de la civilisation européenne au Maroc consistera ;'i apporter aux villes de ce pays, pour la pluparl exposées ;'i de fréquentes épidémies, un peu de salubrité el à les fournir en eaux potables, captées d'après les procédés modernes.

Mous traversons, avanl de pénétrer dans la ville par la porte île U.ili er Roub, la palmeraie île Marrakech décrite par de nombreux voyageurs. J'éprouve là, dans ce site des plus pittoresques, l'agréable surprise île rencontrer sur mon chemin île nombreux cavaliers : c'esl mon camarade Si Saïd Boulifa qui vienl au devanl île moi, accompagné des professeurs île l'Ecole de l'Alliance Israélite, du préposé aux postes françaises, enfin île plusieurs jeune-, gens 'In Mellah île I;, ville.

J'apprends avec un vif plaisir que M. île Flotte esl égalemenl à Marrakech; il arrive du Mramer, où il a pu résoudre la plu- grande difficulté île ses opérations géodésiques.

Si S;h',| Boulifa a quitté M. île Segonzac el Si Abd el \/i/ Zenagui au Ferkla, pour venir | suivre h Marrakech ses recherches

linguistiques. Il me fail le récil des souffrances endurées par les vaillants explorateurs, notamment dans la traversée de l'Atlas, au '•"I de Tounfit, où il- onl eu à supporter sous la tente îles froids intenses, el des dangers qu ils onl couru en maintes circonstances. Si Saïd me parle aussi du trajel qu'il .1 dû effectuer, comme chef de caravane, du Ferkla à la capitale marocaine. Il avail avec lui cinq mules, des cantines, plusieurs fusils, cl cela constituai! aux yeux de certaines tribus pillardes «lu ïodra el «lu l);i<ls, nu appâl ipii faillil mettre mon ami en sérieux péril.

I ne nuit, des bandits devaient piller la caravane après avoir égorgé Ions ses gens. Le coup bien préparc, allai! se l'aire à minuit, lorsqu'un homme du pays, pris de sympathie pour Si Saïd Boulifa, parvinl à dissuader les chenapans de leur projel criminel '|tii m' lui connu que le lendemain. Il fallul jusqu'au cul du Glaoui, dan- la traversée dangereuse des Haskoura, des Ail Mer'ran, redoubler de précautions.

Ci' récil me surprend un peu de la pari de Si Saïd qui avail toujours nié toul danger dans les tribus insoumises. Mais j'appris un peu plus lard que cel excellenl ami. donl la modestie n'a d'égale que la bonté, avail cru devoir me couler ses aventures dans le bul seul de me détourner de mon vov-age au sud de Demnat.

DE MARRAKECH A DEMNAT

Won séj ■ à Marrakech esl de courte durée, .le désire mettre à

exécution le plus loi possible, mon projel de voyage au sud de I Vtlas, entre les méridiens de Marrakech el de Demnat.

•I avais en d'abord l'idée de me rendre par le plus courl chemin dans celle dernière ville, à partir de laquelle seuleinenl je commencerais me- observations. Mais une occasion se présente, toul à fail inattendue, qui va me permettre d'accomplir ce trajel avec aulanl d'agrémenl que d'utilité.

VOYAGE AU S/R(>r I.

M. Je Flotte a déjà beaucoup avancé sa Iriangulal lans le

Haouz el il lui faudra, un peu plus tard, prolonger son réseau jusqu'à Demnat. Mais, dans le bul de faire coïncider son voyage avec

[e mien, il décide de co ncer par où il comptail Unir. Il prépare

,| • activemenl son voyage dans l'est : entreprise assez difficile

en ce moment, à cause de la révolte des Srarna. Il oblienl rapidement, par l'intermédiaire du Gouverneur de Marrakech, de bonnes recommandations pour le Qaïd de I >emnal el un excellent mkhazni.

De mon côté, j'ai vite fail mes préparatifs. J'engage un troisième Marocain, camarade des deux autres el comme eux originaire du I >raa. J'achète des aqrab' dont les montagnards font usage dans le |i,i\ s : nous \ mettons quelques boîtes de conserves, «lu thé el du sucre.

Bien que le voyage en commun ■a\v<- M. de Flotte soil rempli d'avantages, il offre malheureusement le gros inconvénient de m 'exposer à l'attention des indigènes. Comment ensuite, au moment de notre séparation,

I rai-je m'engager à travers la haute chaîne, dans des régions

incom - el réputées dangereuses, si je suis brûlé par avance

( lelte fois encore, d;m

s |e bul de loul subordonner à la prudence,

je m engage, avec mes hommes, comme en I . w-.w resac i !"'■ en palmier.

meslique dans la cara-

\'i le Vf. 'Ir Flolle. .le vais dune, an moins jusqu'à Demnat, profiter des garanties de sécurité accordées à « Sidi le Consul français »: c'est ainsi que mon .-uni était désigné par les indigènes. Nous allons franchir en quatre étapes consécutives la distance qui sépare les deux \ illes.

3 mars. — Notre première journée esl très courte. Nous parlons après midi, pour aller camper chez le Chikh Ali Agourga qui donne à mon ami une large hospitalité.

Jusque-là nous n'avons pas quitté la plaine de Marrakech. L'Atlas se dresse imposant, non loin de nous, offranl aux premiers plans ni"' falaise à pic de plusieurs centaines de mètres de hauteur, entaillée dans un terrain rouge dont la couleur vive tranche singulièrement sur le fond neigeux de la crête èl des pics du Likoumt, du Tidili ri in Bou ( lurioul.

1 mars. Le lendemain matin, nous quittons bientôt la plaine pour nous engager, à partir du Soucj el Tleta, dans la vallée de l'Ouad fini n Zat. Nous recoupons d'abord la terrasse d'alluvions anciennes qui horde la plaine.

L'Imi n Zal esl une rivière importante, constituée par l'Ouad Tiredoulin el ses ramifications dans le massif <\\^ Bou Ourioul,

H il reçoit, plus en aval, l'Ouad Giji que is avons déjà traversé.

La vallée esl large au point où nous nous trouvons; elle entaille

prof lémenl un pli anticlinal el met à nu, au-dessous des couches

calcaires des terrains crétacés, les grès rouges permiens intercalés de roches volcaniques en lûmes assez puissants.

Nous allons camper à la Nzala Boidena, à quelques kilomètres Sl"' I;| l'ive gauche de l'Ouad Rdat, suivant ainsi un chemin un peu détourné pour gagner Demnat. Notre but, en effet, esl de nous

écarter de la piste habituelle, tracée dans la plaii I qui passe par

Sidi Reliai.

Cette route esl déjà assez connue au point de vue lopographiqi t

1 OYAGE AU SIROUA. 247

la pacification récente des Rouchdama el des Ftouaka, par le Qaïd Glaoui, permel à M. de Flotte de traverser une région inconnue cl

que l'explorateur I I son, dans son voyage jusqu'à Demnal, avail

dû éviter. Il se propose ainsi de relever un itinéraire nouveau dans les contreforts de l'Atlas, laissanl le chemin ordinaire à 10 et même 20 kilomètres au nord.

Les besoins scientifiques de mon ami < oncordenl toul à fail avec

les miens, car, non seulemenl la roule de Sidi Reliai à Dcmnat a été suivie par d'autres voyageurs, surtoul par l'homson; mais je a'avais pas, a priori^ grand'chose à observer en plaine, tandis que les avanl-monls de l'Atlas m'apprendront cerlaineinenl du nouveau.

5 mar> — I le fait, l'itinéraire que nous allons suivre va m offrir,

à partir de l'Ouad Rdat, une importante moiss le faits qui mi

permettront encore de saisir, dans ses grandes lignes, la structure de la liaule chaîne entre Demnal el la plaine des llaskoura. Je vais donc, toul en récollanl sur ma roule, me préparer au voyage

difficile donl je désire -i ardei enl le succès. Nous allons effectuer

ce traiel en deux étanes.

bàûiii^ lii > -i . " i-Mi

Après avoir traversé le lil de l'Ouad Rdal au Qantra el Abid, vieux ponl en ruine connu de lous les voyageurs qui onl vu le Glaoui, nous descendons la rivière sur sa rive droite, jusqu'au \ illage d'Enzel.

Dans la journée s nous séparons, mes hommes el moi, de la

caravane de M. de Flotte. Il semble utile de donner le ehange aux indigènes en approchanl de la ville, parce que mon ami se propose de me poser, aux yeux des autorités, comme un reqqas ' qu'il garde à sa disposition pour faire tenir, le cas échéant, une nouvelle urgente aux représentants du Makhzen.

Depuis Enzel nous nous dirigeons droil vers l'est. Nous suivons. J'i-'l" •'' I;| vallée de VOuad Teçaout et Tahtia, une large dépression, laissanl sur notre gauche une petite chaîne composée de collines peu élevées ne dépassanl probablemenl pas 1000 mètres, tandis que sur la droite se dressenl des crêtes, en apparence parallèles el aux flancs plus ou moins escarpés, Joui la plus proche n'a pas moins de li nèlres d'élévation.

'•'' -"'• formé de grès rouges, esl le plus souvent seule-

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VOYAGE AU SIROTA. 249

ini'iil recouverl d'une végétation broussailleuse < 1 < * palmiers nains el de genévriers; les parties peu escarpées sonl employées ;'i la culture des céréales el fréquemmenl envahies par le jujubier sauvage el l'asphodèle.

La dépression anticlinale montre, sur ses deux flancs, un affleurement de roches volcaniques intercalées dans les grès rouges d'âge permien. La vallée de VOuad Teçaout <■/ Tahtia, que nous altei-

Fig. 150. — \ allée de l'Ouad Teçaoul ■ ■! Tahtia

gnons dans l'après-midi, présente de superbes coupes dans ces mêmes terrains.

Nous descendons brusquemenl min la rive gauche de la rivière,

par falaise basaltique de phi- de 100 mètres de hauteur. En <-,■

poinl la vallée esl pittoresque. Les alluvions du thalweg sonl utilisées pour la culture, tandis que des l>"i-. surloul composés de thuyas, recou\ renl ses flancs.

Pour gagner notre camp, la Zaouïa ben Daoud, nous prenons un chemin assez difficile le long des berges de l'Ouad. La Teçaout offre de <•<• côté, de belles gorges entaillées dans des bancs de laves très puissants, el au fond desquelles roulenl des eaux rapides, il'' vrais torrents.

Il nous ;i été donné de contempler là !<• beau spectacle <l un paysage volcanique rappelanl ceux que l'on peu admirer en V.u

■j.mi DANS LE BLED ES SIBA.

vergne, notammenl dans les vallées 1rs plus profondes du grand \ olcan 'lu < lanlal.

6 mars. Min d'arriver de lionne heure à Demnat, nous

quillons de grand matin la Zaouïa ben Daoud pour remonter un aflluenl de droite de la Teçoout; nous passons auprès <ln village

l ig 151. — Paysage volcanique, près de la /.; a beu Daoud.

de Tassemsil, en demeuranl toujours sur les mêmes terrains, souvenl couverts de bois de chênes, de pins et de genévriers.

Des calcaires en bancs réguliers, affleurenl près de nous sur la gauche el formenl une crête aiguë ;'i Son l<> kilomètres à droite. Ils dessinenl un pli anticlinal dont la partie axiale ;i été enlevée par l'érosion el laisse apparaître les grès et les roches volcaniques 'In permien.

La dépression anticlinale ;iinsi constituée se trouve dans le prolongemenl de celle que nous avons observée hier. 1*] Ile \;i se rétrécir de plus en plus à mesure que i s approcherons de Demnat.

Au-dessus d'Ail Mellah,donl le nom semble indiquer la proximité de gisements salifères, ces calcaires sonl vigoureusement plissés. La structure géologique de i;i région se prête très bien à l'existence possible 'In sel melluli triasique qui repose sur les couches rouges

VOYAGE AU SIROTA

Fig. 152. - Vil M.ll.li

m permien ; de fait, il paraîl qu'il existe d'importantes mines <l<" •I gemme dans le pays, mais je n'ai im songer à les visiter.

TRAVERSÉE DE L ATLAS AU SUD DE DEMNAT PLAINE DE HASKOURA. TELOUET, TIKIRT

Je désire demeurer le moins possible à Demnat, parce que je redoute beaucoup l'indiscrétion des habitants des villes et, en effet, l'arrivée de M. de Flotte avec une carav. assez importante, soulève la curiosité des Demnati ; <m peul mé lire qu'elle produil

une certaine émotion parmi tous les indigènes aussi bien Musul mans que Juifs, peu accoutumés à voir chez eux un roumi. Mais ils onl affaire à un roumi d'importance, de par les lettres de recom mandation qui lui onl été accordées par les chefs puissants du Maki, zen .

Le premier soin de mon ami est de faire visite au Gouverneur '!<• la ville; M est introduit dans la qasba avec son interprète.

Pendant ce tempsje demeure accroupi avec me- hom s, -m- la

place entourée de maisons en ruines. Nous sommes naturellement pressés de questions par les curieux el il nous est facile de répondre au sujel du roumi ; quant à nous, nous sommes des reqqas à la solde de ce dernier.

Le Gouverneur n'a pu encore recevoir M. de Flotte; il a fait donner des ordres pour que le « roumi français » puisse camper sur la grande place auprès du Mellah; il lui enverra la mouna' traditionnelle el sera très heureux de le voir dans la soirée.

Je puis ii la Lombée de la nuit, m'introduire sous la tente de M. de Flotte. Nous questionnons des indigènes, qui nous donnent des renseignements sur M. de Segonzac et ses compagnons; ils sont passés a Demnal il y ;i environ deux mois, pour s'engager par l'Ouad El Abid dans le Moyen-Atlas, jusqu'aux sources de la Moulouya. Nous avons îles nouvelles de leur caravane qui a campé en dehors de la ville et a reçu la mouna du Qaïd. Il semble, malgré quelques contradictions, que M. de Segonzac el ses compagnons soienl passés inaperçus.

Mous recevons ensuite la visite d'un notable israélite du Mellah, qui m'avait été recommandé par un commerçant important de Marrakech. Je comptais avoir par lui. des renseignements précis sur la région An Dads où j'ai l'intention de me rendre; j'espérais même qu'il pourrai! me procurer un homme de confiance qui

aurail guidé s pas à travers les chemins difficiles ei peu sûrs de

I \ll.is el des plaines méridionales.

Je ne puis à ma grande déception, n'en en tirer. Dans l'espril de

ce Demnali, la traversée de l'Atlas esl dangereuse | r toul le

nde, aussi bien pour les Arabes que pour les Juifs du pays et,

à plus forte raison, pour un étranger tel que moi; car je lui étais présenté comme un Musulman d'Alger. Je suis forl heureusement déjà, un peu accoutumé à ces craintes exagérées des Marocains.

I. Cadeau constituanl en victuailles el (leurres, qu'il esl de règle d'offrir aux

f itionnaires en voyag< aux étrangers recommandés par le Makhzen; c'esl

une for de l'impôt marocain.

VOYAGE M' SIROV

I ig 155. Dépression de Dcmnat.

Mon dépari reste fixé au lendemain, j'aurai toujours la ress -ce

d'aviser en cours de route. Il suftil donc de n'élre pas trahi, car

les mendiants ne sonl jamais inquiétés sur le chemin : or, je suis sûr de mes hommes.

7 mars. — Je ne suis malheureuse ni pas plus avancé qu hier

el je pars, vers le milieu du jour, pour aller coucher je ne sais où.

J'avoue avoir éprouvé ce matin-là un certain regrel en pcnsanl que j'allais brusquement quitter un régime des plus hospitaliers pour affronter îles privations de toutes sortes; el M. de Flotte, mû par un louable senlimenl d'amitié, m'engage à renoncer à mes projets el à rentrer avec lui à Marrakech, par petites étapes.

Mais ma décisi si bien prise. J'ai déjà recoupé plusieurs

rois l'Atlas, entre le col du Glaoui el l'Océan, je Liens essenliellemenl à rapporter une impression sur sa structure an delà.

Mon ami désire m'accompagner à quelques kilomètres. \ cel

effet, H sorl avec ses I mes par une porte de la ville, tandis que je

prends un autre chemin : nous devons nous rencontrer en un poinl convenu sur la roule <l'l mi n Ifiri.

Une vive éi ion m'altendail là. Je trouve M. de Flotte boule-

versé par la terrifiante nouvelle que ses hommes viennenl d'apprendre d'un mkhazni. Il ne s'agit de rien moins que du massacre de M. de Segonzac, de Si Abd el Aziz Zenagui et de huile leur caravane, dans le I >ads.

Je me fais raconter l'épouvantable nouvelle par le soldai de mon ami, qui l'avail recueillie d'un camarade de Demnat. Il n'\ .1 pas à s'j méprendre, il esl sûrement arrivé quelque chose de grave. J'apprends, en effet, de la bouche du mkhazni des détails d'une

l !-• 154. - La campagne de Demnat, la ville dans le l'on

précision telle qu'on ne peul douter qu'il ne s'agisse de la caravane de notre chef. Déplus, le lieu du prétendu massacre, que l'on dit être voisin du Dads, se trouve précisémenl sur l'itinéraire que comptail suivre M. de Segonzac pour gagner le Draa el en particulier Tamgrout, en quittant le Ferkla.

On imagine aisément l'impression produite sur nous parla terrible nouvelle. Il n'\ a pas de temps à perdre, il s'agit de savoir le plus tôt possible à quoi s'en tenir; aussi nous revenons à Demnat.

1 ■■'• VJ.de Flotte fait interroger à ce sujel le Gouverneur de la ville, dont la réponse esl très nette : - 'Ions ces dires ne sont que des racontars, si un roumi avail été massacré dans le Dads, je le saurais .

VOYAGE AU SIROUA. 255

Celte déclaration <lu Qaïd nous soulage quelque peu; mais je demeure personnellemenl convaincu qu il esl arrivé quelque chose de

fâcheux à M. de Segonzac ei à ses compagi s. En effet, il n \ a

pas de fumée sans feu, surtoul au Maroc où les nouvelles se propagent très facilemenl el avec une rapidité extraordinaire.

Mon .-uni paraîl très soucieux de me voir partir pour des régions où se seraient déroulés des événements aussi graves; mais nous avons Ions deux le devoir de nous livrer à une enquête active sur le sorl de nus camarades. Tandis que M. de Flotte s'informera auprès de Ions les Qaïds du pays, je continuerai mon voyage el pourrai ainsi recueillir sur place, s'il y a lieu, des renseignements qu'on n'aurail que tardivement ou peut-être jamais.

M. de Flotte tient à m'accompagner à une ou deux étapes de Demnal à travers l'Atlas. Pourquoi ne pourrait-il aller planter son théodolite sur les contreforts de la haute chaîne, voire même sur la crête, pour rattacher à son réseau géodésique les plus importants sommets? Je pense pour ma pari le projel réalisable, lonl esl possible si le Gouverneur de Bemnal le veut, car il esl très vraisemblable que son autorité s'étend assez loin autour de son qaïdat. On l'interroge dans ce -en- el le Qaïd, devanl la volonté ferme du < roumi français ». consenl ;'i lui permettre de circuler à

deux journées île marche de la ville; il | ra partir le lendemain

matin ;i la première heure, el sera escorté par des hommes de Demnat, choisis parmi les plus dévoués au Makhzen.

I.e projel 'le mon ami, en m'accompagnanl pendanl deux jours ,i travers la montagne, cache une intention généreuse donl je sens loni le prix. Il se propose de m'envoyer en messager auprès du Qaïd du Glaoui el de me faire donner dans ce but, .le- lettres de recommandai ion pour le- < IhiUh île I Atlas.

Avanl d'entreprendre le récil île ce voyage à travers l'Atlas, je désire faire ici une courte digression, .le voudrais mettre rapide menl le lecteur au c 'anl 'le- connaissances générales acquises

/il VS /./■: BLED ES SIBA.

-m- relie parlie de l;i chaîne. Je liens csm'II I lel leineil I à faire IVS-

sorlir loul l'attrail scientifique de celle traversée que j'avais viveineni désirée et, en présence des observations qu'il m'a été donné de faire, on me pardonnera, je l'espère, ce que certains ont pu considérer chez moi comme de la témérité, d'autres comme de l'activité mal placée.

On se trouve à Demnat, au pied septentrional de ce qu'on a appelé Vaile orientale du Haut-Atlas, qui, commençant au col de

Teli I. vase terminer au Tizi n Telr'eml qui domine le Tafilelt, à

nue distance de 300 kilomètres à vol d'oiseau. < M-, on a très peu de documents sur celle partie de la haute chaîne, qui n'a jamais été traversée ou, <1 n moins, ne l'avail jamais été un mois avanl ma tentative, |>uis(|iie M. de Segonzac venail de recouper la chaîne du nord au sud ;ni col de Tounfit, au pied de l'An Aïachi. Malgré ce nouveau el brillanl succès de l'éminent explorateur marocain, près de 300 kilomètres de l'aile orientale de l'Atlas demeuraient totaleinenl inconnus.

Aussi cette partie de la chaîne est-elle vaguemenl indiquée sur la carie de M. de Flotte, el les cols de Tizi Amzoug, Tarkeddit, Aïtliin. [zouras, n'onl été marqués que d'après des renseignements indigènes ou d'après les indications du vicomte de Foucauld qui les a aperçu, de 1res loin, de la vallée du Dads.

Par contre, nous avons sur la région de Demnal des données lopographiques el géographiques très intéressantes, recueillies par Thomson; mais elles ne portenl que sur les avant-chaînes jusqu à

une faible dislance au sud de la \ die.

Au poinl de vue géologique, l'explorateur anglais considère la région comme représentanl une succession de plis anticlinaux el synclinaux triasiques ; il donne même une coupe allanl de Demnal à travers Viril Ansor1, dans laquelle il l'ail entrer des schistes el des grès rouges, des basaltes en liions el des calcaires com-

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