‹ Dans le Bled es Siba; explorations au Maroc. Ouvrage publié sous le patronage du Comité du MarocChapitre 37 sur 46 · Le quarl de douro · texte numérisé non relu

Le quarl de douro

2(ii D i VS /./' BLED ES SIB l.

exeellenl homme maccompagnail de ses vœux les plus ardenls'.

Je m'éloigne non sans une certaine émotion, mais je suis vite réconforté par un mol d'encouragement de m<>n fidèle Moulai Ibrahim :

Si Allai que Dieu soit lu m'', tu verras tout ce que lu désirais voir ».

Cinq mi nul es après je demande à notre guide de porter mon sac, lui offrant, comme dédommagement, la pièce de I IV. 25 que j'avais reçue de M. de Flotte en gratification au dépari ;je lui montre combien j ai mal ;iu\ pieds, à cause des abominables chaussures marocaines el il accepte sans difficulté.

I ne heure plus lard je faisais l'une des Lrouvailles qui m'aienl jusqu'ici le plus intéressé.

Nous nous trouvons, depuis la sortie des dernières gorges de Tirili. dans un paysage tout différenl par suite d'un changemenl complet de relief. Nous avions toul à l'heure sous les veux des calcaires donl la rigidité de forme, les falaises verticales el les arêtes déchiquetées, conlrastenl singulièremenl avec le modelé îles terrains schisteux que nous louions aux pieds. L'absence presque complète de végétation contribue aussi à celle transformation brusque, car les schistes noirs sont uns. offrant seulement de loin en loin un sol des plus maigres à quelques genévriers ou à des chênes isolés.

Ces schistes, que nous avons encore vus la veille, aux environs de Dar Chikh Brahim, me sont bien familiers. Voilà près de dix ans

que je les observe, d'abord en Algérie notan ni à la frontière

marocaine, où ils onl été désignés sous le nom de schistes des I rara, par I illustre ingénieur J. Pouyanne : puis, en beaucoup de points du Maroc, dans la chaîne du Rif, aux environs de Tétouan el presque partoul dans les régions élevées de l'Atlas.

I D'ailleurs ce fidèle soldai du Makhzen u'cul garde d'oublier de m'en rappeler l'Iieureux el'fcl plus tard, u mon retour .-'i Marrakech. A ce moment, ma générosité I '■■' confirmé — s'il étail besoin encore dans l'utilité de placer ses .•nui- s. .us le [>• nage d'un sainl marabout, lorsqu'ils doivenl affronter des difficultés.

VOYAGE AU SIROUA.

Kig. 158. Paysage schisteux des .Vil Mdioual.

Par habitude j'examinais des plaquettes de schistes, lorsque je suis frappé de voir de belles empreintes d'organismes dans ces terrains qui étaient demeurés jusqu'ici complètement rebelles aux recherches du géologue. Ce son! de magnifiques exemplaires de qraploliilics. organismes inférieurs, vivant ;i une époque très reculée, dans les mers qui onl déposé les argiles plus lard devenues schistes, qui en renfcrmenl les vestiges.

Nous sommes en arrière, Moulai Ibrahim cl moi, ci en l'espace de >i\ minutes je réunis tous les matériaux qui onl déjà fail l'objet d'une communication à l'Académie des sciences. Ce gisement fossilifère des AU Mdioual <'sl très riche, à en juger par la diversité des formes que j'ai recueillies en si peu de temps. Moulai Ibrahim m'aide à cliver des plaquettes schisteuses avec sa koumia transformée en marteau de géologue, pour trouver les plus belles empreintes.

C'esl ainsi que l'âge silurien des schistes noirs de l'Atlas, qui se poursuivenl sur des centaines de kilomètres suivant l'axe de la chaîne, de ceux analogues, <lu Rif el des chaînes anciennes de I \lgérie occidentale, «'si désormais affirmé après avoir été soupçonné sans preuves paléonlologiques décisives.

• Irand poignard marocain h lame courbée,

DA \.s LE BLED ES SIBA.

Je suis il aulanl plus heureux de celle trouvaille que jeconvoilais depuis longlemps, qu'il n'\ avail à ma connaissance, qu'un seul gisemenl de graptolitb.es connu en Afrique. Il a élé découverl d'après des échantillons rapportés par l'illustre explorateur Foureau, du Tindesset, sur le parcours de la célèbre Mission Saharienne, soil à plus de 1600 kilomètres à l'esl de celui des Ait Mdioual1.

Après avoir quitté si rapidemenl ce cimetière antique, qui mérilail pourtant mieux du culte d'un géologue, nous allons rejoindre nos autres compagnons. Notre guide paraîl un peu inlrigué pannes allures el mes arrêts sur le chemin; mais mes pieds, mes pauvres pieds m'excusenl el m'assurenl encore la confiance de noire zettat ! Il en sera d'ailleurs souvent ainsi au cours de ce voyage.

N'ous allons demeurer longtemps sur le même terrain, dans lequel je ne larde pas à observer des intercalations de lianes de grès siliceux qui montrent, mieux que les couches schisteuses, la trace des efforts orogéniques qui onl présidé à la première ébauche du relief. On voil les bancs de ces roches complètemenl redressés el (ormanl des plis très serrés, ainsi qu'on l'observe au centre de presque toutes les grandes chaînes.

Nous commençons à fouler la neige, avanl d'arriver à un col d'où se déroule un panorama superbe. Je fais l'aire halle pour déjeuner r|- pendanl que les h. ies apprêtenl le lin'', je puis fixer à la boussole la position du vol des Ait Mdioual el prendre plusieurs clichés photographiques.

Nous sommes au cœur de l'Atlas. On se rend 1res bien compte de <■<• point, que la chaîne csl formée- d'une série de crêtes plus <>u moins parallèles. Au sud, l'horizon esl limité par celle que couronnenl les calcaires de YOuad ht//: elle nous cache presque coinplètemenl le- autres plus lointaines. Au nord, on voil la conlinua-

1 "'' ivtour pu Franco, j'ai appris que. dnraiil mon absence el avanl moi, mon

; ' allègue M (J.-B M. Flamand avail signalé un autre gisement de graplo-

l'thcs à [Iaci el Konig, à 100 kilomètres tl-ouesl de celui de M. [>"oureau,

d'après des échantillons recueillis par le capitaine Cotlenest, Le gisemenl des VII Mdioual apparaît, jusqu'à présent, comme le plus riche des trois.

VOYAGE M' SIROl'A.

limi du massif, aux croupes arrondies, avec ses schisl.es primaires nus. parsemés seulemenl de quelques chênes formant des taches isolées; au second plan, une série de crêtes parallèles paraissant formées par des grès rouges surmontés de calcaires, autant qu'il est possible d'en juger à la lorgnette, par les arêtes que h neigea déjà abandonnées ;'i cette époque très avancée de l'hiver.

Parmi les sommets qui émergent de loin en loin des crêtes reclilignes l'un d'eux, le plus oriental cl le plu- lointain, paraît s élever

Djebel R'al

Fig. 15». — Vue prise .lu roi des Vil Mdiounl, le Djebel R'al

majeslueusemenl au-dessus des autres. C'est le Djebel lïrit, sur lequel je recueille, faute de documents plus scientifiques, un renseigne ul qui peul lenir aussi bien de la légende que de la réalité :

Le Djebel IVates\ à jamais célèbre par les cent zaouïa qu'il supporte, par les restes des cenl marabouts qu'il recèle. Moulai Ibrahim me

fait part de cette particularité avec une pieuse i viclion que j'ai

bien garde d'offenser. Je lui procure même la douce satisfaction de consigner ce document sur mon carnet, et mon fidèle compagnon entrevoit déjà l'immense retentissement qu'aura, dans les mondes civilisés, la nouvelle de l'existence de ce panthéon marocain ! Nous ne nous attardons pas trop au col, malgré tout l'attrail de

ce beau pi rama montagneux ; notre guide estime que la route est

encore longue. Je ne puis m'en arracher sans jeter encore un coup d'oeil aux crêtes méridionales, notan ni au Djebel Rat qui

m'attire toujours, sinon par ses saintes dé] illes, du moins à

1 idée qu'il peut renfermer tout un trésor de secrets scientifiques.

Mous descendons assez rapidement de ce point qui marque une ligne de partage, pour entrer dans nn réseau de ravins et d'ouad se dirigeant maintenant vers le sud. Nous demeurons longtemps sur les mêmes terrains; la végétation, toujours formée

(le cliciK

Fig. 160. — Les Aïl \ Ili.

de genévriers disséminés, s'augmente «le quelques lierbes (|iii paraissent constituer d'.-issr/. lions pâturages.

Tandis que nous venons de traverser, dans les Aïl Mdioual jusqu'au col, des régions arides, non peuplées, nous voyons la vie renaître au fur et à mesure que nous avançons. Des troupeaux de moulons apparaissent; puis, après nous être engagés dans une vallée schisteuse oiir,'iiss,v ,.| pittoresque, ce paysage pastoral s'agrémente, dans 1rs Aïl AmeUi de beaux bois de thuyas.

Aiiis, |es schisirs primaires de l'Atlas sont .-inssi ingratsqueceux des autres régions de l'Afrique du Nord où ils sont presque partout inhabités.

Dans les .1// Amelli, non- rencontrons, sur le bord d'une petite

nvièrc, le village '\\\ même n pourvu d'un bordj ;t plusieurs

élasfes.

VOYAGE AU SIROTA

Les plissements intenses que j'ai obsen es dans les schistes ;'i graplolitliesdes Ait Mdioual changenl d'allure à partir du col. < les plis schisteux, d'abord droits, se penchenl visiblcmenl vers le sud el finissent, aux Ait

Amelli, par se COU- pjg |,,i . Lrn bordj isolé dans les Ait Amelli.

cher à I5°en\ i i -• > 1 1 sur

un autre svstè le schistes bruns d'un autre Age, vraisemblable-

menl dévoniens ou peut-être carbonifères.

Nous arrivons ainsi à la haute vallée àeVOuad Tecaoutet Tahtia. Celle rivière, déjà importante en ce point élevé de son cours, semble suivre le conlacl du massif silurien el de l'ensemble des grès

rouges permiens el des calcaires jurassiques, que nous a> -

aband lés depuis les dernières gorges de Tirili; de plus, le creu-

semenl de la vallée semble coïncider avec i cassure. Nous

Fie |fl-2 - II. vallée • !•

- ""- au pied du premier escarpe ni. avec crêtes rectilio-nes,

rjue j'apercevais des Ail Mdioual.

La rivière suil des gorges assez profondes que le chemin évite en s'élevanl dans les grès rouges, jusqu'au col à'frirn Tmichi ou /'/:/ // Tmichi.

La traversée de ce col me rappelle, lanl par sa nature que par son aspeel pittoresque, la montée de la Nzala Argana à Iferd dans le défilé des Bibaoun. C'esl un poinl de passage d'une roule du Dads et du rafilelt. Les caravanes y sonl assez nombreuses ; j'en ai compté cinq, peu importantes il esl vrai, en l'espace de trois quarts d'heure.

Nous arrivons de nuil au bordj du Chikh [Iaddou, dans le village de Tagoulast. Après avoir attendu une heure environ le Chikh, informé de notre présence, nous fail introduire par un dédale de cours el d'escaliers étroits, dans une pièce trois fois plus longue

que large el possédanl un piaf 1 élevé, bien sculpté el décoré

d'arabesques d'un heureux effet.

'''' Chikh Haddou esl un bel homme, à l'air majestueux. Il nous

souhaite très cordialemenl la bienven n s'adressanl surtout à

"""'■ Il '"«' questionne sur le monde musulman d'Alger, auquel il me sail appartenir.

Je suis très frappé du changemenl que j'observe dans les habiludes el le costume des chleuhs de ces régions centralesde l'Atlas, par rapporl à ceux que j'ai vus partoul ailleurs.

Ici les hommes onl la moustache coupée beaucoup plus courl el souvenl même complètemenl rasée; ils ne portent pas toujours leur l,arbe- Leurvêtemenl préféré consiste uniquemenl en un immense haïk donl ils s'enveloppent el qu'ils reliennenl sur eux par un méjdoul1 avec ou sans koumia. Il esl curieux de voir avec quelle dexté-

rilé ''s se maintiennenl touj >s couverts sous un vêtemenl aussi

flottant.

1 ' "l'don de laine 1res épais servanl à porter la ko

iini:i en sautoir.

VOYAGE AU SIROl 1.

Les femmes sonl ici moins cachées que chez les autres chleuhs; elles viennenl même jusqu'au milieu des convives apporler les plais du repas. Elles sonl vêtues d'une robe de haïk ou de drap brun ri. mil >iu- la lêle, une coiffure du même drap rappelanl un

peu relie des femmes napolitaines. Elles laisseni en nuire leur-

cheveux tomber par devanl en deux ou quatre grosses nattes.

Depuis les .1/7 Mdioual les maisons aussi ne sont plus les mêmes ; elles sonl bâties avec des lions, el toujours le chef de l'agglomération habite un bordj. C'esl une sorte de Loui" carrée, ou encore plusieurs tours A\\ même genre el de différentes hauteurs, accolées les unes contre les autres. Ces bordj sonl bâtis en pierres taillées cl le- murs sonl consolidés par de fortes poutres qui jouenl le rôle de- tirants de fer qu'on emploie dans nos maisons; ils comportée plusieurs étages auxquels on accède par des escaliers très étroits.

( elui où nous passons la nuil esl flanqué de lourelles d un assez gracieux effel .

Le Chikh Haddou nous l'ail dîner: il a île i breux hôtes, [ndé-

pendammenl de quelques gens de marque de Tagoula.sl, qu il ;i invités en noire honneur, il <>ï\'\'i> l'hospitalité de la nuil à des caravaniers. Il faut dire à ce sujel que le Chikh Haddou esl comme le gardien d'un passage assez importanl : le Tizi n Tmichi.

N'otre amphitryon préside avec beaucoup de dignité le repas,

d'ailleurs 1res -impie, qu'il nous fail servir. La conversai porte

sur des sujets banals et je n'entends pas parler du prétendu massacre de la M i--inn de Segonzac.

Je lui- demander par notre guide -i je m' pourrai- pas me procurer une monture quelconque pour le lendemain; mais je n'obtiens rien : le Chikh mm- recommandera à des caravaniers qui vonl dan- les 1/7 [guernan, où mm- passerons la nuil prochaine, H ces hommes mcltronl nos sacs sur leur- bêtes. A l'heure assez tardive

du coucher, nous s étendons lous suivanl la coulu lans

la salle où mm- venons de diner. .le passe la une assez mauvaise

nuil, allongé sur des dalles de pierres donl le contacl glacé me lieni éveillé jusqu'au poinl du jour.

Le chikh Hadd lonne de très lionne heure le signal du lever :

il nous offre l'assoua Iraditionnelle el nous souhaite bon voyage.

10 murs. -- Nous partons au petit jour avec la carav. qui doil

nous servir de guide el nous présenter au Chikh AI..1 er Rahman îles . 1/7 Iguernan.

Moulai Ibrahim ine fait part en quittant Tagoulasi, d'une remarque du Chikh Haddou bien digne d'être prise en considération. Ce dernier a dil à notre ancien guide quej'avais Lorl de porter autanl de moustache je l'avais cependanl raccourcie des trois quarts) parce

• jiie. dans ce pavs, je risquerais d'être pris pour un roumi et courrais ainsi des dangers. Quelques instants après ma pli ys io no m ie élail loul à fail en harmonie avec celle des gens de la région,

ci cela a la grande satisfacl ion de Moulai Ibrahim. Je ne puis prendre de clichés du bordj el du site de Tagoulasi à cause de l'heure trop matinale, el pourtanl mes souvenirs sur celte partie pittoresque du cours de I Uuad Teçaoui mérileraienl bien d'être lixés.

La vallée, assez profonde, esl creusée dans les grès permiens, intercalés de bancs (''pais de roches volcaniques, que recouvrent les calcaires jurassiques. I)es noyers, en assez, grand nombre, I ssenl près de la rivit re, Landis que des thuyas à gon ■ sanda-

VOYAGE AU SIROTA

raque se montrent sur les escarpements rocheux, nolammenl suites calcaires.

Nous remontons te cours de VOttad Teçaout sur une longueur d'environ 8 kilomètres, en allant à peu près droit vers le sud. La rivière esl toujours encaissée, offrant un thalweg d'une centaine de mètres limité par îles falaises très escarpées, entaillées dans les calcaires jurassiques, lien résulte qu'il n'y a pas de chemin possible

Fig. I0i. — Haute voilée de l'Ouad Teç; I. Paysage voicanii Ions les \M I.

en dehors des alluvions caillouteuses où l'ouad s'est tracé un lil tortueux. Nous devons de ce fait, sur un espace relativement court, traverser cinq fois la rivière, donl le débil esl assez considérable; son lit a en moyenne 6 mètres de largeur, et nous avons de l'eau jusqu'à mi-cuisse; il faut nous tenir deux à deuN pour ne pas être renversés par la force de ce courant glacé.

\|H'"- une petite halte nous quittons la Teçaout pourremonler un affluent de gauche de moindre importance, que nous suivrons jusqu'au col de la montagne. Cel Ouad, donl je n'ai pu savoir le m un. roule ses eaux dans un lil de 2 à 3 mètres, sur 20 à 30 centimètres de profondeur : il paraît alimenté surloul par la l'unie des neiges,

Nous abandonnons bien vite les calcaires jurassiques qui se relèvent assez rapidemenl sur les parties les plus élevées de la

li— Ifiîî - Naissance de la vallée au Djebel Am-iner.

chaîne, où ils formenl encore des abrupts el des arêtes rigides. La rivière serpente, sur un long parcours, entre îles berges de grès, d'argile rouge el de roches volcaniques intercalées, (les dernières, par leur couleur verte, la rigidité H l'épaisseur de leurs bancs de laves, donneni au paysage sa caractéristique.

Après midi, je constate que la vallée se ramifie H paraîl descendre il un massif très élevé couverl de neige.

Nous nous trouvons dans [es Ait Iguernan. Le pays semble désert, le sol esl dénudé H supporte seulemenl quelques genévriers disséminés ou des rlem : nous approchons des crêtes. Il nous reste à faire uni' ascension d'une beure, durant laquelle les caravaniers el un"- hommes seronl toujours aux aguets. La région que nous

I i" IGU - Montée >hi col de Ti/i n li

VOYAGE AU SIROUA. >>7;,

allons atteindre esl souvent visitée par les pillards de la plaine. L'ascension s'opère sur un sol de pins en plus dénudé, constitué par des grès micacés surmontés d'argiles schisteuses.

La traversée du col me cause la plus grande surprise.

Je pensais atteindre la dernière crête U un passage élevé, tandis que j'aperçois devanl moi une série de ravins peu profonds, dans un terrain absolumenl nu formé de schistes noirâtres. La plaine esl

Fig. 1 1 > 7 . — Le liane méridional Au Haul-Atlas mi du Tizi n lm<

assez proche ; elle esl située à une quinzaine de kilomètres seulemenl el son altitude ne diffère guère que de 500 mètres de celle il ii col. Dans loues! s'élève, imposant, le massif neigeux que j'aperçois depuis plus d'uni' heure.

D'après le trajel suivi depuis Demnat, je pensais aboutir au Tizi n Tarkeddit, marqué sur la carte d'après les indications du vicomte de Foucauld; mais j'apprends que celui-ci esl plus à l'est. Il semblerail que je me trouve plutôl au voisinage du Tizi Amzoug de la même carte. Mais les renseignements précis que je puis obtenir m'apprennent que je suis au Tizi n f moudras, dans les \<i fguernan,

et que la nlagne élevée au pied de laquelle nous i - trouvons

esl le Djebel Anrmer.

Nous descendons par un chemin qui nous mène à un ravin, sorte de rambla caillouteuse.

L'aspecl du flanc méridional de la chaîne esl étrange par son aridité absolue. Pas un seul arbre, quelques petites plantes rabougries seulemenl : loul respire un climal désertique. La créle même de l'Atlas paraîl transformée roi mue par enchantement. Tandis que le côté nor I. nolammenl au Djebel Anrmer, esl couverl de neige, non- n'apercevons pins après une demi-heure de marche, que quelques Lâches blanches indiquant un peu de urine dans les

i ig. 168. — Tamezent dans les Ail Iguernan.

anfractuosilés de l'escarpemenl méridional de la haute montagne.

Quatre <>n cinq kilomètres séparenl le Tizi n Tmoudras de In mezerit. Nous \ accédons par un petil col d'où l'on jouil d'une vue superbe; le village esl situé dans iinc vallée étalée, bordée de crêtes el dans le fond de laquelle se détache le massif imposant de I . [itr mer.

Nous recevons nue hospitalité un peu maigre mais cordiale, de la partdu Chikli Abd er Rahman. Les gens soni nombreux qui sonl venus pour voir les étrangers déjà signalés au village el aussi pour profiter, dans la mesure du possible, de l'hospitalité offerte à ces derniers '.

i . Mes hommes questionnés sur les nouvelles de la ville racontent, entre autres choses, ce qu ils onl entendu dire du meurtre d'un rouini dans le Dads; mais on ne sail rien ici du nrélendi ssacre, cl pourlanl Tamezeril se trouve ;'i proxi

mil' .!'■ la régio i il aurait été commis.

VOYAGE AU SIROV 1. 27?

Les habitants de ces régions onl un aspecl dur, presque sauvage; ils sonl pour la plupart complètement rasés cl vêtus du simple lia ïk . Sur le chemin ils onl raremenl la djellaba ou le khidous, mais le khenifqui dislingue les populations brabèrcs de l'Atlas oriental.

Nous sommes plus de vingl dans la petite pièce où nous dînons el où nous passons la nuit. On cause el beaucoup l'umenl le kif jusqu'au matin. Nous sommes entrés dans celte chambre à 1 heures du soir, j'en sors le lendemain à I" heures, soil après dis huil heures passées accroupi au milieu d'hommes assez primitifs. Il faul de la patience pour ne pas se trahir el, lorsque je suis rendu à la liberté, il me semble que je sors de quelque cauchemar interminable —

Je vais d'ailleurs être largement dédommagé par mes trouvailles de la journée.

// mar». — Nuire étape ne sera pas longue. Le Chikh AI "1 er

Rahman is a donné un homme qui doit i - accompagner jus

qu'à une quinzaine de kilomètres. C'esl un chleuli de soixante ;uis, mais paraissant assez vert. Comme la marche me devient pénible, toujours à cause de mes mauvaises chaussures, nous lui proposons de porter mon sac moyennant un franc, ce qu il accepte avec empi essemenl .

Depuis le Tizi n lni<>u<lni>*. nous foulons !'•- mêmes argiles schisteuses qu'hier, mais avec celle différence qu'ici elles se montrent intercalées 'le lil- île calcaires pélrisde coralliaircs -le pressens le terrain carbonifère ; en effet, quelques minutes après y découvre,

dans le- argiles, de nombreux représentants •l'une fi le <-c\

âge. Ainsi se trouve daté cet ensemble puissanl de grès micacés, d'argiles schisteuses noirâtres à silex noirs, avec bancs de < alcaires ,;i coraux. Moulai Ibrahim el mm recueillons hâtivement dans ce

remarquable gisement loul i e qu'il i s est possible de porter de

fossiles.

Nous traversons la vallée peu profonde de I \sif Ximas.si/t, creu-

!>.[ Y.s LE BLED ES SIBA.

Fia 160. — Paysage .le- schistes carbonifères el le Djebel A

|i'lirl Alir I'.

sée dans le carbonifère donl les slrales ajoutenl ;'i l'aspecl étrange de ce |'.i\ sage désolé.

Les schistes carbonifères disparaissenl bienlôl sous les grès ronges permicns cl avec ce terrain la végétation renaîl un peu, composée de quelques genévriers, pins el thuyas disséminés ça

Après le village il Irirn Tiguirt Tguernan, nous entrons dans une série de va\ ins on je puis obsen er à l'aise le terrain rouge, avec ses roches volcaniques intercalées, donl la puissance ici n'a pas moins de 500 mètres. Toul le flanc de la montagne au sud du Djebel

i i 170. — I Lui. mérid al du Dicbcl Ani'in

VOYAGE AU SIROUA. 270

Anrmer, en esl formé el ce pic élevé doil son escarpemcnl abrupt ,'i la rigidité des bancs de laves.

Le passage du 7V.-/ n Tiguirt Iguernan nous permel une vue 1res étendue sur l'ensemble du massif de V Anrmer el sur la continuité de la chaîne vers l'est. Je puis ainsi relever un sommel signalé ;'i mon attention par notre guide, le Djebel Nour'ra; jusque-là, el peutêtre au delà, se poursuivent les dépôts de l'époque carbonifère.

Après le passage du col, nous abandonnons pour quelque Lemps

Fis. 171. — Calcaires carbonifères des Vil [guern:

les grès rouges, pour retomber sur 1rs terrains sous-jacents. Ici le calcaire carbonifère se montre plus développé el nous suivons une corniche de ces bancs rocheux où je puis augmenter nolablemenl mes récolles de fossiles.

Du bout de celte corniche la vue s'étend très loin vers le sud J'ai devanl moi la vaste extension des terrains carbonifères el non

loin, à quelques kil êtres à vol d'oiseau, le Djebel \goitrzga qui,

d'après notre guide, se trouve loul au bord de la plaine. Celle ci - étend dans le sens est-ouesl : elle csl bordée au sud par une série de plateaux peu élevés qui marquent à I horizon, une ligne d'une rectitude parfaite : c'esl le Djebel Sarro de ['Anti-Atlas. Je distingue, au bord de la plaine de Haskoura ou de Ouarzazat, une

1) l \ s LE BLED ES SIB 1

l'iiî. 172. — \

pi: ■ de llaski

suile d'onlablemenls, sortes de gour formés dans un terrain rouge, el cette observation m'amène ;'i une conception toute différente de celle que j'attendais des plaines du Sud.

Nous arrivons, de bonne heure, h Talioïun [guernan, village situé au pied d un escarpement de calcaires carbonifères. Nous sommes reçus avec cordialité par le Chikh Ahmed, vieillard très affable mais |i.ni\ r i avare.

Je suis surpris qu'après nous avoir fail entrer dans la chambre

■ — Taliouïn [gui rnan, da

m- un paj sage de terrains carb<

VOYAGE AU SIROl A. 281

où nous devons passer la nuit, il proteste de son dénûmenl. Mais nous sommes très sobres: la moindre soupe el du pain suffiront à nos besoins; nous avons un peu de thé auquel le vénérable Chikb

et son tils font autant honneur que nous en faisons nous-mê s à

son modeste repas.

12 mars. — Nous quittons Taliouïn Tguernan de bonne lieure. Notre suide de la veille consent à nous servir de zellal jusqu'à

Ounila, non loin de Telouet, moyennant la modique s e >!<■

:; francs hassani; je ne peux pas être généreux puisqu'il me fauî feindre la pauvreté, dans la crainte de laisser croire que je suis porteur d'une forte somme. Je pousse même la prudence jusqu'à faire parlementer Moulai Ibrahim, de façon à laisser supposer qu'il esl notre maître. \'<>us allons maintenant avancer sans aucune recommandation; il s'agit d'être prudent.

Avant île partir, notre zeltal échange sou costume contre un liaïk rw loques. Comme j'en demande la raison, il m'esl répondu que nous allons traverser une région déserte, souvenl visitée par les brigands cl que, le zellal obligé 'le revenirseul par le même chemin, ne doil pas porter un vêtcmenl susceptible d'exciter la convoitise des pillards : il sérail exposé à en être complète ni dépouillé.

Nous remontons quelque temps VOuad Achir Taliouïn pour arriver ainsi au pied d'une falaise assez abrupte, donl nous allons faire l'ascension; il nous faudra -ravir une hauteur de plu- de :îiiii mètres par un chemin en lacets.

('.die l'alaise rocheuse m'offre u ;oupe géologique très intéressante. Je passe successivement du terrain carbonifère aux grès ci laves permiens cl aux terrains crétacés, -le retrouve donc ces derniers que j'avais abandonnés depuis très longtemps.

Du bord escarpé de la falaise, du Tizi n Taliouïn, on a une vue superbe sur la vallée el sur l'extension du carbonifère. Au loin, la crête méridionale de l'Atlas montre successivemenl VAiir" mer, le Djebel H'at que je vois pour la deuxième fois, el le Djebel Nourra.

Le flanc méridional de l'AUas, dans l'ouest, offre une structure géologique el un aspecl qui contrastent avec ce que j'ai vu depuis le /'/:/' a l moudras. Les argiles, les grès, les gypses el les calcaires

crétacés., se ntrehl développés avec la même ampleur qu'au sud

du Haut-Atlas occidental.

Toul rappelle ici, un climat désertique beaucoup plus cj [ans

le Sons. Sans doute nue végétation apparaît, qui n'existail pas dans les régions complètemcnl arides des .1// Iguernan\ mais elle

Dj Kour'ra Dj B'al

l'iîf. ITi. — Vue prise .1.' Tizi n Taliouïn ; le Djebel N ■Va cl le Djebel [Val

ne se compose que de thuyas isolés, de phillyrées el siiiI.miI de petites plantes rabougries qui donnenl au paysage un aspecl désolé. Ce qui ajoute encore ;i l'impression de Irisirs^r que j';ii gardée de

'■'•II'' partie de l'Atlas, c'esl la sécheresse absolue. Sur sspace

d'i vingtaine de kilomètres, je n'ai fai! que recouper des ravins,

parfois profonds, sans jamais rencontrer la moindre trace d'humidité. Quoi qu'il en s,, il. la région esl paraît-il, favorisée ;'i certaines époques, par des pluies suffisantes pour entretenir la maigre végétation herbacée que nous foulons aux pieds èl donl se conlentenl les moulons ri les chèvres du pays. Mais des brigands, venus de la plai I des Vil Merran, infestenl la contrée ri la rendenl inhabitable. C'esl à peine si dans ces 1/7 Imiter, nous avons rencontré sur

VOYAGE AU SIROUA. •>*

notre chemin quelques rares maisons, el encore élaienl-elle désertes : leurs habitants avaienl fui devanl les pillards.

Fig. 175, — Flanc méridional do l'Allas. les Vil [inili

Nous ne is attardons pas dans ces régions dangereuses : nuire

zetlal ne nous permel guère de halles, el nous marchons duranl plus de quatre heures, par un chemin pénible el rocailleux : je puis néanmoins faire toutes mes observations.

\|nrs avoir laissé sur la droite le Djebel Otinila, qui se trouve approximativement à la place qui lui esl assignée sur la carte, nous arrivons, après une grande demi-journée de marche, dans un Ouad desséché allunl de IV >| à l'ouest el creusé dans une série de calcaires

I il 176. — Ounila

2sj DANS LE BLED ES SIBA.

,•1 d'argiles crétacés. Nous faisons halle ;'i VAïn Oit/u'la, l'une des

rares sources du pays.

La piste suil un certain lemps la rivière du même nom, vaste rambla donl le lil 1res large el presque conslamme.nl desséché n'est alimenté qu'au momenl des orages.

Cesl ainsi que nous arrivons à Ounila, agglomération très importante, composée de plusieurs groupes de maisons en pis,''

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