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Tikirl: l'.il rali H Tikirl.
cours d'eau à travers des terrains toul à fail différents de ceux que nous venons de suivre. Il arrive de l'ouest; sa profondeur est de 30 centimètres environ el son courant très faible; il reçoil un I"'1! plus bas les eaux de VA s if Imarren el prend, ;i partir de la Zaouïo Sidi Atman, le nom d'Ouad Zaïneb.
En traversant cette rivière nous voyous en face de nous, à
1 kil< Hre environ, adossée à une colline, la ville de Tifcirt, avec
ses tours crénelées.
LE DJEBEL SIROUA
\ ers .> heures, no fais chercher le tajei
.1 ai pris la précai pondanl Israélite el commercanl de la < '.
i- arrivons à la porte du Mellah de Tikirl où je Voussef.
tion h Marrakech de m 'assurer ici un corresj'ai obtenu à cet effet une lettre d'un notable ipitale qui m'affirmait que j'aurais, en Voussef
Ouakmin avec qui il esl en relation d'affaires, un hôte sûr el rlé\ oué.
VOYAGE AU SIROUA. 2<li>
Le lajer Youssef ne se fail |>;is longtemps attendre; il nie souhaite l,i bienvenue de façon 1res obséquieuse et m'entraîne, plutôt qu'il ne me conduit, dans sa maison au cœur du Mellah.
Je remarque que je suis l'objet d'une curiosité presque insolente de la pari des nombreux Musulmans qui se sonl rassemblés à la I unie de la ville juive depuis que nous sommes arrivés. Mais je n'v attache pas autrement d'importance; il me semble qu'un Musulman acceplanl l'hospitalité d'un Israélite dans une ville comme Tikirt peut, par cela même, provoquer l'élonnemenl de ses coreligionnaires. Je suis bien persuadé cependant, que je serai plus tranquille au Mellah qu'à la Médina, du moins d'après les assurances qui m nul été données par mon protecteur de Marrakech.
J'éprouve une certaine émotion en entranl dans ce Mellah de Tikirt qui abrita, il y a vingt-deux ans, l'illustre explorateur de Foucauld....
Le tajer Youssef mel sa maison à notre disposition : il en chasse même toute sa famille pour nous j installer, mes compagnons, notre muletier et moi. Malheureusement je ne devais pas rester longtemps dans celle demeure hospitalière. Je n'y étais pas depuis plus d'une demi-heure que mon hôte, mandé par le Chikh du Mellah, vient me déclarer que ce dernier, sachant que je suis un Musulman d'Alger, se fail un devoir de me recevoir chez lui.
Cette invitation, à laquelle j'aurais dû logiquement m'attendre, me produit une grosse déception, car elle dérange tous mes projets. C'est par le tajer Youssef que je comptais, en effet, me procurer de bons zettal pour aller plus loin; il me semble en ou ire. que je vais me jeter dans la gueule du loup si, comme je le crains un peu, j'ai été trahi en chemin. Mais il n'j a pas d'hésitation possible : je n ai qu'à accepter l'hospitalité du Chikh Abdallah.
Je suis reçu de la façon la plus affable, \otre nouvel hôte nous fail servir, à mes hommes et à moi, un repas très frugal, composé de couscous, de miel et de thé, repas qu'il préside avec beaucoup de dignité. Il se relire au 1 t d'une heure et nous fait direquenous
2<ili DANS LE BLED ES SIBA.
pouvons rester là pour passer la nuil, qu il sail que nous sommes ['al igués de noire longue journée.
Celle reirai le subite m élonne el m inquiète même beaucoup ; c'esl la première fois que je dîne chez un Musulman sans que la soirée se prolonge 1res lard en des conversations plus ou moins oiseuses.
< lomme pour ajouter ;i mes craintes, j'apprends au même momenl par l'un de mes hommes que le bruil ;i élé répandu en ville que j'élais un roi uni : Moulai Ibrahim el moi savons quelle doil en êlrc la source. En effet, depuis le foundaq d'AV Haddada, un Draoui se rend a ni à Tamgrout, accompagna notre muletier loul le long du chemin. Je lus rapidemenl frappé de l'allure suspecle de cel homme à l'air un peu farouche, el qui semblail épier nies moindres mouvements; à plusieurs reprises même, il vinl me regarder en face, insolemment. J'attirai sur lui l'attention de mes compagnons cl nous fûmes bientôl lous persuadés qu'il m'avail \n écrire sous ma djellaba.
A I heure du déjeuner je le lis inviter el il accepta de lu m ne grâce la nourriture el les lasses de thé que je lui fis servir. J'élais presque certain qu'après cela il ne me trahirait p.'is. Mais, en apprenanl les bruits malveillants qui circulenl sur moi en ville, mes premiers soupçons se sonl portés sur lui.
Je fais prier le Lajer ^ oussef de venir me voir le lendemain à la première heure el je passe une nuil assez agitée. Non seulement je suis fatigué de notre longue étape, mais les événements de celle fin de journée sont bien faits pour m'inquiéler un peu. Que va-l-il se passer demain? Ne serai-je pas obligé de rebrousser chemin? Ne suis-je pas déjà le prisonnier du Chikh de Tikirtl
15 mura. - Le lajer V'oussef esl auprès de moi avant le lever du jour. Je lui fais pari de mes craintes el le prie d'en référer au I ihikli Vbdallah.
La réponse de ce dernier esl loul à fail rassurante : •■ En effet dit-il un Draoui a raconté en ville, que Si Allai devait être un r i
VOYAGE AU SIROUA.
parce qu'il écril sur le chemin : il m'a tenu le même langage, mais je l'ai menacé de le jeter en prison s'il persislail dans sa calomnie. En admettanl même que Si Allai soil un roumi, c'est une raison de plus pour que je le protège el je le protégerai de toute mon autorité. ■
Ces paroles sonl réconfortantes, car elles sonl pour moi une garantie delà réussite de mes projets. D'ailleurs le tajer Voussef, qui ;i déjà ma confiance, esl convaincu de la sincérité de Si Abdallah el il le sail assez puissanl pour me faire respecter dans les pays que je voudrais parcourir.
Il me donne alors quelques bons conseils, pas toujours désintéressés il esl vrai, sur la façon de m'j prendre pour exposer mes projets au chef arabe «'I lui demander son appui. C'esl ainsi qu il se charge de me procurer — quoique, dit-il, ces denrées soienl presque introuvables ici — quatre pains de sucre el une livrede thé que j offrirai en cadeau au Chikh, ainsi qu'il esl d'usage de le faire lorsqu <ui reçoil l'hospitalité d'un Musulman de marque. Je proteste seulemenl que je suis sans argent, mais le tajer Youssef ne \ "il là
I ifi 188. - Tikirl vu .Mi Mellali
aucune difficulté; il a confiance dans ma loyauté el un' fera toutes les avances donl je pourrai avoir besoin'.
I. En réalité, j'avais sur moi 20 douros que i' tenais essenliellemcnl à ne pas montrer dans I d'exciter la i om si - pour un cas
D l \> LE BLED 1 S S1B
l-'ig. 189. - Tikiri. la
Vers 7 heures, le Chikh nous offre un premier déjeuner el me fail dire qu'il se m e.l enl ièremenl à ma disposition pour la suile de mon v<>\ âge :
" Ma maison esl à Si Allai— dit-il,— Jesais par sa lettrede recommandation qu'il esl un Musulman distingué d'Alger : il p'eul disposer de moi. »
La journée se passe en allées el venues dans le Mellah. Deux fois encore Si Abdallah me fail appeler avec mes hommes et à Il heures il déjeune avec nous el me questionne sur mes projets de voyage.
Mon lnil non avoué esl d'explorer le massif du Djebel Sirouà. Je prétexte, pour arriver à mes tins, un voyage jusqu'à Laoulouz, petite ville située dans le Sous, où se trouve un ami que je désire visiter. Je sais que la route qu'il me faudra suivre passe dans le voisinage du Sunna, el j'espère trouver dans la suile une raison plausible pour nous dé\ ier de noire chemin.
Le Chikh Abdallah vj procurer, à cel effet, de bons zettat;
mais il me demande d'attendre encore vingt-quatre heures, parce qu'il désire les faire venir d'un poinl très éloigné de 77/7/7. De celle laçon ma sécurité sera assurée sur un assez grand rayon. J emploi, • le reste de la journée à préparer mon dépari : je fais un
extrême, toujours à redouter, Dans ce bul j'avais pris la précaution <U- m'assurer le concours financier du tajer ï oussef, sous la garantie d'un commerçant de Mar h i esl ainsi qu'avanl mon dépari de Tikirl je lui lis une reconnaissance, '—"/ originale car elle étail écrite en arabe sur un chiffon de papier.
VOYAGE AU SIROl A.
ballol des fossiles el des roches que j'ai recueillis depuis Demnal ,.| qui parviendra à Marrakech par les bons soins du lajer ^ oussef : puis je mets un peu d'ordre dans mes unie-.
Si MhI.'iII.'iIi. qui, il'' son côté, veille à ce (pie -.1 mule soil bien ferrée — il lienl absolumenl à nous la prêter pour nous alléger de n,,- sacs — me !';iil dire qu'il doil avoir de- convives à dîner el qu'il aura, en raison de leur grand nombre, le regrel de ne pas nous recevoir, mais il nous fera envoyer 1111,' bonne mouna. J ai I impression que c'esl là un prétexte el que le Chikh Lienl seulemenl à ne i>as ébruiter mon \ <>\ atre.
('.,•11,. journée fa il bien augurer do suivantes, l'oul, jusqu à
l'attitude do indigènes, devenus respectueux sur mon passage, me montre la puissance du Chikh de Tikirt, duquel doil dépendre la réussite de mes projets.
Malheureusemenl j'apprends, grâce à de- interrogatoires habiles ,|,' m, •> hon: s. une nouvelle des plu- graves.
Toul I'' monde sail dans h' pays qu'un roumi, accompagné <l un
interprète algérien el dissimulé dans la carava I diérif, a été
arrêté à lllir] dans ['Anti-Atlas. Le r ni esl gardé en otage par un
Chikli puissanl qui veul le ranç ;r; tandis que toul le reste de
sa caravane a été renvoyé vers une ville makhzen, après avoii dépouillé de ses fusils el de son argent. On raconte même que |(. chikh en question a envoyé un exprès au Sultan du Maroc pour lui demander comment il se faisail qu'on laissai pénétrer dans son pays des roumis venus pour espionner.
Cette nouvelle attristante ne me surprend pas après ce que M. de Flotte el moi avons appris ;'i Demnat, après la rumeur soulevée pur le passage d'un roumi à Tamgroul el recueillie par mes hommes
-m' I,. marché de Telouet. La seule chose qui rassure un peu
dans h'- bruits qui circulent, c'esl que le marquis de Segonzac — car il ne peul s'agir que de lui - esl seulemenl gardé à vue, sans autre persécution dans sa captivité. Je -m- que le chef de la Mis-
sion esl prisonnier depuis une quinzaine de jours, mais je ne puis obtenir plus de détails sur les circonstances qui l'ont fail arrêter. D'autre part, on m'affirme qu'il a été pris à [llir el je ne doute pas
1111 seul inslanl q :ette ville soil celle du Tazeroualt, que M. de
Segonzac devail traverser.
16 murs. -- Nous sommes sur pied de lionne heure, mais 1rs zcllal ne sonl pas encore arrivés.
Vers dix heures, Si Abdallah me fail appeler en me disanl que loul esl prêt el M nous invite à déjeuner. Il me désigne mes deux zctlal donl l'allureel la physionomie rébarbative m'indiquenl qu'ils onl été choisis parmi les pires brigands du pays. C'esl pour moi la meilleure garantie de sécurité sur mon chemin.
L'assistance esl assez nombreuse au repas que m'offre le Chikh ;HI '" !'"l du départ. Il \ a des Musulmans de Ti/cirtei des passagers de marque, parmi lesquels un chef de la région de Tazenakht. •le sui> touché de la cordialité que Ions me témoignenl ; c'esl ;'i
qui me questionnera sur Alger, n pays d'origine. On me demande
quelle esl là-bas, la situation des Arabes, comment ils sonl traités par les roumis. Il m 'esl agréable de dire avec quelle sagesse, avec quelle bonté les Musulmans sonl administrés en Algérie; j'uisisle surloul sur le rcspecl absolu qu'on a, dans ce pays devenu français, pour les mœurs el la religion de l'Islam.
Ces déclarations, qui paraissenl intéresser vivemenl les assistants, rencontrenl des marques unanimes d'approbation; l'un d'eux
""' affirme que cette réputation des roumis du pays frontière esl
déjà arrivée jusqu'à eux.
A ee moment, Si Abdallah medemande si les Français mil envahi le Tafilelt. Sur ma réponse négative, il en témoigne ses regrets el
" demande la raison. Un peu interloqué parcelle question assez
brûlante, je rép Isquc les Français entreraientvolontiers au Marne
si les Marocains les en sollicitaient.
c'osl i;'> noire désir me dit-il — car is aurions bienbesoin
VOYAGE AU SIROUA. SOI
des Français pour établir la sécurité dans notre pays el lier avec eux des relations commerciales; toutes les régions du Sud sonl dévas tées par les pillards, les caravanes ne peuvenl atteindre les villes importantes du Nord el il faudrail une grande force pour mettre les choses dans l'ordre. Malheureusement l'administration du M.ikli/i'ii esi tout à fail impuissante; elle ne peul nous être d aucun secours el a peut-être intérêt à maintenir le pays dans l'étal d anar chic où il csl .
Ces paroles me paraissent avoir une certaine portée, étant données surtoul les circonstances dans lesquelles elles onl été prononcées. Non seulemenl elles m'onl paru refléter la pensée d'une partie au moins des populations du Sud, mais elles onl été dites avec l'espoir qu'elles pourraient être répétées en France.
Je ne me faisais pas d'illusion, en effet, suc mon incognito. Commenl Si Abdallah aurait-il douté de ma qualité de roumi,
sachant que je prenais des notes sur i i chemin? C'esl d'ailleurs
ce que son frère même, dans le bul de me mettre à l'aise, s'élail
efforcé de me faire comprendre. S'étanl assis à côté de i. il
dil confidentiellemenl qu'il savail que je venais pour étudier le pays, qu'il avail donné des ordres à mes zettal pour mé permettre de faire toutes les observations, recueillir tous les renseignements donl j au rais besoin sur ma route, el que, si je voulais revenir plus tard, son frère me d icrail les moyens de circuler dans le pays el d \ chercher des mines.
C'était là, de la pari du Chikh, nue manière pleine de délicatesse de me faire savoir qu'il i couvrait de su protection, quoique connaissant bien ma qualité de Français.
An moment de quitter Si Abdallah, ce dernier manifeste son intention de m'accompagner hors de la ville; il a, dil il, des ordres sévères à donner à mes guides. I lette nouvelle attention du ' Ihikh m'est d'autant plus sensible qu'elle peul avoir un certain retentisse ment «huis la \ ille.
"■"■-' DANS LE BLh /> ES SIBA.
■le suis entré h Tikirt précédé du cri de Irahison d'un lio 10 du
chemin; j\ ai trouvé la méfiance, presque l'hostililé, et j'en sors accompagné des vœux el du l'especl de Imis.
\ I kilomètre environ de la ville, Si Abdallah fail ses recommandations aux zettal : « Vous savez quel prix j'attache à la sécurité do Si Ml; il : s'il lui arrivail quelque chose, vous n'auriez pas besoin
de revenir ici ». Puis il me demande de lui dire franchement où je désire aller.
Je me déclare alors netlemenl : « Je \ (iiid ra is voir le Djebel Sir,, ,,u el rentrer ensuite à Marrakech. >
Il te sera facile de voir le Djebel Siroua ;i\ ec les ,\cu\ hommes que voici, l';i|Vr qu'ils sonl de la région; mais au delà, dans le pays de Tifnout, dans les An Trtmeldou, tu pourras avoir des difficultés, parce que la contrée esl dangereuse. Voici une lettre que les /|||;|1 l'emettronl au Chikh de Tameldou; il esl inutile qu'ils 1 accompagnenl plus h. in puisqu'ils ne pourraienl plus le protéger. Ils verronl là si le Chikh peul le couvrir <\r sa protection, sinon lu reviendras par ici avec eux. >