iris au-dessus du h/i n Ougd
TamjouU,\eLikoumttle Tidili,\e Boa Ourioulcl VAnrmer. Dans l'est, \& plateau granitique el la plaine de Tifrirt, séparés par (les collines gréseuses, s'étendenl à perle de vue. Vers le sud, je vois se prolonger le massif du Siroua, el an delà l'Anti Atlas. A l'ouest, se développenl de profondes vallées, séparées par des croupes
arrondies ou surmontées par des entablements, derniers té ins
de coulées volcaniques démantelées par l'érosion; de ce eôlé il \ a chute assez brusque vers l'immense dépression du Sous. Enfin, autour de moi c'esl le chaos des lave . des cendres, des projections
volcaniques du Siroua. A j ><■ n de distance, j'aperçois des dômes réguliers traversés par des liions el offrant des vestiges de cratères dont la présence évoque le souvenir lointain de cette montagne de l'eu, aujourd'hui recouverte d'un manteau glacé.
La surface envahie par les déjections d'origine ignée esl considérable, el j'estime .:i plus de 20 kilomètres de diamètre ['étend In
formidable volcan du Siroua. Celui-ci rappelle l'Etna par son importance comme aussi par son altitude ; mais sa configuration esl toute différente, car il a subi depuis des époques très reculées les ravages de l'érosion. A ce point de vue, il sérail à rapprocher du volcan il h Cantal donl il offre, dans des proportions un peu moindres il esl vrai, 1rs formes topographiques; le même rapprochement serait encore à faire, jusqu'à un certain point, quanl à la nature des déjections <\\i volcan marocain. Enfin il esl intéressant de constater que ce dernier repose, comme son congénère auvergnat, sur mi soubassemenl granitique comparable, quoiqu'en plus petit, à ce que l'on a appelé le Plateau Central de la France.
Il m- m est, hélas! pas permis de contempler aussi longtemps que je l'aurais voulu le beau spectacle que j'ai sous les yeux el qui témoigne de phénomènes géologiques aussi grandioses. Cen'esl pas
seulement quelques heures, mais îles jours les moisqu'il faudrail
consacrer ; lystérieux Siroua pour en pénétrer tous les secrets !
Je prends seulemenl le temps nécessaire pour relever à la boussole, avec tous les repères possibles, la situation de ce remarquable poinl géographique que je rattache aux sommets de l'Atlas, donl les positions seronl rigoureusement déterminées parla triangulation de M. de Flotte, .le complète c lonnées par une série île
photographies panoramiques qui nie permetlronl de fixer définitivenienl mes souvenirs.
Wanl .le reprendre le récit «le mon voyage, je désire faire une remarque sur les neiges prétendues éternelles de cette montagne. Le sommel culminanl se Irouve à quelques kilomètres de moi dans
VOYAGE AU SIROUA. 519
la direction sud, el sa pointe aiguë se profile derrière un dôme du second plan. Il parait complètement blanc, ainsi que l'arête qui en descend : mais à la lorgnette on voil «pu- les têtes de vallées el les anfracluosités seules sonl envahies par la neige, tandis que plus
près, à des altitudes déjà très élevées, elle ne forme guère q les
taches ou des traînées discontinues. lime paraît peu vraisemblable, étant donnée la saison, que la montagne puisse conserver ses neiges jusqu'en août el septembre, et, de fait, mon guide prétend qu elles disparaissent complètement, sauf dans les plus profondes crevasses.
Ceci serait en contradiction avec ce qu'a dit le vicomte de Foucauld, d'après des renseignements pris auprès de gens de Tikirt.
Non seule ni il a pu y avoir exagérati le la part de ces
derniers, mais il existe vraisemblable ni une différence notable
entre les deux flancs du Siroua, au point de vue qui nous occupe.
Ce massif, situé entre le Haut-Atlas et l'Anti-Atlas, a pour soubassement le plateau déjà élevé des Ait Khzama el il sépare deux régions tout à fait différentes au point de vue climatérique : le couloir du Sous et le plateau ou les plaines du Haut-Draa. II doit .Ion.- s'opposer comme un vaste écran, aux échanges de température qui ne peuvent manquer de s'établir, latéralemeul ou dans les
sphères élevées, entre ces deux régions soumises l'une au rég :
atlantique, l'autre au régime désertique. Il pourrait en résulter
différence notable de température moyenne, de part el d autre de la
lin- le partage des eaux des deux bassins hydrographiques el, en
admettant que l'information prise par !<• vie le de Foucauld à une
- ce indigène toujours sujette à caution, --"il exacte, '-''la n impliquerait pas forcément la présence de neiges éternelles sur le flanc occidental.
.i,. pense que le problème que présente l'étude 'I''- courants aériens entre le Sous H le Draa par le Siroua pourrait offrir beaucoup d'intérêt a un météorologiste. Mais, hélas! celle questi
paraîl pas devoir être abordée avanl un avenir assez éloigné.
/> i \s LE BLED ES SIBA.
l'.n i|iiill;uil le Tizi n Ougdour, pour descendre sur le revers occidental du massif, s pénétrons dans les Ait Tedrart donl la
limite avec les Ait Khzama passe précisément par le col où prend encore naissance un cours d'eau, VOuad Tedrart. Nous rencontrons bientôl sur notre chemin une caravane composée de trois mules, la seule que j'aie vue sur cette route de Tikirt au Ras el Ouad, qui relie pourlanl deux régions importantes : celles du Sous el du Haul Draa. <>u ne peul expliquer ce manque de circulation
I '- 201. - Le Siroua vu de la vallée de l'Ouad Tedrart.
que par le brigandage si libremenl exercé des deux côtés de la montagne.
Nous quittons assez rapidemenl la vallée de VOuad Tedrart en nous dirigeant insensiblement vers le nord-ouesl el nous retrou.
nom-., à quelques kilomètres de là, le substralum granitiq lu
volcan; mais les tufs el les coulées démantelés par l'érosion, offrenl toujours des lambeaux isolés, sur des croupes séparées par de profondes vallées Notre chemin se développe sur le flanc droit de l'une d'elles, VAnif n Mied, avanl d'arriver au petil village de TouttaV. Xs"u- 'l"111""- ici le chemin du Sous qui aboutil à Laoulouz par la vallée de VOuad Touttal.
1 ' 1>S| ai"si que I • fail orthograpliier le nom de ce village qui semble
''"'" ligner celui de Tittal, indiqué par le vicomte de Y > 1 1 . 1 . sur la r • de
razcnakhl aux \il I. Idou maisïoultal se trouve encore dans les \il Tedrart.
yoy.\<;i: AU SIROl 1.
Fig. 202. — Village d'Ail Oualtassa, dans les \ii Ti Idou.
Après une heure de route vers l<* nord, nous atteignons la dépression profonde de VAsif Tameldou donl le flanc droil esl gra nitique, tandis que le flanc gauche esl formé de schistes u<>ir> primaires probablemenl siluriens. Elle esl fertile, arrosée, el le premier village que nous y rencontrons indique suffisammenl déjà sa prospérité.
Aït Ouattas.sa esl formé de trois groupes importants, sur la rive droite de la rivière, el renferme un Mellah très peuplé de gens tous vêtus il h khenif. C'esl dans ce village que is allons passer la nuil
Nos zettal nous conduisent chez le Chikh des AU Tameldou, Si Abdallah, .;i qui il- remeltenl la lettre de recommandation du Chikh de Tikirt.
Notre hôte nous fail souhaiter la bienvenue, el il promel de nous donner une lettre qui is permettra de continuer notre chemin.
Dans ces conditions, nos guides i sidèrenl que leur mission
esl terminée. Je leur remets, à leur grande satisfaction, un mol pour le Chikh de Tikirt auquel j'écris que loul s'esl bien passé, grâce au dévouemenl des zetlal qu'il m'a donnés. Après quoi, ils prennenl congé de nous.
L'hospitalité que i- recevons ici esl des plus maigres; nous
iplions un peu réparer nos forces chez un chef aussi important,
mais on nous serl seule ni un mauvais couscous 'I orge el I on
l> i \ s / / Bl ED ES SIBA.
nous l'ail passer la nuil dans une chambre humide cl obscure.
Mes hommes sonl un peu inquiets parce qu'ils n'entendenl parler que du roumi fail prisonnier à illir. Ils n'apprennenl rien de nouveau sur la captivité de M. de Segonzac; mais <■<• que nous avons entendu dire à Tikirt leur esl rigoureusemenl confirmé. De plus, ils constatenl une animosité très marquée, dans les AU Tameldou contre les roumis qui vicnncnl - espionner » le Bled es Siba. Aussi ont-ils hâte de me voir quitter Ait Ouattasso ; je crois, pour ma part, que leurs craintes sonl vaines.
Je m'inquiète seulement de la route que non- allons suivre pour rentrer à Marrakech. Mon bul sérail d'éviter le Tizi n Tesl que je connais déjà el de recouper l'Atlas à un col élevé comme le Tizi n Tar'rat; mais on m'affirme que >-r dernier n'esl praticable qu'à la belle saison, qu'il y a beaucoup de neige el par suite du danger :
Il ne Paul pas vous exposer — nous dit-on — coin me ces voyageurs qui paienl de leur vie leur imprudence, car le Tizi n Tar'ral l'ail chaque année îles victimes .
Jepensequ'il y a, toul au moins, de l'exagération dans ce qu'on me <lil el que si des voyageurs oui péri au col surpris par quelque tourmente de neige, ce n'esl pas à dire que ce passage soil dangereux à celle époque déjà avancée, puisque nous approchons du printemps.
19 murs. Nous ne voyons le Chikh des Ait Tameldou que le lendemain malin vers onze heures, au momenl de nous mettre en route. Il nous donne un homme | r s i luire ei non-, accréditer dans un village, situé à i lizaine de kilomètres seulement,
su»' la route du Tizi n Test, ou du Tizi n Tarmt(\uc je voudrais de préférence l ra\ erser.
Celte étape ne m'apprend pas grand'chose d'intéressant. Nous l|'' Lirons sur des granités qui offrenl le relief habituel de ces terrains anciens; le sol esl presque toujours nu, nous rencontrons seulemenl dan- un ravin un petil bois de chênes.
VOYAGE M SIROl l.
'Mff
M 'es V.
l)c> lambeaux de coulées volcaniques se trcnl sur les mamelons ou l'ormenl des falaises dans le baul des vallées; ce sonl les derniers vestiges des déjeclions du Si roua qui lémoignenl encore de la grande extension de ce volcan marocain. J'observe en outre de gros filons d'une lave noire perçanl à travers le granité el donl je ne m'explique pas la présence; ils ne peuvenl rire en relation avec les épanchements du Siroua.
Nous remontons i omenl une belle vallée, celle de VOuad Ait
Mougqor, affluenl de VOuad Ail Tameldou ou de VOuad Tifnout, dans laquelle nous rencontrons Ait Mouqqor, aggl ^ration considérable avec Mellah el entourée de cultures plantées de noyers.
\,,ii-. arrivon ■ vers I licures à Lemouda, village ins imp<
que le précédent, bâti en amphithéâtre sur un escarpemenl granitique, au milieu de vergers el de petites cultures élagées comme .-ri le- de VAsifAmacin. C'esl là que nous allons passer la nuit.
\ous - les reçus avec cordialité par notre hôte, mais nous
n'obtenons qu'une nourriture plus insuffisante encore qu'aux pn dentés étapes.
Ce pays esl assez froid en hiver el les habitants se protègent de leur mieux contre la neige. Il- porlenl le khenif el oui des chaussures spéciales, sortes de snowl I en drap gros-
DA \s LE BLED ES SIBA.
sièremenl tissé, qui les garantissenl jusqu'au milieu du mollet. Des amis de notre hôte sonl venus voir -es invités, et la soirée (brl longue, se passe <'ii conversations oiseuses.
Je questionne encore sur le chemin à suivre pour gagner Marrakech, el l'on me continue que le passage du Tîzi n Tarrat esl impraticable en cette saison. Comme j'ai un peu trop insisté, un
homme fail remarquera l'undes miens qu il esl surprenant quej'interroge ainsi sur la route que je dois suivre.
•I e co m p ren il s I allusion da ngcreuse el fais répondre qu'étant très fatigué j'ai hâte de rentrer à la \ ille :
mon désir de I raverser le I izi n Tarrat '■-l ainsi motivé puisque le trajel serait, de cette façon, considérablemenl écourté.
Ce léger incidenl paraît, forl heureusement, ne pas laisser subsister de doute sérieux.
20 mars. — Comme les jours précédents, nous quittons notre le assez tard parce que l'étape ne doil pas rire longue el que notre hôte s'esl mis en quête de bons zeltai qui nous permeltronl de traverser en sécurité un col qui nous sépare de la vallée de VOuad Tifnout. Mais une scène é vante vienl encore relarder notre
Fis, 204. — L
Nous sommes conduits hors du village où quatre hommes armés de fusils non- altendenl : c'esl là notre escorte. \u momenl où i s
VOYAGE AU SIROTA. ■<- '
abordons ces suides, l'un d'eux, un hartani, reçoil un violenl coup de koumia d'un camarade. Nous apprenons que ce dernier a cru devoir se venger parce que celui qu'il vienl de frapper lui avail remis 50 centimes seulement, sur 75 qu'il lui devait, en demandanl jusqu'au lendemain pour le règlement de sa dette. La victime, en proie à une vive souffrance el à un accès de fureur terrible, saisil
un fusil pour se venger de l'assassin; mais - h nés onl la
présence d'espril de le retenir, tandis que des camarades immobilisenl son adversaire donl la haine n'es) pas encore assouvie. C'esl alors un corps à corps terrible, qui dure près d'une demiheure el pendanl lequel le hartani se débal en crianl el en eherchanl .;> se servir de son arme; puisa boul de forces, il s'abal comme une masse.
H a le gras du bras complètemenl traversé el les efforts qu'il a
faits favorisé une hémorragie abondante. Nous sommes tous
éclaboussés; Moulai Ibrahi si dégoultanl de sang. Je n'ai même
pas la satisfaction de faire au malheureux blessé le moindre panseni; mes compagnons me l'interdisenl : «On verrail à tes soins
que tu '■- un roumi ».
Cette scène de sauvagerie a attiré tous les gens du village. Des
femmes sonl là qui se lame nt, tandis que le blessé esl emporté
mouranl chez lui.
Je demande quelle peine peul encourir le criminel : Vucune m'esl il répondu — puisque nous sommes en Bled es Siba. Si le hartani ne meurt pas, il aura la ressource de sevenger lui-même, s n
il pourra l'être par quelqu'un de sa famille.
Je sens combien les esprits sonl surexcités aulour de moi; il esl
urtrenl de partir. Je refuse les zettal armés parce qu'i semble
que I . ..il esl à craindre de cel scorie, après ce qui vionl de se
passer Mors mon hôte, réellemenl désireux de me voir poursuivre
mar e sans danger, me présente un de ses amis à la physiono.
intelligente el douce, qui m'inspire assez de ■ iai ; il va nous
conduire sans armes jusqu'à Tifnoul. I i lable armé se joinl a
DA \s LE BLED ES Si HA.
lui | i" i - accompagner jusqu'au col le plus voisin el nous sauvegarder dans ce passage dangereux.
La vallée de VOuad AU Mouqqor que nous allons quilter est
irée de celle de VOuad Tif'nout par un col, le Tizi n Mouqsout,
;i mu' allitude de 250 mèlres au-dessus du village. Nous y accédons
par un chemin facile, tracé sur un sol granitique un: seules les
crèles sonl couvertes de chênes.
\ moins de 500 mèlres de Lemouda, nous rencontrons un
Djebel Taniioult.
lu. 20;>. — l.,- Tizi n Mouqsoul n le
mire village aussi important que le premier ri faisant partie de la
nême agglomération : c'est Lemouda el Fouquia'.
n Mouqsout esl aride, avec ses blocs de granité arrondis.
' guère q lesrlemetde rares chênes. La vue ne s'étend
té, dans les directions nord ri nord-ouesl; on voil la liée de Tifnout cl une série de chaînes parallèles, qui le I imposant massif du Tamjoutt, avec ses deux pics
In nr neige ''I séparés par large incurvation.
:endons dans la vallée par un chemin très raide, tracé - un ravin profond, qui nous conduit à m, village entouré de
l. Lemouda d'en haut.
Il n'\ poilSS
que d'un r< profonde \; la séparent obtus couve Nous .1.-
VOYAGE AU SIROUA.
petils champs cultivés et de jardins où l'amandier abonde; c'esl VAnniit a Tifnout, qui se trouve au bord de l'Asif du même nom. La rivière se jette dans VOuad Tifnout à 5 kilomètres en aval, ,.| ,1 nous faut, pour arriver dans la vallée supérieure du Sou-. franchirun éperon granitique d'une soixantaine de mètres de hauteur, dans les Ait Outir zen.
La vallée de VOuad Tifnout es\ profonde el offre partoul des flancs granitiques escarpés, nus <>u couverts de chênes.
Le thalweg, d'une largeur varianl de cenl à cinq cents mètres, esl occupé par des villages échelonnés, parmi lesquels Ait Ouar-
z'en el Mezguemmel, donl les habitants trouvent là seulemenl quelques terres labourables .-I des plantations d'amandiers el de
noyers.
Nous suivons la rive gauche de l'Ouad, sur un parcours de 3 kilomètres, pour arriver à Mezguemmel. C'esl une aggloim tion importante, d'au .uni,, s 300 feux, avec agadir el Mellah de Juifs portanl le khenif. Elle .-I située sur la rive gauche de I Ouad
Tifnout.
Mous avons une lettre de recommandali lu Chikh des Vit
Tumeldou pour un personnage de marque, Si Abdallah, que je
fais prévenir de notre arrivée. Il nous fail ; ndre plus de
heures, pendanl lesquelles on nous invile à patienter dans l'as qui for m., vaste bordj; nous sommes mêlés à des gens de
Fig. 20G. — Le Tarajoul
passage de toutes conciliions, accroupis à l'entrée dans une surir île corps de garde.
Enfin notre liôle s offre une hospitalité Loujours aussi frugale.
C'est ;'i croire que loutes ces tribus du sud de l'Atlas sonl pauvres "ii bien que les gens y sonl d'une sobriété réellement extraordinaire. I ii .1.' mes hommes ;i pu trouver au Mellah un peu de sucre «'I de lin'' qui iidii-, seronl très précieux.
21 murs. N'otre zettal doi s quitter <\r grand matin, mais le
,|,'lnl d o que je lui remets | r ses I s offices l'altacbe défini-
llN(' nl ':' nous. Quoique notre hôte nous dissuade complètement
de traverser la haute chaîne au Tizi n Tarrat, <•<■ brave homme comprend qu'au contraire je Liens beaucoup ;'i ne pas suivre un autre chemin ri. après avoir scruté le ciel, examiné altenlivemenl le capuchon de neige du Djebel Toubkal, il pense que In traversée .lu .-ni n'est pas impossible.
•Ir lm offre, s'il veul i s conduire jusqu'à Marrakech, de lui
donner là-bas '-' douros, ce qu'il accepte avec une visible satisfaction. Il a un lils dans une zaouïa près de la capitale, ri il profitera de l'occasion qui lui est ainsi offerte pour aller le voir.
Noire guide estime que quatre étapes suffiront pour franchir I;| distance qui nous reste ;'i parcourir; tandis qu'il en faudrait six '»" sepl pour effectuer le même trajet en passant par le Tizi n test.
Il n'\ a donc pas d'hésitation possible, même m me plaçant à un
l""1 •lllllv point de v [ue celui de mes recherches scientifiques :.
nous sommes tellement fatigués que je me demande si. personnellement, j'aurais la force de mener encore une semaine cette existence de privations.
Xous prenons congé de notre hôte vers 9 heures, après toutes sortes de manifestations cordiales de sa part. J'ai été, paraît-il, sympathique à cet excellent homme el il m'a fait promettre de lui envoyer de mes nouvelles de Marrakech. Le modeste cadeau que
VOYAGE AU SIROUA.
je lui laisse en parlanl ' achève de le conquérir. Il ne faul pas moins de cinq minutes de salutations de toutes sortes, de baisers réciproques sur les mains, sur le Iront, avanl de nous séparer.
Pauvre Si Abdallah, il ;i l'air si sincère dans ses manifestations d'amitié « 1 1 1 < • j'éprouve comme un remords de lui cacher plus longtemps ma véritable origine. Mais nous sommes <'ii Bled es siba
J'aurai peut-être l'occasion de m'excuser un jour si je le rencontre en Bled makhzen ; en tous cas, je prendrai des mesures pour qu'il se souvienne de moi à -"ii premier voyage ;'i Marrakech.
Nous sortons du village de Mezeuemmel à I ravers un dédale de maisons, puis de jardins el de champs cultivés recoupés pardes canaux d'irrigation. Ceux-ci sonl consl ruils en pierres d'une profondeur de 50 centimètres à I mètre, el alimentés
par une eau I rès claire.
Nous nous trouvons en un poinl de ramification de YOuad Tifnoui qUi descend des crêtes sous le nom VAsif hwtarakht\ il reçoil ici un imporlanl affluenl de droite venu du Djebel Toubknl el du Tizi n Tar'rol.
C'esl celte dernière rivière que is allons remonter; elle porte
le nom d1 Ouad Tizgui n Guergaa el coule dans une vallée 1res pro fonde qui, malgré ses flancs granitiques stériles, offre une cer
I. Un bol en fer éraaillé qui nous servail ■■■ la soupe, i - unique
ustensile de cuisine.
I ia 207. — Vallée de L'Asif Inmarakht.
laine ferlili te1 par l'utilisation de ses eaux. Elles sont encore déviées par des canaux pour [irrigation des cultures étagées el pour les plantations d'amandiers. Les noyers abondenl auprès de la rivière, qui leur doil son nom '.
Les villages sonl nombreux el je n'en * - < > 1 1 1 j » l « ■ pas moins de <li\ sur le parcours de moins de trois lieues que nous avons ;'i franchir pour arriver a l'étape.
Notre guide me montre à mi-route, une vallée latérale dirigée ;'i
I ig 208 — Vallée <ln Ti
directi lu Lac in
peu près est-ouest, sur la rive gauche de l'Ouad et au sommel de laquelle se trouve le Tizi Ouaguer* entre le Tamjoutt el le Djebel Toubkal. Non loin de ce col se trouve le Lac Ifnî, donl l'existence m esl ;iinsi confirmée.
Nous atteignons ver- .'! heures Tisseldeï, dernier point habité, au pied du col de Tar'rat, el nous devons attendre jusqu'à li heures, assis devanl une porte, l'arrivée de notre hôte. Je puis ainsi admirer à loisir h- site pittoresque où non- non-- trouvons.
i Guei ".. ver.
'-' Le mol de Ouaguer, que je fais pr er plusieurs fois, esl sans doute le
même r| :elui de Ouagan, de la carte au millionième
VOYAGE M' .s/A'or.l.
La rivière coule à nos pieds, au fond d'une vallée très profom descendue du cul cl du Djebel Toubkal. Le village, composé i
I ig 2C9. — \ allée de l'Ouad l izgui n Guerga i.
deux groupes d'habitations, esl bâli en amphithéâtre sur le flanc gauche; de petits champs cultivés, très étroits, sonl étages au dessous cl donnent
I illusion il un escalier naturel : ils sonl arrosés par un canal amenant il assez loin en amont, les eaux de la ri- \ ière.
22 mars. — Il m
fail pas encore jour lorsque nous quittons Tosself/eï, après une nuit passée sur une lerrass
mverte, m;ii^ exposée .:i tous les vents. I n ciel nuageux, ce que je n'avais pas vu depuis forl long-
DA Vs LE Bl I D ES SIBA.
I<'in|i-. el un Froid \il de I degrés, me font mal augurer de la traversée que nous allons effectuer. Aussi nuire guide est-il inquiel : il parle même de rebrousser chemin pour aller prendre la route du Tizi n Test, mais je m \ oppose. Il Faut, coûte que coûte, recouper l'Atlas aujourd'hui afin de trouver en p;i\s makhzen la nourriture qui nous Fail presque complètement défaut depuis que
l ig 211. — Ouad Tizgui n Guergaa. à Tasseldeï.
nous avons quitté Tikirt. D'ailleurs rie lil que nous n'aurons
pas beau temps au col.
L ascension est pénible. Nous devons suivre un chemin en lacets, sur une pente très raide, el sommes obligés de nous arrêter de loin en loin puni' faire mi Feu d'herbes sèches; nous sommes beaucoup Lrop légèremenl vêtus pour traverser des régions aussi
Ce n'est que vers l<» heures que nous avons gravi la partie la plus abrupte de la montagne; notre chemin est maintenant en pente beaucoup plus douce, mais il est mal indiqué ;'i cause de la neige, el un sol très rocailleux le rend encore plus difficile.
Dès ce ment, nous éprouvons de réelles difticultés. Mon fidèle
compagnon Moulai Ibrahim est pris. ;'i cette altitude d'au moins
■''' " ^tres, du mal de montagne. 11 refuse de marcher; il yeul rester
là ou retourner sur ses pas. Pour comble de malheur le ciel, d'abord
VOYAGE AU SIROTA
I ig. 212. — Crêtes volcaniques du Djebel Toubkal
rcl.ilivi. •• i'-
de nouveau couver)
el la neige commence a tomber.
Notre "uide se laisse aller a un découragemenl inquiétant. Lui aussj veu^t redescendre le flanc méridional de la chaîne bien qu'il sache que le col n'esl plus qu'à 500 mètres de nous el qu'une fois passés nous serions en pays sûr.
Je prend- alors le parti, aidé de mes compagnons valides, défaire
du feu sous la neige avec des herl mortes, el nous faisons une
tasse de thé dans laquelle j'ajoute une forte dose de no.s de kola dont j'ai toujours un petit flacon sur moi. Je contrains le malade a
avaler ce cordial, puis je le supplie de nous suivre, l'assurant «
sera guéri dès que nous aurons franchi le col. Le malheureux, affaissé par le mal démoralisant qui l'étreint, veut encore i lonner
| iu -.'!". I •' I "• •
DA \s II BLED ES SIBA.
une preuve .1.' son dévouemcnl en se remettanl en route sous la
1 mente, par ce chemin dangereux, marchanl courbé, se traî-
n.iiil même parfois sur les genoux.
Le col .'-l franchi el noire malade se remet. La plus grande difficulté esl vaincue : nous suivons maintenanl une sorte de pla-
lcai1 couverl de neige, mais îs ne sommes pas encore au bout de
nus peines : imlre guide ;i perdu la trace du chemin.
Nous arrivons au bord d'un escarpement el nous ne trouvons pas de meilleure solution que celle de nous laisser glisser, plnlùl quemarcher, dans un cou-
V\g. 214. — in passage difficile. I » » î I' de pierres, pro-
venanl de l'éclate- ""'"I des roches par la gelée el donl la descente est rendue plus difficile encore par la tourmente de neige qui continue.
L'ascension ;i été des pins instructives. Le soubassemenl de la chaîne, en effet, esl formé par les granités; c'est le prolongement XlT" le ""r,i de l;i pénéplaine des Aït Khzama\ mais depuis Lemoutla les filons de lave noire souvent porphyriques, que j'ai observés enserrés dans les roches granitiques, ont redoublé de fréquence. Je les ai rencontrés loul le long de ma route, nolammenl dans la vallée de VOuad Tizgui n Guergaa et ici ils se montrent
nombreux, au poinl d'offrir l'aspecl d'une succession ininlerromj
de bancs redressés.
' m'explique maintenanl la présence de ions , -es Qlons ■ ils
oyaci-: Al' SIROl i.
cendres el des produits de projections, offerte par les Djebel Tamjoutt, Toubkal H Likoumt.
Sur une épaisseur qui peul dépasser -Juin îtres, ces éléments
volcaniques se montrent, depuis le soubassemenl granitique
jusqu'aux points culminants de ces i lagnes, donl les - nets
peuvenl atteindre 1500 mètres.
Combien je regrette que la neige ne mail pas permis de i ux
observer «lu haul de ce col !
Von Fritsch, qui a été le seul .:i l'atteindre, a parlé à torl d'une
l |g 2lcî — Vue pr
-,. de I izi m Tar'rat. Ii - '" l'""1
crête descendanl du [Iaul-Atlas H formanl la jonction de l'Anti- Atlas; il s'esl laissé tromper par le flanc gauche de la vallée de YOuad Tizgui n Guergaa, qui a pu lui donner l'impression d'une arête orientée nord-sud. Mais ce qu'il ne décril pas, c'esl le Djebel Siroua qui apparaît dans la coupure de la vallée el que le mauvais temps ne m'a pas permis de photographier convenablement.
La reproduction ci-dessus le laisse à peu ntrevoir dans une
faible éclaircie d<' la tourmente de neige.
Une déception nous attendail à Arround. On nous refuse l'hospitalité, ou du moins on nous invile à aller couchera la diemaa, ce que je ne puis accepter; bien mieux, on ne veul pas nous vendre le moindre aliment. Nous sommes réduits à passer la nuil dans un vaste gourbi qui serl à proléger, en cas de mauvais temps, les gens venus chaque année en pèlerinage auprès du maraboul de Siili Chamhorouvh. El nous n'hésitons pas à porter une main profane sur loul ce que nous Lrouvons à brûler pour nous réchauffer.
23 et 24 mars. - Mon voyage en Bled es Siba esl terminé. Il nous reste à gagner Marrakech en deux étapes, par la vallée pittoresque de l'Ouad R'er'aïa ; visitée par bien des voyageurs, voire
l ig. 217 Vallée de l'Ouad R'er'aïa. Vounef.
VOl AGI AU SIROUA. :,:,;
même par des naturalistes, car les noms de fialansa, von Krilsch, Thomson, B rives el Lemoine y sont attachés.
J'y observe des faits qui confirment ceux que j'ai relevés ailleurs, dans !<• Haut-Atlas occidental, ri auprès de la Zaouïa Moulai [brahim j'ai la vive satisfaction de découvrir un beau gisement de fossiles carbonifères, dans des schistes noirs où des végétaux de la houille onl été signalés en 1868 par le botaniste Balansa.
Il nous l'.iul encore renoncer ; is procurer à la zaouïa, notre
dernière étape, de quoi nous remettre un peu de nos privations. Nous h \ trouvons m pain ni viande, mais seulemenl >i\ œufs durs. I url
heureusemenl l'un de s hommes découvre au fond de son sac une
boite '!'• ~-;inliiH'> ;'i l'huile M"1 N;l l'aire nos délices. Comme Moulai [brahim ne mange pas de poisson, je lui donne la plus grande partie des œufs.
Le lendemain^ cel excellent homme vienl prier en secrel de
manger ce qu'il m'offre. Je proteste, parce que j'ai toujours voulu partager avec mes compagnons ce que la fortune a pu non offrir au hasard du chemin; je m'étonne surloul que Moulai Ibrahim ail encore des œufs el je lui en demande la provenance :
DAXS LE BLED ES SIBA.
Mange, Si Alla] - me ilil-il — car lues fatigué. J'ai pensé hier soir que tu ne pourrais pas arriver à Marrakech, alors jet'ai gardé mon dîner.
Cel acte de dévouement esl l'un des nombreux que m'ait prodigués mon fidèle compagnon. Je le cite entre cenl autres el me lais un devoir de le soumettre à l'appréciation de tous ceux qui me feront l'honneur de parcourir ce récil de voyage.
Nous sommes aux portes de Marrakech ; nous n'avons plus qu'une Iren laine de kilomètres à parcourir en plaine, d'une seule traite.
J'ai la satisfaction de retrouver dans la capitale marocaine M. de Flotte el Si Saïd Boulifa,etje reçois delà part deM.etdeMme Palcon une affectueuse hospitalité ef des soins qui me permettronl de me remettre un peu de mes fatigues.
Les nouvelles de la captivité du marquis de Segonzac sont arrivées il y a déjà plusieurs jours, et des démarches 1res sérieuses onl été laites ici par mes camarades, auprès de Musulmans importants susceptibles d arracher par leur influence noire infortuné chef des mains du Chikh Ben 'l'aida.
J'apprends avec surprise el déception que M. de Segonzac esl prisonnier des Sektana, c'est-à-dire d'une tribu que j'ai touchée en traversant le massif du Siroua. J'étais seulement à une journée de inarche <\n lieu de sa captivité.
\.près quelques jours d'un repos indispensalde.il me faut regagner un point de la côte pour y avoir les soins d'un médecin européen el M. de Klotle, voyant mon état assez précaire, se dévoue jusqu à changer ses projets de retour pour m'accompagner à Mogador.
Appendice