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CHAPITRE VIII

SANS le pays, pour vendre du poison, / même de la poudre, il faut une #5 permission spéciale.

On craint avec raison les imprudences et l'on vsit protéger la vie corporelle de nos concitoyens.

Quand le choléra menace, on prescrit une quarantaine, lorsqu'une maladie contagieuse éclate, on établit un cordon sanitaire, tout cela est très-bien.

Mais, je me demande pourquoi on reste indifférent quand le poison des

eo

mauvais livres est vendu à qui veut en acheter. Femmes, enfants, jeunes filles peuvent aller s’empoisonner à qui mieux mieux. On expose dans les vitrines des livres très immoraux qui contiennent des histoires obscènes.…. et l'on ne dit rien ; plus que cela, les catholiques vont acheter là, sinon les livres (ce qui arrive maiheureusement trop souvent) du moins le papier, les plumes, les cahiers dont ils ont besoin, ainsi qu'albums, images, etc. Ces libraires ne vendent pas que des mauvais livres ; pour prendre les badauds, ils tiennent des livres de prières.

Voici ce qu'un homme dela campagne racontait il n'y a pas plus d'un mois. Il était à Montréal et voulait acheter un beau livre de prières à sa fille qui avait trait douze vaches, soir et matin pendant ‘été. Il entre dans une librairie, achète un livre. Comme il va sortir, la demoiselle qui l'avait servi lui dit ; “si vous vouliez

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en acheter un beau livre, en voici un que nt es tous les prêtres et les sœurs achètent. | ll we Oh ! le beau livre et rien qu'un écu.” Le “El Les brave homme 5se laisse gagner, tire ses A les deux trente sous, le livre est enveloppé Pa à et soigneusement apporté à la maison. fan Ler La fille toute radieuse, après avoir con- san eu” templé son livre de prières, déchire avec #al| le empressement l'enveloppe de l’autre et | ont lit avec stupeur ce titre-ci : LES RUINES HU CLÉRICALES. Est-ce assez diabolique ceci ? IN di Mes chers compatriotes, il faut se pro- M) , ils téger contre ces empoisonneurs publics. pal N'’allez donc jamais acheter chez de tels | nè marchands ; dans ce pays-ci, c'est le seul | Il moyen qu'on ait à sa disposition, profi- | 98 tons-en. Dieu merci! nous avons une | (l ait quantité de bons libraires qui sont prêts il ant à subir des pertes plutôt que de vendre | ète de mauvais livres, témoin la maison cu . Cadieux et Dérome qui a mieux aimé Pr iez

perdre de l'argent que de faire venir les En

œuvres de Victor Hugo. Un tel acte honore cette maison, aussi elle peut compter sur l’encouragement des catholiques sincères, tandis que celui qui l'a poursuivie, est tombé sous le mépris des catholiques. ZL'Opinion Publique qu'il avait fondée, n'est plus. Que voulez-vous ?

quelle confiance pouvait-on accorder à un homme qui avait voulu #wgo/iser le pays ?

Les catholiques du Canade Ant éprouvé une grande peine en apprenant la triste nouvelle que M. L. H. Taché voulait faire venir trois cents exemplaires des œuvres complètes de Victor Hugo. Le nom de Taché est si peu fuit pour servir de queue à celui de Hugo. Taché est un nom national, une partie de notre gloire, un des beaux fleurons de notre couronne.

Quand l'enfant bégaie ce nom en lisant à sa mère les annales de la propagation de la foi, de douces larmes d’admiration

Fe !

+ NOS ENNEMIS LIBRAIRES 119 : | cte coulent de ses yeux, de généreux désirs œil eut s'échappent de son cœur enflammé et de Fe FU ho- son regard contemplant les immenses * qi l'a contrées du Nord-Ouest : Maman, dit-il, a des je ferai, moi aussi, un missionnaire, n'est- Fat] vait ce pas ? Oh ! que de vocations à la vie ! del us ? religieuse, le souvenir de ce nom a déter- pal r à minées ! Que d'actes de dévouement il a Re r le produits ! que de prières il a fait monter | au ciel!! Le nom de Hugo est petit, bien uv | petit à côté de celui-là. Hugo a passé | iste une partie de sa vie à blasphémer, à salir ri lait un drapeau que Taché lavede ses sueurs Û : | des et de son sang depuis soixante ans. Hugo Le est francisson, Taché est Canadien-fran- | it | çais, ces deux noms se repoussent. On a | un voulu les accoler : Louis Hugo Taché ; nl bire, que ça sonne mal ! au | ne. Espérons cependant que le coupable al nt à regrettera amèrement sa faute ; c'est le de clésir sincère, ardent, de l'opinion publique.

tion Laissons aux francissons la sale beso- GPUtI

gne d’'empester le pays delivres infâmes.

Pour nous, catholiques, notre devoir est tout tracé : pas de méchants compagnons “ rôdant autour de nous comme un lion rugissant prêt à nou. dévorer ” ; ces dernières paroles sont celles du Pape Saint-Pierre qui les avait apprises de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Je ne crains pas de vous dire que ceux qui encouragent une mauvaise librairie ou font venir de mauvais livres, pèchent et pèchent mortellement.

Que dire du projet d'une bibliothèque publique dans nos villes ?

Avant de répondre, examinons ce que veulent les promoteurs de ce projet— Retraçons la conversation que j'ai eue avec l'un d'eux qui parlait pour les autres.

—Vous voulez une bibliothèque publique pour instruire le peuple, n'est-cepas ?

—Oui, mon père, pour instruire ce

ces Pape s de

ceux rairie hent

èque e que

jet— avec

pauvre peuple qui a si peu de jouissances.

— Je trouve, moi que le peuple a bien plus de véritables jouissances que ceux qui affectent de le plaindre, mais là n’est pas la question. Dans cette bibliothèque voulez-vous mettre des mauvais livres ?

—Mais non, mille fois non: on ne veut pas l’abaisser, on veut l’élever, le peuple.

— Alors vous ne voulez que de bons livres. Nous allons arranger la chose facilement.— Vous savez que les curés fondent partout des bibliothèques paroissiales. Ils ont peu de livres, car il y a peu d'argent. Vous voulez demander à la ville cent mille piastres pour une bibliothèque populaire qui ne sera composée que de éons livres, tels que vous venez de me le dire. Eh bien : donnez cela à un curé de la ville ; il vous rendra compte de l'emploi de votre argent, il achètera pour cent mille piastres de livres dont la popu-

DANS LE CAMP ENNEMI lation aura, par contrat, l'usage gratuit ; il n'y aura que de bons livres, mais il y en aura de tous les goûts, quelques uns feront rire, d’aut’es, pleurer ; tous seront intéressants et moraux. Voici l'affaire faite, n'est-ce pas, monsieur ?

À la manière dont mon compagnon me regardait, j'ai cru mapercevoir que l'affaire n'était pas faite.

—Mon père, votre système peut avoir du bon, je crois bien, mais il ne rencontrera pas l’assentiment de tous. Pour réussir dans un tel projet, vous comprenez comme moi qu'il faut le concours de tout le monde, qu'il est nécessaire que chacun y mette de la bonne volonté.

— Voulez-vous dire, monsieur, que pour réussir, il faille le concours du diable et de tous ceux qui sont à son service ?

—Oh non, je ne veux pas dire cela, mais vous savez que tout le monde ne pense pas pareillement.

«| NOS ENNEMIS LIBRAIRES 123 5 l ‘Rif il — Je le sais certainement; par exemple, “el 1 en 14 Canada-Revue en parlant d’une biblio- Hi) ont thèque publique a écrit : ‘“ Nous ne vou- : \| | res- lons pas qu'elle soit contrôlée par la Ce te, hiérarchie ecclésiastique.” Pot Je vous avouerai que je ne pense pas Fa non pareillement. Quoi ! vous ne voulez que Ait que de bons livres, on vous répond : donnez A cent mille piastres pour une bibliothèque all voir

populaire et vous les aurez, ces bons dti tre- livres. Vous voulez que le pauvre peuple ï ait un accès libre à cette bibliothèque ? it Il sera fait selon votre volonté. Que dé- | sirez-vous de plus ?—Mais tout le monde ny ne sera pas d'avis que le clergé ait le k contrôle d’une telle bibliothèque.—Voilà Hal

pour tout ce que vous avez à ajouter ? Ayant la ar . . , A , ÿ ) Le de même opinion, vous avez, d'un côté, tous nl les évêques, les prêtres, les religieux et | ela, religieuses, tous les congréganistes : homne

mes, femmes, jeunes gens, jeunes filles ll des vingt paroisses de la ville, en un mot RU

tous les bons artisans, juges, médecins, avocats qui veulent non seulement é/ever, mais Üten élever le peuple, et désirent prendre le seu/ moyen de n'avoir que de bons livres.

De l’autre côté, vous avez les Canadiens revirés, les suisses, les francissons et ceux qui vont ramper aux pieds deces étrangers, demandant comme unefaveur deles suivre à quatre pattes, parce qu'ils ne sont pas assez fins pour être chefs. Et, pour être du même avis, pour avoir /a paix, vous nous demandez de asser faire, de ne rien dire quand ces malappris refusent des conditions qui satisfont tous les honnêtes gens ! Ne voyez-vous pas ce qu'ils veulent ? c’est pourtant bien simple : avoir à leur disposition tous les livres malpropres, voltairiens, sataniques que la littérature a produits et cela, pour les passer au peuple, c'est là leur rêve. Et pour avoir la paix, on nous demande le silence, on

NOS ENNEMIS LIBRAIRES 125 nous permet tout au plus (qu'ils sont généreux !) de lever les épaules en signe de déplaisir, mais pas plus que cela, s’il vous plaît. Paix, paix “e/ non est pax.” et ‘il n’y a pas de paix.”

La chose est bien claire : la société comme l'individu a été faite pour la vérité, et elle s’agitera, se débattra en tous sens pour tâcher de la trouver, tant qu'elle ne l'aura pas.

Il y a ici, amis lecteurs, une salutaire réflextion à faire. Examinons comment le mal se propage.—Cinq ou six voltairiens sont réunis dans un club, ils se communiquent leurs idées et parlent, bien entendu, de l'ignorance du pauvre peuple canadien. Pauvres Voltairiens ! Sachez donc que le peuple canadien en général est, peut-être, le peuple le mieux élevé, le plus poli, le plus tranquille, le plus charitable qu'il y ait au monde. Prenez par exemple une pauvre fille de nos cam-

) de .

pagnes, et placez-la dans ce que vous appelez nos grandes familles, puis allez chercher où vous voudrez en Europe, une fille de /a même classe; et vous verrez qui l'emportera des deux. Quant à la classe instruite, je n'ai pas besoin de vous en parler ; car les Canadiens qui vous suivent disent lui appartenir, et comme ils se croient plus fins que tous les autres, la démonstration est ainsitoute faite. Mais comme nous reviendrons sur ce point, reprenons notre sujet.

Cinq ou six voltairiens sontdonc à aviser au moyen de régénérer le peuple, et pour cela ils veulent une bibliothèque publique où le prêtre ne pourra mettre les pieds. Pour parvenir à leur but, ils ne diront pas qu'il y aura de mauvais livres, il: mettront en avant un but acceptable : instruire et récréer le peuple ; puis ils prépareront l'opinion, iront trouver les échevins, flatteront leur orgueil : “ ceci vous

regarde, on vous a choisi pour prendre nos intérêts; quand on voudra de l'eau bénite, on ira trouver le prêtre, mais ici, il s'agit de l'avancement intellectuel du peuple.” Pendant ce temps-là, les bons, je veux dire ceux qui ne pensent pas comme ces impies, se disent entr'eux : il paraît qgw'ils veulent fonder un bibliothèque publique. Vous voyez que les bons ne prennent pas la responsabilité du projet puisqu'ils disent : 2/s veulent. Et cependant ils sont mille contre un, mais ils ne bougent pas, #s laissent faire. Pendant ce temps-là, les francs-maçons, grossis de l'armée des dupes dont le “ nombre est ” Jégion ”, préparent leur piège, sondent les opinions de tel et tel homme gw#s proposent comme échevin, S'il pense comme eux ; puis s'ils réussissent à le faire élire, la mesure est présentée et le tour est joué.

Après que la bibliothèque est établie, que

les mauvais livres ont droit de cité dans

Hit!

toutes les maisons, qu'arrive-t-il ?.... onse réveille. Il est bien temps de se réveiller quand les pirates sont maîtres de la barque !!!

Mes chers amis, remarquons bien ceci :

les mauvaises doctrines se sont toujours répandues dans le monde par suite de l’apathie de ceux qui voudratent le bien, mais qui ne vewlent pas bouger, qui ne veulent pas frapper un clou pour le soutien de l'édifice qui s'écroule.

Trop longtemps nous avons regardé faire. Cette indifférence coupable arrachait du cœur de Jésus cette plainte :‘“Les enfants des ténèbres sont plus prudents, que les enfants de lumière.”

Eh bien, O bon Jésus ! nous allons combattre sous vos ordres; il est encore temps, l'ennemi monte à l'assaut avec une rage diabolique, mais il n’est pas maître de la forteresse ; avec votre secours que nous :

implorons, nous remporterons bientôt la

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victoire : nous avons droit, ils ont tort ils sont une poignée, nous sommes le nombre ; courage donc et en avant !

Finissons ce chapitre : il faut faire une guerre à mort aux mauvais livres, aux mauvais journaux et {ver toute librairie

où l'Eglise, par ses représentants n'aura pas droit de cité.

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