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NOS ENNEMIS LE JOUR DE LA SATNT JEAN- BAPTISTE A MONTRÉAL

Mes cJiers artisans et cultivatetirSy

.'V^jy^ETTE année, il s agissait d organiser M^^ une grande fête pour le jour de la ^^ Saint Jean- Baptiste. On voulait célébrer un anniversaire célèbre dans l'histoire du Canada : la fondation de Villemarie par le sieur Paul Chomedey de Maisonneuve, un français celui-là, venu ici pour étendre le règne de Jésus-Christ.

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On a voulu arranger les choses de manière à faire plaisir à tout le monde et, l'on n'a contenté personne. Les francissons et les Canadiens qui ne méritent plue ce beau nom, ont trouvé que la partie religieuse aurait dû être supprimée, mais ils se sont résignés (c'était le dimanche et ça ne les dérangeait guère), quitte à critiquer les sermons et à ne pas assister à la messe " le jour des morts," suivant leur expression. Puis, il y a eu la fête civique, et on a prié la France maçonnique d'envoyer ses plus " belles gloires ", pour venir chanter les exploits de la France chrétienne sur les bords du Saint- Laurent. Les francissons et les chiniquistes jubilaient. Pour qu'il n'y eût pas de jaloux, on a invité l'avocat qui veut mettre Monseigneur l'archevêque i la raison, (en se chargeant de la fameuse cause de la " Canada-Revue "), de venir faire son petit discours : les ennemis du repré

sentant de Jésus-Christ à Montréal seraient si contents ! J'étais pour ajouter : et les amis de sa personne sacrée si humiliés ! — mais non, on n'y a pas pensé ; l'idée qui a présidé à tout cela était de faire plaisir à tout le monde; on voulait ménager la chèvre et le chou, voilà pourquoi le Canada catholique a été si humilié en ce grand jour !

Libéralisme-catholique! voilà ton œuvre ! !

Dire que dans la vilk de Montréal, le ministre protestant Steeg, c'est-à-dire, Steeg le suisse, Steeg le franc-maçon et franc- maçon avancé, Steeg chantant les gloires de la révolution a été applaudi par un auditoire en très-grande partie catholique! Je sais que les trois quarts de ceux qui battaient dos mains, n'entendaient pas ce qu'il disait et croyaient applaudir un des représentants de la famille de Maisonneuve. Les claqueurs francis-

sons étaient là qui donnaient le branle, et les autres de suivre ; mais ce n'en est pas moins triste et pour ceux qui ont été les dupes et surtout pour ceux qui nous ont amené de si grands impudents et de si grossiers personnages. Je dis grossiers, car un homme bien élevé n'accepte pas l'invitation de faire un discours révolutionnaire devant un auditoire qu'il sait catholique.

Ce fameux Steeg, beau parleur, a été suivi partout par les badauds — qui voulaient avoir rjionneur de lui être présentés. — Ossements de nos ancêtres, tressaillez dans vos tombes ! Qu'il est bien dégénéré le noble sang que vous avez légué à quelques-uns de vos descendants ! Un ennemi juré du Pape, le grand ami des rédacteurs de " la Canada- Revue" qui veut traîner notre Archevêque en prison, être acclamé sur un sol pétri de sueurs et de sang catholiques ! et cola le jour de

la Saint Jean-Baptiste! le jour par excellence des Canadiens- catholiques ; le jour choisi à dessein pour rappeler aux générations canadiennes que leur Patron n'a point fléchi le genou devant le révolutionnaire Hérode, l'ennemi juré de Jésus.

Dans ce grand banquet, a-t-on porté un toast à Léon XIII ? a-ton acclamé le nom de l'illustre Archevêque qui est maintenant l'objet de la haine des suisses et des francissons ? quelle belle occasion pour des fils d'affirmer les droits méconnus de leur Père ! ! ! Silence sur toute la ligne ; on ne veut plus que les Canadiensfrançais se montrent catholiques en dehors de l'Eglise. Soldats, abaissez vos couleurs, cachez votre drapeau, il n'y a que sur le champ de bataille (dans l'église) qu'il vous est permis de l'arborer ; hors de là ce n'est qu'un chiffon au bout d'un bâton.

Veut-on une preuve convaincante de ce que j'avance ? Il a été proposé d'avoir

une charte en vertu de laquelle toutes les sociétés de la Saint Jean- Baptiste du Canada et des Etats-Unis seraient fédérées. Jusqu'ici vous ne voyez pas le mal, — attendez, c'est à la queue que se trouve le poison. — Pour être membre des différentes sociétés actuelles, d'après les chartes, il faut être catholique. Retranchons le mot " catholique " (voici le poison qui arrive) alors tous les canadiens-français protestants, suisses, chiniqtdstes pourront en faire partie ; de plus ce mot étant rayé de la charte, il nous sera permis d'avoir r/ionneur d'appartenir à la fameuse et grande société de V Alliance française dont les règlements défendent de parler de Jésus-Christ et de soutenir ses droits dans ses assemblées. ( i ) Qui fut dit fut fait ; le

(1) Monseigneur Meurin, évêque de la Réunion, a condamné cette société dite " l'Alliance française " qui envoie indifféremment des livres catholiques ou voltairiens à ceux qui en demandent.

mot catkoliqtie fut retranché. ... et l'on est probablement maintenant à préparer la nouvelle charte.

On frémit à la pensée que le drapeau catholique a été obligé d'abaisser ses couleurs, pour laisser passer les chiniquistes et les francissons, aux applaudissements frénétiques de tous nos ennemis et des démons de l'enfer.

Cependant, la motion Mercier-Tarte ne sera pas acceptée par le peuple qui ne souffrira pas qu'on lui enlève le plus beau diamant de sa couronne ; car il est facile de suivre par avance, les différents degrés de la honteuse chute que nous ferions.

Par nos sociétés actuelles de Saint Jean- Baptiste, nous sommes tous des Canadiens-français-catholiques.

Par la nouvelle société, nous ne serions plus que des Canadiens-français. Puis quelques années plus tard, plus rien que des Canadiens ; plus de Français, plus

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d'Ecossais, plus d'Anglais, rien que des Canadiens qui ne parleraient plus français.

Le mot " catholique " retranché, les Canadiens-français ne résisteront pas cinquante ans. Allez aux Etats et voyez ceux qui ont enlevé le mot " catholique " de leur écusson ; leurs enfants ne savent plus un traître mot français. Voyez ce que vient de faire un certain Papineau, fils du " grand patriote " qui a versé son sang — ^je me trompe, non pas le sien — mais celui des autres, pour ne pas se laisser " fouler aux pieds par les Anglais ". Il a retranché le mot catholique de ses armes et qu'est-il arrivé ? Son fils s'est marié à une anglaise protestante, ses enfants et ses petits- enfants ne parlent plus le français et sont tous protestants.

Un grand homme d'Etat, qui avait pourtant suivi Papineau en trente-sept, disait : J'ai combattu le parti Papineau depuis

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que je suis en politique, car s'il eût triomphé, ce siècle aurait vu les derniers vestiges de la race française sur les bords du St. Laurent. M. Bourinot, du parlement d'Ottawa, huguenot français, disait bien sensément en ma présence à l'Honorable sénateur Trudel : " Vous avez parfaitement raison de soutenir que votre peuple ne restera français qu'en autant qu'il restera catholique ; les protestants français s'allient avec les protestants anglais et c'en est fait de la nationalité française." — D'ailleurs l'expérience est là : le fils de ce Papineau qui a brisé, d'après ses admirateurs, "le joug de la tyrannie anglaise," en être réduit à ne plus penser dans la langue de son père ! être obligé de traduire de l'anglais en français avant d'écrire : " renonce à toute allégeance à, et communion avec, l'Eglise catholique ! "

Imaginez le fils d'O'Connell annonçant au monde que ses enfants et petits-enfants

sont orangistes et qu'il le devient luimême. . . .

Il n'y a aucun danger que la chose arrive, dites-vous ? Non, parceque O'Connell était un vrai patriote qui récitait son chapelet pendant qtie les juges assemblés allaient décider du sort de l'Irlande ; c'était l'amour qui poussait O'Connell, c'était la haine des Anglais qui conseillait Papineau, voilà la différence. La haine, comme nous disent les auteurs de la vie spirituelle, étant inspirée par le démon, change vite d'objet — voilà pourquoi les disciples de Papineau aiment tant tout ce qui est anglais.

Mais j'entends les quelques admirateurs de la motion Mercier- Tarte me dire :

En retranchant le mot catholique, on ne retranche pas la chose. — On veut que la religion reste toujours profondément gravée dans le cœur de nos compatriotes.

Mais alors pourquoi leur enlever ce beau

titre ? est-ce que le drapeau ne serait qu'un chiffon au bout d'un bâton ? Vous voulez qu'on abaisse nos couleurs devant les huguenots et les suisses ? Mais ces gens veulent entrer tout ronds, ils ne souffriront pas qu'on insulte à leur croyance. Et nous, comme corps, comme membres delà Société de Saint Jean-Baptiste, nous voulons aller en pèlerinage à la Bonne Sainte-Anne, et vénérer ses reliques ; nous voulons dire le chapelet, faire chanter des messes pour le repos des âmes des membres défunts ; les protestants ne croient à rien de tout cela. On veut présenter un toast au Pape comme chef de l'Eglise de Jésus-Christ/^ seule véntahlt, car on ne veut pas aller en enfer en disant que toutes les religions sont bonnes ; les membres protestants de la société se trouvent insultés. Alors vous nous dites : pour ne pas les blesser on ne parlera ni ■de Ste-Anne, ni de chapelet, ni de Jésus-

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Christ, ni du Pape. Messieurs, vous nous faites bondir d'indignation sur nos sièges, le Pape, Ste. Anne, la Ste. Vierge, et Jésus- Christ avant les suisses, " Religion et Patrie " c'est notre cri de ralliement ; religion pour nous ne veut pas dire toutes les religions, mais la seule religion catholique hors de laquelle il n'y a pas de salut. Nous sommes Canadiens-français catholiques ; vous nous prendrez tout ronds ou vous ne nous prendrez pas. Nos sociétés de la Saint Jean- Baptiste ont été fondées comme étant un puissant moyen de conserver nos traditions françaises et catholiques, d'être distincts des autres nationalités qui nous entourent, de nous empêcher d'être englobés par ceux au milieu desquels nous vivons ; n'en changeons pas le but et restons ce que nous sommes : Canadiens-catholiques.

Si ces messieurs de l'Alliance française ne veulent de nous qu'à la condition que

nous cachions notre titre de catholique, ils ne nous auront pas du tout. Comme disait un vieil artisan de la rue Montcalm de Montréal : on ne me prend pas par morceaux, moi ; on me prend tout rond, ou l'on ne me prend pas.

Mais, chers artisans, je vais vous expliquer la chose. Les amis de M. X. . . les francs- maçons, les suisses et les françissons, veulent qu'il devienne président de la Société de Saint Jean- Baptiste, que Chiniquy en fasse partie, et puisse avoir droit d'aller s'asseoir à côté de Monseigneur Fabre. Pour cela, il fallait retrancher le mot " catholique ", on l'a retranché. Ennemis de l'Eglise catholique, approchez maintenant, les portes de notre société vous sont ouvertes ; pourvu que vous ne crachiez pas sur le Pape et sur nous le vingt quatre juin, libre à vous de le faire le reste de l'année ; ceci ne nous empêchera pas de vous appeler nos frères

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et de vous presser sur nos cœurs en cette fête solennelle, car il n'y a plus de catholiques, rien que des Canadiens — ce dernier titre l'emportant de beaucoup sur V autre. Maintenant un mot de la frégate italienne. On rapporte que M. Beaugrand, à propos de l'incident de la frégate italienne, jubile et crie à qui veut l'entendre : Il y a dix ans, si le maire Desjardins eût refusé, comme aujourd'hui, de présenter ses hommages au représentant du roi Humbert, il eut été acclamé, on l'eût porté en triomphe, les journaux l'eussent exalté aux nues ; aujourd'hui quelques personnes clair-semées le félicitent, les autres le blâment ; presque tous les journaux le traitent de rétrograde, c'est nous QUI AVONS FAIT CELA ! ! Et à ces derniers mots, il parait que la joie éclate chaque fois dans ses yeux. Il peut se réjouir en effet de la multitude de badauds qui le suivent, sans savoir où il les mène.

Mes chers artisans, vous savez que le roi d'Italie, Humbert, siège d'une manière sacrilège, sur un trône élevé à côté de celui du Saint- Père, dans un palais et sur des Etats volés au Pape. Il envoie ici une frégate, portant son drapeau, troué des balles de nos Zouaves : et on se demande quelle conduite doivent tenir les catholiques ?

Il est bien facile de répondre à cette question. Un moment d'attention, pour bien comprendre l'histoire qui va suivre.

Il y avait une fois un habitant qui possédait une petite terre sur laquelle étaient bâties deux maisons ; il en habitait une,, l'un de ses fils demeurait dans l'autre.

Un jour, un officier accompagné de soldats arrive sur cette terre, s'empare de la maison qu'habitait le fils, le met à la porte, enlève la croix qui dominait l'édifice, y plante son drapeau, et s'empare de la terre du père.

L'habitant bien contristé, fît parvenir la nouvelle à tous ses enfants dont quelques uns vivaient dans le Manitoba — Ceux-ci furent bien affligés.

Quelques années plus tard, cet officier envoya son aide-de-camp,drapeau en tête, (le même drapeau qui avait remplacé la croix), visiter les fils du pauvre habitant qu'il avait volé. Ses fils avaient des voisins qui se réjouissaient de l'arrivée de l'aide-de-camp du voleur. — Ces voisins-là étaient tous des ennemis de la croix, drapeau du père. — Les fils s'assemblèrent pour décider quelle ligne de conduite, ils devaient tenir. — Les uns dirent : allons boire à la santé du voleur ; qu'importe les larmes de Papa, laissons-le seul pleurer son malheur ; ce n'est pas nous qui souffrons, c'est lui. — L'un d'eux se leva et dit : Mes frères, permettez-moi de vous dire que vous n'avez pas de piété filiale, vous n'avez pas de cœur, vous êtes des fils dé-

natures ; notre père humilié et prisonnier a été volé par un mécréant, son drapeau, sa croix a été foulée aux pieds, et vous voulez aller souhai-ter longue vie à l'usurpateur de notre bien ; car ce qui appartient à notre père est à nous comme à lui : mais, est-ce que les sentiments de la nature sont éteints dans vos âmes ? Est-ce que vous ne sentez pas remuer au moins une fibre de votre cœur, à la pensée de notre père bafoué, méprisé, ridiculisé en face du monde entier ? Entendez-vous les cris de triomphe, semblables aux hurlements des bêtes fauves que les ennemis du drapeau de notre famille, poussent à l'approche de celui qui flotte à sa place? Voyez tous les suisses, les francissons, les francs-maçons, les juifs accourir pour saluer le drapeau qui a fait couler le sang des nôtres, sang versé en protégeant le blason de famille qui a ennobli plus de vingt générations ? — et vous voulez vous joindre à ces gari-

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baldiens ! ! Mais, n'y aurait-il plus de place pour un cœur dans vos poitrines ? Etesvous rendus à l'égard de notre père, à ce point de froideur méprisante que la pudeur ne peut plus faire monter un peu de rougeur sur ces fronts où je vois pourtant briller la croix du saint Baptême, croix que notre père y a gravée comme écusson de famille ? Cet écusson de famille, frères, je veux le garder sans tache; je n'en rougirai jamais ; qu'on m'ôte tout le reste, qu'on me retire la confiance qu'on m'a donnée jusqu'à ce jour si l'on veut, mais jamais on ne souillera sur mon front, d'une bavegaribaldienne, le glorieux écusson que mon père y a tracé de son sang. Mes chers amis, lequel des fils de cet habitant voudriez-vous être? ou les lâches qui viennent lécher le drapeau du voleur de leur père, ou le brave qui s'écrie : Mon père, si je ne puis vous rendre votre drapeau, du moins je mêlerai mes larmes

aux vôtres pour laver les crachats dont vos ennemis sacrilèges veulent le couvrir. Je ne vous ferai pas l'injure de croire, bien-laimés compatriotes, que vous hésitez un instant dans le choix à faire, vous voulez être tous le fils généreux qui se souvient de l'affront fait à son père. Eh bien, c'est ce que vient de faire l'un des nôtres, c'est ce que vient de faire notre maire l'Honorable Alphonse Desjardins! !

En votre nom, je prends la liberté de le saluer, comme un homme qui met l'honneur avant les honneurs, comme un homme qui a fait son devoir de Canadienfrançais catholique, comme un homme qui a eu le courage de ses convictions, comme un homme qui, bien loin de courber l'échiné devant le roi sacrilège du Quirinal, s'est dressé de toute la hauteur d'un catholique pour répéter avec son Père, le Vicaire de Jésus-Christ : n07i possumus, nous ne pouvons pas.

Vous recevez, Monsieur le Maire, pour cet acte de fils dévoué de l'Eglise, toutes les insultes et les moqueries de Filiatrault, de Sauvalle, et de tous ceux qui désirent que les suisses et les francissons arrachent, des mains de Monseigneur Fabre, le drapeau de l'Eglise pour le remplacer par le chiffon de Garibaldi. C'est ce qui fait votre gloire et doit être votre consolation, Monsieur le maire, puisque le démon et tous ceux qui veulent son règne vous honorent de leur mépris. Vous avez fait plaisir aux catholiques de la province de Québec, qui sont heureux d'unir leurs applaudissements à ceux des anges du Ciel que l'archange Saint-Michel conduisait au combat contre Lucifer, en s'écriant : Quis ut Deus ? qui est semblable à Dieu! , . . (i)

(i) En cette occasion, l'Honorable A. Desjardins a fait oublier la peine qu'il avait causée à ses nombreux amis, lors de la visite à Montréal de la protestante ' ' Société d'efforts chrétiens.''

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