‹ Dans le camp ennemiChapitre 13 sur 16 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

jMTS lecteurs, vous savez que l'un des plus grands devoirs des pères '^%' et des mères de famille, est de bien élever leurs enfants. " J'ai possédé un homme par Dieu," dit Eve, la première mère qui ait existé ; Dieu vous donne ces enfants pour en faire des chrétiens sur cette terre et des élus au ciel.

Le démon, qui tourne autour de ces enfants " comme un lion rugissant prêt à les dévorer, " attend la première lueur d'intelligence pour s'emparer de leur âme.

Il VOUS faut donc veiller sur ces enfants, pour les conserver à Dieu qui vous les a, donnés et pour qui il a préparé une place au ciel. A cause du péché originel, l'enfant apporte en venant au monde, l'inclination au péché, l'orgueil le pousse bien vite à jeter son cri de rébellion contre la volonté de ses parents. L'enfant laissé à lui-même, aimera mieux jouer qu'étudier. Pour étudier, il lui faudra faire un effort, se contraindre et la contrainte gène sa pauvre nature déchue. — C'est vous dire, chers compatriotes, que si vous voulez bien élever votre enfant, vous rencontrerez bien souvent de l'oppositionde sa part, — Quelquefois il vous faudra être sévères, malheur à vous si vous ne l'êtes pas. L'Esprit Saint vous dit " de ne pas épargner la verge ", ne laissez pas vos enfants " s'élever tout seuls ". Vous savez ce que l'on dit quand on apprend qu'un enfant a fait quelque mauvais coup : ce

n'est pas étonnant, c'est un enfant qui s'est élevé lui-même. Un enfant qui s'élève lui-même ne peut pas être un bon citoyen ; n'étant pas un bon citoyen, il ne peut être un bon catholique.

Je vous avouerai franchement ma pensée : plusieurs de mes compatriotes sont trop tendres pour leurs enfants et la première éducation est peut-être efféminée ; on ne les prépare pas assez pour les grandes fatigues de la vie ; ces enfants élevés sur des oreillers, seront peu propres au travail, et pourtant, riches ou pauvres, il faut qu'ils travaillent.

Une des causes de cette éducation molle que l'on donne aux enfants est peutêtre celle-ci : on change bien vite de condition dans notre patrie et l'on se trouve souvent jeté dans un milieu dont on accepte les avantages, mais dont on n'est pas préparé à surmonter les inconvénients. l-a plus belle médaille dorée a son revers

et la richesse a ses inconvénients. Un profond penseur a dit : " Beaucoup supportent l'adversité, bien peu la prospérité." L'expérience de chaque jour confirme cette parole ; que de personnes à qui l'adversité n'avait pu faire courber le front et à qui la prospérité a fait tourner la tête ! !

Un cultivateur, un artisan, un marchand, un homme de profession, par un travail assidu et une grande économie, devient-il riche, je lui dis : mon ami, prenez garde, si vous n'élevez pas bien vos enfants, si vous ne savez pas les corriger à propos ou les laisser corriger, ces enfants, dissiperont en quelques années tout l'héritage que vous leur aurez laissé et mourront dans la misère.

Que de fois j'ai entendu cette remarque ! y a-t-il une paroisse où je ne l'aie pas entendue ? — Voyez- vous ; mon père, cet homme qui passe ? son père était bien

riche, mais cet enfant a tout dépensé, ce n'est pas étonnant, il a été élevé à tous ses caprices ; il a été à l'école quand il a voulu, pour une égratignure il restait quinze jours à la maison ; son père n'a jamais voulu que personne ne le corrigeât ; jusqu'à l'âge de quinze ans, il a été un petit monarque bourré de bonbons et orné de dentelles ; maintenant il a cinquante ans, et les dentelles sont changées en guenilles.

Je ne veux pas soutenir que toutes les personnes qui s'enrichissent, donnent à leurs enfants une telle éducation, oh ! non, mais j'exprime le désir qu'en leur laissant leurs richesses, ils les fassent hériter de leur énergie, de leur esprit de travail et d'économie. Je voudrais qu'ils fissent bien comprendre à leurs enfants que la possession de vingt cinq ou cinquante mille piastres n'est rien, comparée à celle de l'amour du travail.

Beaucoup de jeunes gens paraissent nepas savoir cela — je les ai vus dans nos. couvents et dans nos collèges, ces enfants, le désespoir des maîtres, n'avoir d'autre envie que celle d'hériter de leurs parents^ Ces enfants passaient une partie du temps. chez leurs parents ou à l'infirmerie» ne finissaient jamais leurs études, n'avaient aucun courage quelconque, pas même celui de s'amuser avec leurs compagnons.

Un observateur me faisait cette remarque-ci : Depuis deux cents ans, il y a bien des Canadiens qui sont morts très riches. Oii sont ceux qui maintenant peuvent retracer leur fortune — je ne dis pas jusqu'au bisaïeul, même jusqu'à l'aïeul ? c'est toujours à recommencer, où est la causede ce désordre ? suivant l'expression canadienne, on n'a pas élevé, mais gâté ces enfants qui ont toujours fait leur quatrevolontés.

Ecoutez bien le trait suivant :

Un homme, trente à quarante fois millionnaire, que j'ai bien connu et que je connais encore, avait un fils qui, dès le bas âge, donnait de grandes espérances.

Il envoya cet enfant dans un collège bien éloigné de la maison paternelle. Il y eut d'abord bien des larmes de versées, mais le père fut inflexible. Mon enfant, il faut que tu commences à comprendre qu'on ne vit pas seulement de sentiments, ton avenir demande que tu t'éloignes de nous : telle était la réponse du père à toutes réclamations de son fils. Son enfant dut terminer tout son cours. La dernière année, il travailla peu, il trouvait qu'il en savait assez pour prendre commerce : il avait hâte de jouir. Son père — remarquez bien ceci — lui fit recommencer le cours de cette année-là.

Enfin, le jeune homme sortit des quatre murs de ce collège et arriva à la maison paternelle.

— Mon enfant, quelle profession désires-tu embrasser ?

— Je veux suivre l'état de mon père, dit le jeune homme, rester avec lui aussi longtemps qu'il vivra et continuer son commerce après sa mort.

— Très bien, répondit le père ; tu viendras demain au magasin à sept heures.

— A sept heures ! reprit le fils étonné.

— Oui, à sept heures.

Le lendemain matin, le fils arrive à l'heure indiquée, croyant trouver l'homme de loi qui devait faire un acte par lequel son père le mettait co-propriétaire de son immense magasin.

Quelle ne fut pas sa surprise d'entendre son père appeler le contre-maître et lui dire : voici un jeune homme qui veut avoir de l'emploi dans notre maison, veuillez, s'il vous plaît, lui donner de l'ouvrage et le traiter comme tout nouvel employé.

Le contre-maître dit au jeune commis d'aller porter tels paquets aux adresses désignées ; le jeune adolescent releva la tête, voulut faire valoir ses titres, mais le père fut d'airain.

Le jeune homme laissa le magasin et s'en alla bouder huit jours à un grand hôtel, où le père fît dire qu'il ne se rendait pas responsable des dettes de son fils.

Bref, il fallut que le jeune homme gagnât sa vie par lui-même pendant deux ans ; ayant d'abord de petits salaires, il connut la gêne, et comme il dit, la valeur de V argent. Son père l'invitait à dîner chez lui le dimanche et le traitait comme son fils, mais un fils qui doit travailler six jours de la semaine. Le jeune homme travailla, économisa, deux ans plus tard il avait un peu d'argent devant lui et aimait à travailler— son père alors l'appela : Maintenant, mon fils, pr-ends ce million et sois mon associé, ton éducation présente te

permet de recevoir sûrement ton héritage..

Le fils aujourd'hui à la tête de la maison de son père, le remercie de la sévérité qu'il a eue à son égard.

— Amis lecteurs, donnez une bonne éducation à vos enfants, ne les gâtez pas ; souffrez que ces enfants soient con-igés, car l'éducation n'est pas une affaire de sentiment, mais de religion ; priez beaucoup pour être éclairés, c'est par la prière que vous connaîtrez la ligne de conduite que vous devez tenir. Priez, et Jésus vous montrera que ce ne sont pas ceux qui ont fait vœu de l'aimer de tout leur cœur, comme les prêtres et les religieuses, qui veulent le malheur de vos enfants.

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