‹ Dans le camp ennemiChapitre 3 sur 16 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

^^p'iL y a pommes et pommes, il y a ^yH Français et Français.

%-'^ Vous savez, mes chers amis, qu'il y a dans le pays un certain nombre de sujets qui nous viennent de France ; les uns, soit ecclésiastiques, soit laïques, sont vraiment nos frères ; ils arrivent ici avec la foi que nos ancêtres ont apportée de la Mère- Patrie. Dès qu'ils mettent le pied sur notre sol, nous sentons qu'ils, sont de la famille ; aussitôt ils nous aiment, ils nous félicitent de ce que nous sommes

encore catholiques. Ils sont contents de voir que nous avons conservé ce qui a fait la grandeur de la France : notre attachement aux anciennes traditions de la fille ainée de l'Eglise.

Ceux-ci sont des Français-canadiens qui veulent le règne de Jésus-Christ ; aguerris au combat, ils viennent nous faire profiter de leur expérience, ils se rangent aussitôt sous le drapeau du peuple canadien, combattant 7ios suisses de tout leur cœur ainsi que 7ios autres enneynis. De même qu'ils nous font bien plaisir en se rangeant avec nous contre les suisses, les ennemis des Canadiens catholiques, ainsi je crois leur être agréable en m'unissant à eux pour flétrir ceux de leurs compatriotes qui ne sont pas français du tout.

Car, mes chers amis, remarquez-le bien ; ceux qui viennent de France ne sont pas tous Français. Il y en a parmi eux qui sont francissons, — ainsi nommés par-

cequ'ils sont seulement francs aux saucissons, qu'ils mangent tous les vendredis de l'année, même le vendredi-saint.

Ces francissons, sont les plus grands ennemis du Canada- Français et de la religion catholique.

Il y a une dizaine d'années, un vaillant missionnaire français vint voir un de ses anciens compatriotes qui l'amena prendre un repas " à la française " dans un restaurant. La longue barbe et l'accoutrement du missionnaire ne le firent pas reconnaître comme tel. A peine fut-il installé à table avec son ami que sept ou huit francissons, petits crevés de Paris, vinrent prendre leur dîner. Le missionnaire sortit bientôt de cet endroit les larmes aux yeux. L'ayant rencontré quelque temps après, il me dit : Mon père, il y a ici une espèce de faux français ( il ne savait pas alors qu'on les appelait francissons ) qu'il faut chasser du pays, sinon vous

êtes perdus. Je viens d'entendre les propos les plus infâmes, les blasphèmes les plus épouvantables ; ces mécréants n'ont parlé entr'eux que de prétraille, de calotins, de vermine de sacristie, de chancres d'autel, etc., etc., l'un d'eux termina ses imprécations par ces mots : et dire qu'il faut demeurer — si l'on veut gagner sa vie — dans ce pays conduit par la vermine sacerdotale. Courage, reprit un compagnon, le règne des calotins va bientôt finir en Canada, nos grandes idées font des progrès, témoins ces hommes de profession qui viennent dîner ici de temps à autre, maintenant ils emboîtent le pas derrière nous, et détestent à présent M. . . (je supprime le nom) de tout leur cœur.

Pauvre missionnaire ! vous êtes encore vivant et en voyant ce qui se passe, vous devez pleurer à chaudes larmes ; ces francissons que la Commune de Paris a

vomis de son sein, le Canada ne les a pas chassés ; cette écume sortie des dégoûtants égouts de l'impiété et du libertinage a été recueillie sur nos rives ; ils étaient mendiants ces monstres, on les a assistés ; ils nous ont suppliés de ne pas les laisser mourir de faim, on leur a fourni du pain, et dès qu'ils ont eu assez de force pour se soutenir, leur premier acte de reconnaissance a été de nous cracher à la figure, de déchirer le drapeau catholique pour lequel nous sommes prêts à donner notre sang, de transpercer le crucifix que nous tenons pressé sur notre cœur. Ils cherchent à faire école surtout parmi les journalistes ; ils veulent imposer leurs idées ; payés par la juiverie et la francmaçonnerie, ils font des articles à tant la ligne, cherchant à fausser les idées du peuple. Jusqu'ici, leurs adeptes se recrutent parmi la classe de demi-savants que la province possède, gens qui ne savent

qu'aligner des mots les uns à la suite des autres. Sortis du collège en belleslettres, ils n'ont jamais voulu étudier depuis, aussi ils ne connaissent que peu l'histoire des hommes du jour et beaucoup celle des hommes de la nuit. Les francissons se sont emparés de cette classe de viveurs, ils ont dîné et veillé avec eux, leur ont parlé des grands, grands hommes de la France impie : Sainte Beuve, Eugène Sue, Dumas, Victor Hugo, le grand Hugo. Ils ont exhalé leur rage contre " l'ancien régime ", contre les désordres de la cour papale et les ravages de ce " chancre de la papauté", et nos canafrancissons de les écouter avec ébahisse- 77ien^,méme quand ces misérables parlaient contre les Canadiens. Un jeune homme à qui Dieu a donné un grand talent (qu'il prenne garde d'en abuser) m'a raconté les moyens diaboliques que ces mécréants emploient pour pervertir notre jeunesse

littéraire. Il est venu lui-même à deux doigts de sa perte.

On commence d'abord par parler littérature, puis des progrès modernes de l'esprit humain, ensuite on pérore sur la licence (on lui donne le beau nom de liberté), On en arrive bientôt au clergé : la cause de tous les maux passés, présents et futurs.

Il paraît que ces francissons ont surtout à cœur de répandre cette diabolique doctrine-ci. le clergé s'est toujours trop immiscé dans les affaires qui ne le regardent pas. Ils n'ont pas d'objection — pour le moment — que le prêtre reste à la sacristie, mais ils ne veulent pas le voir dans nos écoles. Ne vous apercevez- vous pas, disent-ils, qu'il est partout ? Il est maître dans la famille, dans l'école, dans le conseil municipal ; il se mêle d'agriculture, de colonisation, de chemin de fer, d'industrie, de beurre, de fromage, d'exposition etc..

etc., il rayonne partout. Il faut rétrécir le cercle de ses opérations, il faut lui mettre aux pieds une chaîne dont la longueur s'étendra du presbytère à la sacristie, pas au-delà. Là encore, il faudra le surveiller ; s'il refuse de baptiser un enfant, on enverra l'huissier lui demander pourquoi. Quant à la chaire, on le laissera prêcher... à moins qu'il ne dise des choses qui ne soient pas de notre goût.

Voilà, mes chers amis, la ligne de conduite que le démon a tenue dans les autres pays, voilà ce qu'il veut faire dans le nôtre ; il a choisi pour cela des francissons, bavards intarissables, impudents et haineux, qui ne peuvent voir un prêtre sans éprouver du dégoût, et qui détestent de tout leur cœur les Canadiens-français parcequUs sont catholiques. Les Canadiens revirés, qui mangent le vendredi du saucisson avec eux, ont toute leur sympathie ; pour eux Chiniquy est un grand homme

et les dindons sont les plus fines bêtes du monde.

Et dire qu'il y a un certain nombre de polissons à Montréal qui se traînent devant ces monstres, qui vont leur lécher les pieds. Quelques-uns de ceux-ci sont des journalistes qui vont préparer à leur club, en dégustant un verre d'absinthe, un article de journal qu'on destine à des yeux catholiques !

Et dire que ces journaux sont lus ! . . . mais ne devançons pas un autre chapitre.

Un petit trait à ce propos. Quelques jours après que Monseigneur l'Archevêque eut défendu la lecture de la " Canada Revue ", je me trouvais dans un char en route pour Québec. Deux jeunes gens causaient sur un siège en avant de moi. L'un d'eux se tournant vers son compagnon, de manière que je pusse bien le voir et bien l'entendre, dit d'une voix forte :

— As-tu lu la " Canada-Revue " d'hier ?

— Non, j'ai été si occupé depuis quelque temps que je n'ai pas le temps de lire les journaux.

Ce dernier paraissait embarrassé dans sa réponse ; le lâche ! sa conscience l'avait averti de ne pas lire ce journal, mais, il ne voulait pas faire de peine à son ami. Il avait à choisir entre Jésus- Christ et un francisson et s'écria : non pas Jésus, mais le francisson Barabbas. Vous entendrez pourtant ce même jeune homme en compagnie d'un catholique déblatérer contre tous les francissons. Et bien, les avachis de cette trempe sont la principale cause de la propagation du mal dans notre province. Trois ou quatre francissons traînent dans les rues Jésus dont ils couvrent la figure de crachats, invitent leurs connaissances à assister au spectacle et obtiennent de ces derniers cette honteuse réponse : Je suis si occupé de ce

temps-ci, je n'ai pas le temps de vous suivre.

Les lâches ! ! !

Reprenons notre récit ; le francisson continuant en grossissant sa voix :

— Et bien, moi, je l'ai lue, relue, vue et revue .... revue, comprends-tu ? revtie.

Il avertissait son ami qu'il venait de faire un calembourg qu'il avait lu, dans lalmanach de 1870 ; une bouffée de fumée, poussée d'un air protecteur vers le plafond, alla annoncer aux atomes effrayés de l'air que c'était lui qui fumait une cigarette ; du pouce et de l'index, tordant les sept poils de sa moustache, il s'affaissa sur la croisée, écrasé sous le poid de sa propre grandeur. Le train pendant ce temps-là continuait sa marche comme auparavant.

Avant de finir permettez-moi d'adresser un mot à ces contempteurs des Canadiensfrançais :

Bande de cornichons de francissons !

vous voulez la lutte, vous allez l'avoir. Vous voulez mener les canadiens par le bout du nez, et pour réussir vous cherchez et cherchez longtemps quelques gros cornichons derrière lesquels vous pourrez vous cacher ; les ayant trouvés, vous les mettez de l'avant pour faire croire au peuple que ce sont des canadiens qui émettent vos idées. Vous avez la ridicule prétention de vous appeler les porte-voix du peuple canadien. Ne croyez pas le peuple canadien aussi nigaud que cela, il vous voit malgré l'épaisseur du mannequin qui a mission de vous dérober aux regards de la foule, et sait distinguer entre un porte-voix et un porte-ordure. Quelques badauds, sont tombés dans le piège ; mais ils jurent que vous ne les reprendrez plus.

Il paraît que vous voulez fonder un lycée pour donner un cours classique à nos

canadiens. Eh bien, restez avec vos amis les chiniquistes, ayez les pour élèves, le temps est arrivé de trancher les camps ; vous désirez faire la guerre au Christ, hâtez-vous de rassembler autour de votre drapeau francisson, tous les crevés de la " savante Paris," le plus tôt, le mieux ; on a hâte que les Canadiens soient séparés de vous. Que ceux de nos compatriotes qui sont assez avachis pour vous suivre, le fassent, nous voulons que le triage s'opère ; il est bon de temps à autre de sarcler le beau parterre qui s'appelle la province de Québec, et de mettre les débris et le chiendent dans un même coin. Apprenez, petit troupeau de malotrus ! qu'il y a encore des hommes de cœur parmi nos juges, nos avocats, nos notaires, nos marchands, nos habitants et artisans, qui pourront se chicaner entr'eux mais s'uniront pour ne pas se laisser mener par le bout du nez par les crevés de Paris. Consolez-vous.

cependant, petits voltairiens, vous aurez quelques adeptes qui iront, avec la bêtise écrite sur la figure, s'aplatir devant vous, vous inviter à leurs soirées, et vous demander à parler en public, etc. etc. Ceuxci feront bande à part, ils seront dignes de vous. A de tels renégats je n'ai rien à dire, — -je ne leur demanderai qu'une chose : ne pas aller dans le cimetière oià reposent les ossements de leurs pères ; qu'ils leur épargnent cette honte, (i)

Je finis.

Mes chers compatriotes ; sachez que le monde moral a ses affinités comme le monde physique, " dis-moi qui tu hantes,

(l) L'autre jour, j'ai rencontre une dame affligée, atterrée par la conduite d'un membre de sa famille. Je lui racontai le trait suivant :

Feu capitaine Saint-Louis de la Compagnie du Richelieu disait à notre capitaine Roy en pointant la statue de la Sainte- Vierge dominant la chapelle de Bonsecours : n'oublie pas de saluer la vieille mère avant de partir. Pour vous consoler, n.adame, pensez au vieu-a Saint-Louis.

je te dirai qui tu es," et ne suivez pas les francs aux saucissons si vous ne voulez pas devenir saucissons vous-mêmes.

Le francisson ! voilà l'ennemi.

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