‹ Dans le ciel et sur la terre, tableaux et harmoniesChapitre 13 sur 19 · I.'y,ï(.)ll.K DU HKKCtKH · texte numérisé non relu

I.'y,ï(.)ll.K DU HKKCtKH

l'étoile du berger 313

parfois prétendre que ce sont là des idées va* poreuses, des rêveries imaginaires, et qu'il n'y a de vrai que la matière et Talgèbre. C'est là une appréciation erronée de la réalité. Les esprits les plus positifs qui savent sentir sentent comme Homère et Virgile. Un philosophe contemporain, que Ton n'accusera certes pas d'un trop vif penchant pour la poésie, le positiviste Littré, citant, à propos de l'Astronomie et de l'infini, ces vers de Lamartine :

Esprit de l'homme, un jour sur ces cimes glacées, Loin d*un monde oublié quel souffle t'emporta? Tu fus jusqu'au sommet chassé par tes pensées ; Quel charme ou quelle horreur à la fin t'arrôta ?

ajoute : « Ce qui l'entraîna, ô Lamartine, sur les cimes glacées et lui fit scnlir et exprimer d'une façon nouvelle les mystérieuses beautés de la nature, ce fut, bien que cela doive paraître étrange à beaucoup, ce fut là science, ou, en d'autres termes, le vaste agrandissement de la connaissance du monde. »

Et Ampère, esprit non moins positif que le

31i LKTOILK DU BERGER

laborieux et profond auteur du Dictionnaire, n'a-t-il pas écrit :

Heures de poésie, heures trop tôt passe'es, Que rétoile du soir m*apporte avec la nuit, Oh I ne me quittez pas sans porter quelque fruit, Sans éveiller en moi quelques nobles pensées.

La contemplation du ciel éveillera toujours en nous de «nobles pensées », elle apportera toujours, aux heures de solitude, un calme bienfaisant, une sérénité profonde, et lorsque, comme en cette charmante époque de Tannée, au-dessus du printemps et des nids, Té toile de Vénus brille de tout son éclat, accompagnée do ses sœurs du ciel, il est impossible de ne pas sentir que, tout imperceptibles que nous soyons dans l'infini, nous vibrons à Tunisson du grand être et faisons partie intégrante d'une immense harmonie.

Nous l'associons, la silencieuse étoile, à nos impressions personnelles, à nos sentiments intimes ; nous l'animons de nos pensées ; volontiers nous rogrollorions son absence.

sans pouvoir l'oublier, et nous dirions d'elle ce que nous disons d'un être regretté : « L'étoile peut être voilée par des nuages, mais toujours brille dans mon cœur le doux souvenir de sa beauté comme une lumière inextinguible. »

C'est là l'impression immédiate, instinctive, naturelle. Elle se développe, elle s'agrandit, elle se complète lorsqu'elle est éclairée par la lumière de la science moderne. Car bientôt, tout en contemplant Vénus, assis au bord de la colline, tout en suivant vaguement du regard son abaissement graduel et silencieux vers l'horizon lointain, notre pensée instruite s'envole plus loin que notre regard môme ; elle ne voit plus seulement un point lumineux, comme le voyaient les yeux aujourd'hui fermés des pasteurs de la Chaldée, des pontifes do rÉgypte, des prôtresses d'Athènes et de Home ; elle ne salue plus seulement la Vénus qu'iuvoquait la nymphe Égérie au bois de Numa, ou bien celle que les fresques de Pompé! célébraient aux jours de. la décadence des

316 l'Étoile du berger

légendes primitives ; elle voit plus loin et mieux; elle sait que c'est là un monde ana« logue à celui sur lequel nous vivons, de même volume, de même poids, un peu plus proche du Soleil, un peu plus rapide en son cours, un peu plus Iroubledans ses saisons, mais image du nôtre, par sa situation si voisine, par son atmosphère environnante, par ses montagnes, par ses jours et ses nuits, et sans doute aussi par la vie inconnue qui a dû se développer à sa surface comme elle s'est développée à la surface de la Terre. Oui, il nous est difficile de nous affranchir de Tidée si naturelle que, semblables par leur situation dans la famille du Soleil, Vénus et la Terre sont aussi deux mondes semblables par leur rôle dans Tunivers. Céleste patrie, elle gravite comme la nôtre dans le rayonnement du même Soleil ; c*est la même lumière qui nous éclaire, la même chaleur qui nous échauffe, la même attraction qui nous soutient et nous berce dans l'espace. Quel que soit son état physique et moral, quelle que soit la forme des êtres qui

la constituent, l'humanité de Vénus, si (comme toutes les lois de la cosmogonie conduisent à Tadmettre), elle est actuellement éclose à la surface de cette terre voisine, Thumanité de Vénus, disons-nous, est sœur de la nôtre; à travers la transparente immensité qui nous en sépare, nous la devinons et... nous cherchons presque des regards qui répondent aux nôtres. Peut-être les mêmes contemplations éveillent-elles les mêmes pensées chez nos voisins les habitants de Mars, car vu de là, le soir, après le coucher du soleil, le ciel offre des spectacles analogues à ceux qu'il nous offre à nous-mêmes. En certaines époques, on remarque aussi de là une étoile brillante qui trône majestueusement danslouest et qui descend en silence vers l'horizon occidental. Si on Tobserve à l'aide d'une lunette, elle présente des phases analogues à celles de Vénus. Sans doute, les contemplateurs se demandent aussi, là-bas, si cette blanche étoile est habitée, et, quoique probablement on ne nous y ait point encore découverts» les penseurs admettent

318 L ETOILE DU RERGEH

comme un principe de philosophie naturelle, qu'elle est habitée, qu'elle Fa été dans le passé, ou qu'elle le sera dans l'avenir. Cette planète, c'est la nôtre. Pour les humains de Mars, nous sommes « TÉtoile du berger ». Et sans doute, le langage primitif de tous les êtres n'étant aulre que la traduction sensible de l'impression ressentie, sans doute notre Terre porte-l-elle dans les langues de Mars les noms les plus élégants, et sa personnification mythologique joue-t-elle dans les légendes de cette humanité un rôle charmant et gracieux, féminin, coquet, mystérieusement associé aux impressions les plus agréables des sens, aux sentiments les plus intimes de la vie.

Ainsi se transmettent à travers le ciel, non les influences des astres, mais les pensées humaines elles-mêmes ; ainsi la connaissance astronomique de l'univers fait circuler entre les mondes une vie nouvelle, plus belle encore que celle de l'antique poésie. Peut*-être les communications entre les Iles de l'océan éthéré sont-elles plus réelles, plus complètes encore

que nous ne le croyons ; peut-être nos noonades pensantes, étant indépendantes du temps comme de l'espace, no s*endorment-elles jamais dans un inutile sommeil et prennentelles successivement possession des célestes ])alrjes.

Vues profondes sur l'éternel abîme, contemplations sublimes du ciel étoile, vous seules êtes vraies, tout le reste n'est qu'ombre. « La plénitude et le comble du bonheur pour rhomme, disait Sénèque, est de s'élancer dans lescieux. Avec quelle satisfaction, du milieu de ces astres où vole sa pensée, il se rit des mosaïques de nos riches et de notre Terre avec tout son or ! Pour dédaigner ces portiques, ces plafonds éclatants d'ivoire, ces fleuves contraints de traverser des palais, il faut avoir embrassé le cercle de l'univers et laissé tomber d'en haut un regard sur c^ globe minuscule. Voilà donc, se dit le sage, le point que tant de nations se partagent le fer et la flamme à la main ! Voilà les mortels avec leurs risibles frontières ! Si Ton donnait aux fourmis Tin-

3âo l'étoile du bergeh

telligence de l'homme, ne partageraient-elles pas aussi un carré de jardin en plusieurs pro« vinces ! Quand tu le seras élevé aux objets vraiment grands dont je parle, chaque fois que tu verras des armées marcher enseignes levées, et — comme si tout cela était chose sérieuse — des cavaliers tantôt voler à la découverte, tantôt se développer sur les ailes, tu seras tenté de dire : « Ce sont des évolutions « de fourmis, grands mouvements sur peu « d'espace. »

Et comme c'est toujours vrai! C'est l'Astro* nomie qui inspirait, il y a dix-huit siècles, le contemporain de Jésus, comme c'est elle qui nous inspire aujourd'hui, comme c'est elle qui fera toujours penser juste ceux qui en comprendront la haute et convaincante philosophie.

LES ÉTOILES, SOLEILS DE L*INFlNl

Page 1