LA SEINE A PARIS
Un jour (le lumière d'automne, à Paris, avant le coucher du soleil, je contemplais la Seine de la balustrade du pont de l'Institut, d'où la vue est parfois extraordinaire. Le couchant empourpré versait une lumière rosée sur les nuages moutonneux qui parsemaient l'azur, et cette lumière venant baigner l'atmosphère de la grande ville colorait d'un aspect magique les édifices inondés de clarté. Le fleuve, comme un large ruban, descendait lentement vers Touest, allant se perdre dans le vague lointain où se mariaient la lumière et l'ombre. A ma gauche, le dôme ombré surplombait les édifices, et plus loin, deux flèches gothiques perçaient le ciel. A ma droite, les fenêtres du Louvre, enflammées d'une illumination féerique, don-
naient à l'antique édifice une étendue démesurée; le bois sombre des Tuileries et les hauteurs vaporeuses d'une colline plus éloignée allongeaient la perspective jusqu'aux brumes deTborizon. Ce panorama présentait un double sens : c'était la grande idée de la nature planant sur le grand fait d'une ville humaine. Peu à peu, je me trouvai identifié à cette apparition de Texistence simultanée de la nature et de la ville, existence permanente et déjà vieille, mais dont le contraste ne m'avait pas encore frappé aussi vivement. Et comme je contemplais ce double spectacle, je suivais les mouvements apparents et réels de la nature. Le soleil descendait lentement derrière les collines, les nuées se coloraient d'une teinte plus rose, le fleuve coulait doucement vers la mer lointaine, l'air rafraîchi était traversé d'une brise semblable à une respiration : or ce mouvement général m'impressionnait, car il s'étendait dans ma pensée à la nature entière et me développait la circulation générale de la vie sur la Terre* Mais la cause prin-