LE SILENCE ET LA SOLITUDE DES HAUTEURS
C'est plutôt de la terreur que de l'admiration que nous inspire le spectacle de celte nature grandiose, car le silence qui règne de toutes parts écrase la raison humaine et l'cmpèche de perdre de vue sa petitesse en face de TinQni. L'aérostat lui-même glisse en si^ lence, comme s'il avait à craindre de troubler un pareil recueillement. C'est à voix basse que les habitants de la nacelle échangent leurs pensées ; ils redoutent que leurs confidences terrestres ne soient entendues par quelque
i52 IMPRESSIONS DE VOYAGES EN BALLON
génie inconnu. Chaijue mouvement fait gémir les cordages et trouve comme un double écho dans l'intérieur du ballon,
Auslère et effrayante, cette nature céleste nous attire, comnje le ferait Tablme ouvert SOUS nos pieJs si le fragile plancher qui nous en sépare venait à s'effondrer. Dans ces sphères ultimes, c'est une sorte de vertige do 1 infini. On aimerait errer toujours au-dessus do ces plaines sans fia.
Nous avons dépassé la hauteur de VOlympe^ de cette antique et solennelle montagne mythologique de Tliessalie, qui n a que 2 906 mé très d'élévation, et ne touche pas au ciel, comme le croyaieiît les contemporains d'Homère. La bulle de gaz à laquelle nous sommes suspendus flotte à 3 300 mètres de hauteur perpendiculaire au-dessus de la Loire *. .
L'aspect géométrique de la terre parait paradoxal. La terre étant un globe sphérique, il semble que, en s'élevant au-dessus de la sur^ face, on devrait avoir peu à peu la sensation
* 10 juia 18. «y sicpl heures du matin.