‹ Dans le far-west américainChapitre 2 sur 40 · À DANS LE FAR-WEST · texte numérisé non relu

À DANS LE FAR-WEST

parisien de plusieurs journaux de l’Amérique du Nord, et à M. Ribot, alors député du Pas-de-Calais, j'ai eu l'honneur d'être au nombre des invités.

Invité à parcourir les montagnes Rocheuses ! Tout lecteur de Cooper, de Mayne-Reid, l’Irving et de Catlin, comprendra ce que j'éprouvais en appre-.

nant cette nouvelle. Ma décision ne fut pas longue à prendre, comme vous pensez, et je me préparai à partir.

En même temps, M. le ministre de

l'instruction publique voulut bien me confier une mission. Il me chargea de visiter, autant que possible, les écoles principales des États-Unis. Je ne vous entretiendrai pas de cette partie de mon voyage, qui vous intéresserait sans doute moins ; d’ailleurs, mes ob-

servations ont été consignées dans mon rapport sur l’/ns/ruction primaire aux Etats-Unis, publié au commencement de l’année 1885.

Je partis donc en juillet, non pas du Havre, mais de Liverpool en Angleterre, par l’Adrzatic, beau bateau appartenant à la compagnie du White-Star, qui donnait aux invités de M. Rufus Hatch le passage à moitié prix. Nous avions, pour nous mettre en route, une mer calme et un ciel radieux, circonstance heureuse, car, si l’on s’embarque par un beau temps, on a bien des chances d'éviter le mal de mer pendant tout le trajet. Nous eûmes donc tout le loisir, pendant la première journée, d’observer les côtes accidentées du pays de Galles.

Le lendemain matin nous abordions à Queenstown, petit port du sud de l’Irlande, où nous devions rester jusqu’au soir. Après avoir écrit une dernière lettre d'Europe à mes parents, je profitai du temps qui était mis à notre disposition pour faire une course à pied et observer le pays et les habitants. Tout y rappelle étonnamment le sud de la Bretagne. Le paysage, les champs entourés de haies, le costume

des habitants, leur type de physionomie |

et leur accent celtique : tout aurait pu me faire croire que j'étais dans les environs de Pornic. Je causai longtemps avec quelques paysans ; sachant que J'étais Français, ils parlaient avec une:

franchise qu'augmentaient encore les copieuses libations par lesquelles ils se

rafraîchissaient de temps en temps. Je

fus vraiment effrayé de la haine farouche qu'ils montraient contre l’Angleterre : C’étaient tous des « ligueurs »

et 1ls paraissaient décidés à lutter Jusqu'à la dernière extrémité pour secouer le joug anglais ; tous les moyens leur semblaient bons, sans excepter le poignard et le poison. Avec quelle ardeur ils me demandaient si la France ne songeait pas à faire la guerre à l’An- gleterre! Avec quel désappointement ils entendaient mes réponses négatives! Pourtant l'Angleterre fait énormément pour améliorer le sort des rlandais ; mais ce n’est pas en quelques années qu’on détruit les effets d'une iniquité plusieurs fois séculaire.

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Le soir, nous disions à l’Europe un dernier adieu.

Il faut maintenant que je vous pré-

sente quelques-uns de mes compa-

gnons de voyage.

Voici d’abord le commandant du

bateau, le capitaine Jennings, vrai /oup

de mer dans la meilleure acception du

mot, aimé de son équipage et des passagers ; Ceux qui ont voyagé avec lui recommenceraient volontiers. Puis, voici mes compagnons de chambre :

mon compatriote, le baron A. Salvador, | correspondant du Æzgaro, et deux Jeu-

nes Anglais, MM. Kimber et Cowie —

quatre dans une cabine, cabine pour

six, il est vrai. Puis M. et Mme

.Neate, couple anglais très aimable, avec

Miss R. Gray ; le docteur Vermont, journaliste de Vienne, très savant, mais insupportable ; M. Berger, de Berlin, que sa santé devait empêcher de beaucoup Jouir du voyage ; Mme et Mile Puleston, femme et fille d’un député anglais, qui devaient « représenter la Chambre des communes »

au Pare national; et Lord Hedly, seigneur irlandais qui représentait l’aristocratie. Parmi les passagers ne faisant pas partie de l’expédition, Je ne nommeral que le général N. Church, que sa verve intarissable et ses: plaisanteries sans nombre nous firent surnommer « docteur ès farces ». Sur l'avant du bateau se trouvalent un très grand nombre d’émierants irlandais, transportés à très

bon marché, qui allaient chercher for-

tune en Amérique.

Beaucoup de personnes se figurent

qu'une traversée en bateau doit être mortellement ennuyeuse et monotone.

Il n’en est rien. Dans notre temps d’activité fiévreuse, c’est déjà un grand

plaisir que de pouvoir flâner un peu

sans remords, quand il n’y a guère

moyen de faire autrement. Et nous

nous en donnions, de flâäner ! Les plus

graves d’entre nous n'avaient pas

honte de passer des heures, sous la

direction de M. Church, à hasarder des.

calembours ou à deviner des rébus. Un de ces exercices surtout avait pour nous un grand attrait : c'était de des-

siner, les yeux fermés, un petit cochon,

et de tâcher de lui planter un œil au

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