‹ Dans le far-west américainChapitre 3 sur 40 · PET SALE OP · texte numérisé non relu

PET SALE OP

milieu de la tête. Essayez, vous verrez que ce n’est pas facile du tout. On jouait aussi à plusieurs jeux, entre autres les guotts, jeu d'adresse anglais, qui ne manque pas d'intérêt. Nous pouvions aussi profiter d’une belle biblothèque, qui était à notre disposition, ainsi qu un bon piano, ce qui nous donna quelquefois l’occasion de faire de la musique. On essaya même de danser; mais il faut avouer que le mouvement du bateau n’était pas propre à favoriser cet exercice. Les émigrants, eux, S'arrangeaient pour danser quand même, et le soir, c'était pour nous une grande distraction que de les regarder et d'écouter leurs chants.

Après le dîner, nous faisions souvent une promenade sur le pont, au clair de

j'dis e 0: ACACER OR ta

lune. Et comme on fait vite connaissance en voyage, et que sur un paquebot il ne règne aucune espèce de gêne, on passait le temps très agréablement.

En outre, la mer offre un spectacle monotone parfois, mais d’un attrait toujours irrésistible. D'ailleurs, des troupes de marsouins, parfois une baleine ou un requin, venaient nous distraire ; ou bien c'était un navire qui se croisait avec le nôtre, ou encore, le soir, la phosphorescence des vagues.

Comme la traversée dure dix jours environ, on passe nécessairement un dimanche sur mer. Ce jour-là, sur les bateaux anglais, tout travail non indispensable est suspendu. Il y a en outre un service religieux dans le salon, célé-

bré par les officiers, ou par un pasteur,

s’il s’en trouve un à bord. Ce service m'a toujours paru particulièrement solennel, surtout le chant du cantique

Pour ceux qui sont en danger sur la

mer (air du n° 108 des Cantiques popu-

laires). Quand on est soi-même ballotté sur les vagues, on sent mieux

combien on est entre les mains de

Dieu, et ce cantique produit une puissante Impression.

Bien que les passagers de lavant

puissent assister au service, il en est.

assez peu qui en profitent. J’eus l’idée

d'organiser pour eux une petite réunion.

populaire, dans le genre de celles qui se tiennent dans les faubourgs de Paris.

Kimber et Miss Gray s’offrirent à m'y aider, etle capitaine se montra enchanté de notre idée. Malheureusement, vers

D + ne a ee) LOS né de pee + en

midi, le ventse mit à fraichir, le bateau commença à danser ; mes compagnons furent pris d’un malaise particulier, qui présentait tous les symptômes précur-

seurs du mal de mer : il me fallut me ‘rendre tout seul sur l’avant (au fond,

avouons-le, je me sentais un peu mal à l’aise aussi), et je trouvai, pour les mêmes raisons, un auditoire bien diminué. Nous eûmes néanmoins une bonne petite réunion. Je ne me souviens pas de ce qui s’y est dit, et Je Sais encore

moins ce qui en est resté; mais, , quand nous n aurions fait que donner à

ces pauvres gens une marque de sympathie chrétienne, notre temps n’aurait pas été perdu. Non Le vent se calma vers le soir, et le lendemain le temps fut superbe ; mais

Ve :

le mardi il Y eut presque une petite tempête — half a gale, disaient les matelots. Cette fois tout le monde étail aguerri, il :n'y eut presque pas de - malades ; nous pûmes admirer tout à notre aise le magnifique spectacle de la mer en colère. Le soir surtout ce fut quelque chose de superbe : la mer était phosphorescente, de sorte que chaque vague d’écume blanche lançait des milliers d’éclairs ; le vent sifflait dans les cordages, faisant avec lebruitdes vagues

un concert auprès duquel la plus belle

- musique humaine n'est rien ; le bateau dansait sous les pieds, et on sentait la brise vivifiante et salée vous pénétrer par tous les pores. Malgré le froid, Je restai longtemps sur le pont, plongé dans une véritable extase d’admiration.

Nous approchions des bancs de Terre- Neuve. Là, comme cela arrive presque toujours, nous fûmes pris par les brouillards. Ga, ce n’est pas drôle. Le bateau ralentit sa course, de peur d’en heurter d’autres, ce qui serait facile.

Pour prévenir ceux qui pourraient être sur la route, on fait résonner toutes les deux minutes le sifflet d'alarme, au son pénétrant et tout à fait lugubre.

Avec cela, ce brouillard, épais à « cou- :

per au couteau », vous pénètre d’une:

humidité très désagréable. Disons à la décharge de ce même brouillard qu'il:

nous procura l’un des plus beaux couchers de soleil qu’on puisse imaginer, un soir qu'il se retira tout à coup comme un rideau qu’on ouvre et s'enfuit en

, ÿ une masse noire vers le nord-ouest.

Nous aurions bien voulu rencontrer, — sans le heurter, bien entendu — un iceberg, c’est-à-dire une montagne de glace flottante ; il en arrive souvent sur les côtes de Terre-Neuve, et même plus au sud. Mais notre trop prudent capitaine avait su les éviter, à notre srand regret.

Notre traversée touchait à son terme.

Le vendredi malin, comme Je termi-

nais une lettre à ma famille, nous en-

tendîmes retentir le cri de: Land over there (1) ! En effet, dans le lointain on apercevait une côte aride et sablonneuse ; c'était la pointe de Sandy Æook,

Bientôt parut le bateau pilote chargé

de nous conduire dans la baie ; laissant

(1) Terre là-bas !

sur notre gauche la belle île boisée de Staaten, Sur la droite l’île Longue, nous

avançâmes rapidement vers New-York.

À trois heures de l’après-midi nous débarquions sur la côte américaine.

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