‹ Dans le far-west américainChapitre 33 sur 40 · SE OT · texte numérisé non relu

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sieurs vaches, et d’un bon nombre de veaux et de génisses. À mon approche, ils baltaient toujours en retraite, le taureau se mettantentrele troupeau et moi, pour défendre sa famille au besoin.

Mais d'hommes ou d'habitations, je ne voyais nulle trace. La Journée entière se passa ainsi. Le soleil commençait à baisser, je me demandais s’il me fau-

drait encore passer une nuit dans la

solitude, et je tremblais à la pensée que mes allumettes, après leur bain du

matin, me refuseraient peut-être leur

service.

Enfin, un peu avant le coucher du soleil, J'aperÇçus, à une certaine distance devant moi, quelque chose qui avait l’air d'avancer. C'était un chariot de montagne, traîné par deux che-

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arms pe rer ;

vaux et monté par un homme! Je m'élançai à sa rencontre :

« Je suis perdu et je meurs de faim, m'écriai-Je : pour l'amour de Dieu, donnez-moi à manger. » :

L'homme arrêta ses chevaux, me regarda attentivement, proféra, du ton le plus flegmatique du monde, une formidable bordée de jurons, puis déclara qu'il n'avait rien à manger — excepté un bout de lard et quelques crêpes. « Mais cela vaut mieux que rien, ajouta-t-il : voilà, mangez et soyez le bienvenu. »

Je ne me fis pas prier, et les provisions de ce brave homme disparurent en un clin-d'œil, tandis qu’il me re-

gardait faire avec une satisfaction évi-

dente, disant, toujours avec force Jju-

rene dti

rons, qu’il savait par expérience ce qu’on éprouvait à rester quelques jours sans manger.

Quand mon appétit fut un peu calmé, mon interlocuteur me demanda mon histoire, et me renseigna sur ma situation. Il me dit que j'étais sur la rive gauche du Bighorn, un peu au-dessous de l'embouchure de l'Ow/ Crik ; la route que J'avais suivie menait à Washaki, dont nous étions éloignés de 30 à 39 lieues.

« Puisque vous allez à Washaki, ajouta-t-il, votre affaire est bien simple, car la route est carrossable tout du long ; il n'y a pas à se tromper. Et pour cette nuit, J'ai aperçu sur l’'Owl- Crik un camp de cowboys : allez-v, vous y serez bien reçu. »

Il n’y avait pas d'autre parti à prendre. Je connaissais trop bien les mœurs de l’ouest pour offrir quoi que ce soit à mon libérateur; Je me contentai de le remercier cordialement, et me dirigeai vers l'endroit qu’il m'avait indiqué.

Bientôt le camp m'’apparut. Il se composait d’un chariot de montagne, autour duquel paissaient plusieurs che-

vaux demi-sauvages, d’un assortiment

de couvertures, de peaux de bêtes,

d'armes et d'objets divers, et d’un superbe feu de camp, auprès duquel cuisaient plusieurs morceaux de viande, quirépandaient une odeur appétissante.

Plusieurs hommes, en costume demieuropéen, demi-indien, étaient dispersés autour du feu,

« Hé! l'étranger, me crie l’un d’eux,

d’où donc arrivez-vous ?

— Je viens des montagnes, dis-je,

où J'ai failli mourir de faim. Pouvez-

vous me donner un morceau à manger

et une place au feu de camp pour la

nuit ?

— Certainement. Le dîner va être

prêt, asseyez-vous. »

Je prends place auprès du feu, et

bientôt nous nous mettons «à table ».

Tout en mangeant, on faisait un peu con-

naissance. Mes nouveaux amis étaient

des cowboys, sorte de gauchos du Nord,

dont le métier consiste à « soigner »

les troupeaux de bœufs. Les soins qu'ils

leur donnent sont des plus élémentai-

res. Chaque année, on parcourt la mon-

tagne, on prend au /asso ou nœud cou-

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lant les jeunes animaux, et on leur fait au fer rouge une marque spéciale qui sert à en faire reconnaître le propriétaire. A un autre moment, on pousse les troupeaux dans des corrals ou enclos, pour choisir ceux qui seront envoyés sur les marchés.

Il arrive quelquefois que des incertitudes s'élèvent au sujet des jeunes animaux qui. ne portent encore la

marque d'aucun propriétaire. Alors ce

sont des disputes, des batailles entre cowboys, qui se terminent rarement sans effusion de sang, car ces hommes passent pour les plus grossiers et les plus sauvages de toute l'Amérique, sans en excepter ni les mineurs ni les Indiens.

Pendant leur séjour à la montagne,

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ces hommes gagnent 8 ou 10 francs par jour, avec « la nourriture et le logement »; mais tout ce qu'ils ont gagné est dépensé en quelques jours quand ils arrivent à la ville.

La troupe que j'avais rencontrée était occupée en ce moment à marquer les veaux de l’année; elle était au service d’un métis indien, du nom de John Luman, qui ne savait pas même lire, mais qui possédait une grosse fortune, — 7 ou 8,000 têtes de bétail — et un

grand nombre de cabanes répandues

sur les bords du Bighorn.

Cet homme avait avec lui son beaufrère, Frank Ecoffey, natif de la Suisse romande, qui avait, comme Luman, épousé une indienne Dâkotà et qui demeurait comme lui à Lander, près de

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Washaki. Puis le fils de Luman, gamin de dix ans, au type franchement indien, qui portait déjà un revolver sur la hanche, et passait son temps à attraper au lasso les chevaux de son père, ou, à leur défaut, ses compagnons. Ces trois personnages étaient les seuls chez lesquels on pût discerner quelque faible trace de civilisation; les autres étaient de véritables sauvages, de vrais bandits, presque tous des métis d’Indiens; il y avait même un Indien mexicain pur

sang.

Naturellement, on me demanda mon histoire. Mon jeûne forcé de deux jours | parut une petite affaire aux cowboys, qui en avaient tous vu bien d’autres; mais l'aventure du serpent à sonnettes les égaya beaucoup. Ce fut bien autre chose

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