‹ Dans le far-west américainChapitre 8 sur 40 · SR IE I PO · texte numérisé non relu

SR IE I PO

après avoir pris une tasse de thé, Je reprends le chemin de la maison assez tristement.

«A un mille de la rivière, près d'une clairière, j'entends un craquement. Je regarde, j'écoute, et après deux minutes de grande émotion, Je vois entrer dans la clairière un splendide cerf. Le bel animal fait quelques pas, puis il s'arrête, regarde, renifle dans ma direction. Un moment après, m'ayant flairé probablement, il filait ; mais mon cher petit fusil Winchester faisait : boum ! :

« Le pauvre animal ne fit qu’un bond de quatre à cinq mètres et retomba raide mort! — Allons, l’émotion ne m'a pas fait trembler. Dire ma joie serait superflu !

« Après avoir saigné mon animal, Je le contemplai avec l'amour d’un chasseur qui, pour la première fois, voil tomber à ses pieds une si grosse pièce.

Il ne me restait plus qu’une chose à

faire, mais elle n’était pas facile : transporter mon gibier à neuf milles de là.

J'avais bien ma veste de chasse, mais Je craignais de la salir ; et puis enfin, Jene pouvais pas tout emporter. Le cerf avait à peu près la taille d’un double poney ou d’une vache moyenne ; son poids était beaucoup trop fort pour un homme seul. Je, n'avais pas de corde et ne pouvais pas suspendre ma proie à quelque grosse branche. Que faire ? Évidemment, si je m’en allais, il ne se passerait pas une demi-heure

avant que les loups ou les renards ne

vinssent dévorer mon butin! J'étais fort embarrassé, quand je me souvins d’avoir lu quand j'étais plus jeune, dans

je ne sais quel livre de Mayne Reid,

la description du /ruc suivant.

« Après avoir coupé un bon morceau de mon cerf pour l'emporter tout de suite à la maison, je recouvre ma bête d’une couche de feuilles et de terre d’un centimètre à peu près, en faisant émerger la tête. Au-dessus, avec des branches de noisetier, dont j'enlève

l'écorce, je fais une sorte de berceau.

Pendant plusieurs jours les animaux voraces croient, paraît-1l, que c’est un piége, et 1ls n’approchent pas.

«Mon procédé fut très efficace, car le soir nous avons trouvé une grande quantité de traces, mais toutes à un

bon mètre de distance du berceau.

« J’arrivai à la maison à deux heures ; tout le monde essayait de lire sur ma figure le résultat de mon expédition.

Je pris une mine déconfite. Alors Mme Brown me dit: «Ah ! rien encore!

Je ne sais pas ce que je peux vous offrir à diner, nous avons fini le porc hier soir; toujours du pain et du beurre ! — Oh ! merci, ne vous dérangez pas: une tranche de cerf me suffira bien! » — Et je tire de ma poche quatre bonnes livres de viande saignante.

« Une photographie instantanée au-

rait donné un tableau bien comique! — En dix minutes le morceau de cerf était grillé et avalé.

__« Après ce répas succulent, nous

nous rendons chez un voisin, à un mille ou deux, chercher un-bœuf de trait.

Trois heures après, le cerf était amarré sur le dos du bœuf au moyen d’une sorte de bât fait de grosses branches,

et à la nuit tombante on était à la mai-

son.

« Le lendemain, dépouillement et salage. La balle avait frappé l’animal en plein cœur et fait un trou de deux centimètres de diamètre. Mes amis auront une ressource pour l'hiver. J'ai donné les cornes à M. Brown pour orner le salon, qui servait en même temps de salle à manger et d'office.

« Hélas ! je ne pouvais pas continuer plus longtemps à savourer les émotions du chasseur. [Il fallait songer à me rendre à Marshtown, pour y étudier

chez un ami la manière d'installer un ranche (établissement d'élevage en grand). Je dis adieu, non sans grand regret, à la famille Brown, en leur promettant de revenir les voir. Après divers incidents, j'arrive à Stonewall par une froide matinée du mois d’octobre. Je prends une voiture qui, moyennant huit dollars, parcourra volontiers avec moi les quarante milles qui séparent Stonewall de Marshtown.

La première moitié du chemin se fait assez bien, car la route, ou plutôt le sentier, n’est pas trop mauvais ; nous entrons ensuite en plein désert et 1l faut se diriger à travers la prairie.

« Vers sept heures du soir, ne voyant rien à l'horizon, nous supposons que nous nôus sommes trompés de che-

min. — Nous rétrogradons et nous nous égarons de plus en plus. — La nuit venait rapidement et une bonne petite pluie froide commençait à tomber! On juge de la jolie perspective d'un campement nocturne dans ces conditions agréables! Sous la voiture, Je trace de souvenir une carte, et avec ma boussole nous cherchons à nous orienter. Nous décidons que nous allons tenter une dernière épreuve avant d'allumer notre feu de nuit. Cette épreuve consiste à aller-vers l’est. Dans cette direction nous devons, en cas

d'impossibilité de découvrir la piste

allant au nord, nous arrêter au bord de l’eau. À neuf heures, les chevaux n’en pouvant plus, nous distinguons une

lueur à l'horizon. — Nous allons droit

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dessus; mais c’est au bord du lac, et avant d'y arriver 1l faut patauger pendant une heure dans la vase et les roseaux. À chaque instant nous nous demandons si nous n’allons pas en plein dans le lac. Par une nuit noire, une promenade de ce genre manque de charme; j'ai maudit plus d’une fois les ténèbres, pendant cette excursion | Enfin nous approchons de quelque chose: c'est un campement; on voit du feu ! — Mais voilà mon automédon pris d’une terreur bleue et qui me dit: « Ce sont des Indiens! vous parlez français? Ah! tant mieux!

criez-leur quelque chose, parce que ces gas-là n'aiment pas beaucoup les Anglais. » ) |

« Je descends de voiture et me

dirige vers le feu, et là j'aperçois les Indiens qui arrangent leurs filets.

« Suivant le conseil de mon cocher,

Je leur crie : « Bonjour, amis! Je suis perdu, savez-vous où nous sommes ? »

— Pas de réponse ! — Un d'eux se détache du groupe et vient me serrer la main. Je vais serrer la main aux trois autres ! — Toujours pas un mot. Je ne dis rien non plus, et Je me sèche au feu. J’atiends cinq minutes. Alors le premier me répond, dans un français passable, que nous sommes tout juste à l’ouest du lac, près d’une maison où je peux aller passer la nuit, et il m'en indique la direction. Je remonte en voiture, et, toujours pataugeant pendant un mille environ, nous arrivons

près d’une petite habitation, senre

log-cabin, où nous demandons l’hospitalité. | |

« Les hôtes du logis étaient: un homme, sa femme, deux enfants, un chien et un chat. L'homme met nos chevaux dans l’étable, et la femme, oh bonheur ! nous prépare à souper. Je te garantis que j'ai avalé avec plaisir quelque chose de chaud. La maison se composait d’une seule pièce assez pelite. Nos hôtes, malgré toute ma résistance, nous forcent à prendre leur lit. L'homme et la femme se font un lit par terre, les enfants dormaient déjà dans un coin. Dans cette pièce de douze pieds sur quinze, nous avons donc couché, mon cocher et moi (ah! douce égalité du malheur !), notre hôte et sa femme, les deux en-

fants, le chat et le chien. Je n'ai pas beaucoup dormi.

« Le lendemain à cinq heures nous partions avec de bonnes indications pour la route. Nos hôtes n'avaient voulu accepter que nos remerciements. Et voilà comment à huit heures du matin

je faisais mon entrée à Marshtown. »

NT

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