‹ Dans le jardin de Sainte-Beuve, essaisChapitre 10 sur 11 · et 16 décembre · texte numérisé non relu

et 16 décembre

310 DANS LE JARDIN DE SAtNTE-BEÙVË

jour : «Vous vengerez ces hommes (les solitaires) dé grande vertu et de grand talent des injustices de M. de Maistre qui les a sacrifiés aux Jésuites, si audessous d'eux à tous égards... Sans parler de Pascal, qu'est-ce que ces gens-là près d'Arnauld, de Nicole et de tant d'autres, moins connus et que vous ferez connaître? >

Dans cette étude trop brève, il est à peu près indifférent d'étudier les circonstances extérieures de ce cours. Il suffira de rappeler que nul cadre peut-être ne pouvait aussi bien favoriser l'étude d'un tel sujet et que, dans cette charmante petite ville de Lausanne, si joliment grave, si sagement protestante, il devait rencontrer Vinet. Celui-ci le conseilla parfois dans ses recherches, lui indiquant certaines nuances morales qu'il n'eut garde de dédaigner. Mais ce qui importe, c'est l'œuvre. Ce qu'il convient d'étudier, brièvement, à mon regret, c'est ce cours lui-même, qui, suivant l'expression d'un maître, est « un modèle de la manière d'écrire l'histoire littéraire et peutêtre le chef-d'œuvre de la critique française au XIX" siècle K »

Le chef-d'œuvre ne satisfait sans doute pas absolument aux promesses du titre. Il ne constitue pas une histoire de l'Abbaye et des doctrines de Port-Royal. Il est, suivant les goûts, plus ou moins conforme à la foi janséniste. Mais sa beauté éternelle, c'est de nous présenter la vie de ces solitaires de Port-Royal, des « Messieurs » qui, plus que les propositions de Jansénius, firent la gloire du Jansénisme.

C'est, dans ce livre, composite par excellence et cependant admirablement composé, qu'apparaît enfin la véritable maîtrise de Sainte-Beuve. C'est, grâce h cette œuvre, que nous pouvons parfaitement prendre

Page 1