Sainte-Beuve, 2 vol. ; « Mercure de France
tiir auteur des Lundis devint l'élève de Chasles. lui-ci avait un fils qui avait quelques années de i^ que Sainte-Beuve. Le jour où notre écolier lui am^né par son oncle et sa mère, il pria Phila- '^ — car c'était lui — de leur donner à tous trois '3 idée de ses connaissances, et Philarète, monté • une table, se mit à déclamer, sans aucune défailice de mémoire, tout un chant d'un poème. an ti- \ latin ou grec. »
L'entant avait mieux que de la mémoire, on le I, et le maître était heureusement capable d'un Ave enseignement. Il doit être beaucoup pardonné i Tancien chanoine pour avoir au moins contribué à ormer ces deux grands esprits, qui s'appelèrent Phila- •ète Chasles et Sainte-Beuve. Auprès de lui, les deux infants prirent ce goût des humanités, qui devient facilement une passion, avec l'âge. Ils lui durent un peu, ce qui est mieux encore, de cette liberté d'esprit dont il avait eu une part trop grosse, pour son malheur, dans l'existence. Elle devait se trouver s harmonieusement distribuée en ses élèves. Bien (1 de détruire l'économie de leur intelligence, elle devait la rehausser. Aussi, Sainte-Beuve regardait-il comme un des plus doux moments de sa vie, ces heures juvéniles d'humanisme et de raison, qui, pour s'être présentées au seuil de sa véritable formation intellectuelle, avaient contribué peut-être à l'orienter pour jamais.
Pour le curieux qui se plaît à reconstituer ces grandes existences littéraires, avec un rien de cette bonhomie admirative qui fait l'agrément du Plutarque, traduit en notre langue, c'est un délicieux souvenir à reconstituer, que cette visite de l'oncle et du '^"veu chez le savant régicide. Elle a bien sa place re l'excessif débraillé des gens de lettres du !!• siècle et l'excessive niaiserie d'attitude des
pontifes du romantisme. J'éprouve même un véritable regret que cette scène ne nous ait pas été conservée par la gravure. Le sujet en eût été sans doute vulgarisé, mais, néanmoins, il n'eût pas manqué de caractère.
Pour la rentrée des classes, Sainte-Beuve fut inscrit à l'une de ces pensions qui envoyaient leurs élèves suivre les cours des lycées. Pendant les cinquante ou soixante premières années du xix^, ce furent elle^ qui fournirent à l'Université ses meilleures gloires — depuis le grand critique jusqu'à Taine.
De la pension Landry, il venait suivre les courï de Charlemagne. A l'ombre de la vieille église Saint- Paul et Saint-Louis, il fit de nouveau, dans le vieus lycée aux cours moroses, sa troisième, sa seconde et une rhétorique. Ce fut dans celte classe qu'il eul comme professeur Dubois — le fondateur prochain du Globe et l'une des influences de sa vie, au moment où elle s'orienta. Elle apparaît comme la tran sition et le lien entre celles qu'il subit comme élève et celles qu'il accepta comme homme.
La première des influences viriles qui le marquèrent fut celle de Daunou. Elle s'exerça, de façon accidentelle, pour ainsi dire. Elle n'en semble pas moine une des plus importantes. J'irais volontiers jusqu'à dire qu'elle fut, avec celle de son père et de Chastes la plus importante. Ce fut par elles qu'il acquit le sens du xviii« siècle et qu'il en continua glorieusement la tradition parmi nous.
Daunou, pour le jeune homme qui arrivait de sa province, incarnait en effet le talent qui a triomphé. Encore que son étoile eût un peu pâli, il demeurait, pour un Boulonnais ambitieux, intelligent, et ami des lettres, une des gloires de la ville natale. Lorsque Sainte-Beuve fit sa connaissance, en 1819, il était re-
âAlNTE-BEUVE "^^1
de la politique et vivait au milieu des spéculaus de l'école seosualiste. Il s'oc(;upait aussi des liives de l'Empire et recevait chez lui la plupart idéologues, qui avaient survécu à l'Empereur, r grand ennemi. Son commerce était plein de irmes, amène et savant. Une douceur légèrement icale se traduisait pour ses amis en politesse et serviabilité.
.0 milieu était, ;\ souhait, sceptique et, néanmoins,
e haute moralité. Pour le jeune provincial, fraî-
hement débarqué, l'accueil de Daunou constituait
3 meilleur appoint possible. Dans cette société,
I se fit des relations et une expérience. Il se trouva,
•n contact direct, avec les savants à qui les maîtres
le la pensée française du xviii» siècle avaient trans-
nis le flambeau. Auprès d'eux, il rencontra ainsi la
mre tradition philosophique d'Helvétius et de Con-
hllac; et il racontait lui-même, par la suite, que
•ette éducation buissonnière l'avait empêché de
" ndre goût au cours que lui faisait officiellement
Damiron. On peut l'admettre sans peine.
Il trouvait une volupté plus parfaite à se rendre
'îux cours de Magendie, de Robiquet et de Blain-
v'ille, au Palais-Royal où M. de Tracy l'avait amené.
H apprenait la physiologie, la chimie et l'histoire
naturelle. En même temps, il lisait les mémoires révo-
onnaires, recueillis d'une manière impartiale, ceux
M"»* Campan et de M'°« Roland^ ceux de Rabaud-
Saint-Etienne et de RioulTe, d'autres encore, tous
ceux parus à cette époque, et il contrôlait, auprès des
survivants de la tourmente révolutionnaire et de
" opée impériale, ces témoignages. Le 3 novembre
^. ayant terminé ses classes, il prenait sa première
riptioo de médecine.
Toutes ces influences l'avaient préparé pour les travaux intellectuels. Vers 1820, en un temps où Ton faisait encore de fortes études classiques, il avait été un de ceux qui avaient le mieux profité. D'autre part, les relations qu'il avait eu la chance de nouer, lui avaient ouvert l'esprit sur beaucoup de sujets spéciaux. Il semble même qu'à ce moment, il ait eu une hésitation sur le choix de sa carrière. Les sciences naturelles et physiques, amoureusement observées et rigoureusement déduites par tous les hommes remarquables qu'il fréquentait, exerçaient sur lui uc attrait, à peu près aussi puissant que les bonnes lettres. C'étaient peut-être lesconseils de M. Destutt d( Tracy qui venaient de le décider à choisir la carrièn médicale. De même, la sollicitude pratique d( M""» Sainte-Beuve à son égard, avait eu vraisembla blement aussi sa part dans cette décision. Mais cett( femme, qui était de race romanesque, avait transmis presque contre son gré, un sang trop ardent à soi fils pour qu'il se contentât de ces froides études. I existait dans le cœur du jeune homme des aspiration; trop fiévreuses pour qu'il s'adonnât uniquement i l'étude de la science.
11 y avait à peu près un an qu'il avait commenc» ses études médicales, lorsqu'il vint trouver son anciei maître, M. Dubois. Celui-ci avait fondé le Globe quelques semaines auparavant. Les premiers numé ros s'étaient trouvés très favorablement accueillie La part de rêve et d'espoir ambitieux, qui frissonn à tous les souffles, dans notre cœur de vingt ans s'exalta chez Sainte-Beuve à cette nouvelle. En com
iiçant ses études scientifiques, son enthousiasme lit uniquement envisagé les beaux côtés de cette
1.'. Au bout d'une année, il portait déjà des raniirs qu'il se sentait le besoin de crier, pour se souiup^er et trouver un conseil.
Dubois a lui-môme conté cette scène, où se peint à merveille la première désespérance romantique de Joseph Delorme. « J'étais malade et au lit, et le jeune homme assis à mon chevet me peignait ses dégoûts, et cependant la nécessité d'un état, ses rêves littéraires, l'impossibilité de s'y livrer. Je le relevai et, sans le précipiter dans la carrière'si hasardeuse de la presse, où la persécution m'avait jeté, je lui prêchai la constance dans sa profession de médecin, en lui montrant des heures possibles à réserver, au moins longtemps encore, comme une prière et un culte à son dieu secret. De confidence en confidence, le Joseph Delorme, que nous avons connu depuis, se révéla tout entier: une sombre mélancolie, une volupté toute sensuelle et triste dans les satisfactions, une imagination suscitée par l'élan lyrique de tous les grands poètes nationaux ou étrangers, tous emportés dans le même mouvement, les doctrines d'Helvétius et de Hobbes, dévoraient cette jeune âme. Ma philosophie déiste, puisée dans Rousseau, habituée à l'optimisme et à la réalisation chrétienne, s'attendrit et attendrit en môme temps l'élève qui se confessait à son ancien maître. Je lui proposai alors de s'essayer au Globe.,. »
C'est à la suite de cette conversation que Sainte- Beuve débuta dans les lettres. De point en point, il
ivit — au moins pendant quelques années — les ..oiiseils de sagesse que lui donnait son ancien maître. Jusqu'à la fin de 1827, il prit èes inscriptions en médecine: c'est môme pendant ces années d'études qu'il eut « l'honneur d'ôtre roupiou sous Dupuytren ». Concurremment, il donnait au Glohe ses premiers
articles, que Dubois a admirablement jugés au courj de ses Souvenirs : « La main du jeune écrivain su façonna vite... Le style de Sainte-Beuve se monlrali là ce qu'il eût dû rester toujours, et ce qu'il es redevenu depuis les Causeries du Lundi, avec um liberté, une grâce, une sobriété supérieures, précis ferme et dégagé de toutes ces fausses recherches el de ce luxe d'images un peu empâté qu'il contracte dans son passage à travers l'école romantique el dans le commerce des Hugo et du Cénacle... »
Mais il trouva, dans ces essais d'amateur, un encou ragement tel, qu'il délaissa bien vite complètemen' la médecine. De la fin de l'année 1824 à la révolutioi de Juillet, il fut le collaborateur assidu du journal
Lorsqu'on relit ses articles de ce temps, ils semblent aujourd'hui encore d'une belle tenue littéraire Quelques-uns même sont déjà remarquables. Retrou vés manuscrits, ils eussent pu paraître les brouillon^ de quelques-uns des futurs Lundis. Tour à tour, ilj traitent les sujets les plus variés. L'écrivain a déj^ la charmante variété de thèmes qui constituera, ai temps de sa gloire, sa meilleure autorité sur le public. Tel article est consacré à des mémoires; te autre, à des récits de voyages. Certains encore traitent d'œuvres purement littéraires, rééditées ou nou velles. Et, comme avant qu'ils ne fussent imprimés Dubois les relisait toujours, c'est peut-être à ce contrôle sévère que Sainte-Beuve doit d'avoir acquis cette conscience inflexible qu'il apporta toute sa vie à son métier d'écrivain. Ainsi, un jour viendra où. maître à son tour, il pourra écrire à son ancien directeur, sans aucune flatterie, que les années passées auprès de lui «ont été « descelles où l'on a acquis ce que l'on ne fait plus ensuite que prolonger et séparer au dehors ».
En vérité, c'est bien au cours de cette période de
ollaboration fidèle au Globe que son apprentissage
e termina. Il devait i\ M"»^ Sainte-Beuve l'état d'âme
omanesque et mélancolique, pour mieux dire fémi-
lin, qui le disposera au romantisme. Aux reliques
ntellectuelles de son père, à Chasles, à Daunou et à
on cercle, reviendra le meilleur de sa pensée, gardé
)ur de toute folie romantique. A Dubois, à sa disci-
)line un peu lourde, mais judicieuse, il doit mainte-
lant de savoir écrire. Pour connaître le Sainte-Beuve
nûri, auprès de qui nous nous attarderons plus volon-
iers, il ne nous reste 'plus qu'à l'accompagner dans
sa vie, au cours de la période qui va de 1828 à 1839 ^.
Entre ces deux dates,il souffrira beaucoup, connaîtra
les grandes angoisses sentimentales et spirituelles.
Mais il ne gardera de ces aventures douloureuses
qu'un souvenir charmant, grâce auquel il deviendra
le conteur qu'écoutent de préférence aujourd'hui, les
lettrés et les gens de goût, ses cadets d'expérience.
Tous les articles que Sainte-Beuve avait publié au Glohe correspondaient à cette période de tâtoninements, pendant laquelle un écrivain se cherche 'lui-môme. L'occasion et l'actualité lui fournissaient à peu près uniquement ses sujets. Dans le nombre cependant, il s'attachait plus particulièrement à certains, qui satisfaisaient à la fois son goût et sa curiosité. C'est ainsi que quelques-uns d'entre eux avaient été consacrés à des réimpressions d'œuvres du x\i* siècle, ou à des commentaires les eoncernant. Dès ce moment, il semble s'être plu notoirement à. étudier cette époque.
V peu près vers le môme temps, par une coïncidence ireuse, l'Académie proposait pour le prix d'élo-
.. Août 1828: Tableau historique et critique de la poésie française et du théâtre français an XVl" siècle — 1837-1838 : Cuis <1.> Saiiitc-Hcuvc à Lausanne SUT Fort-Royal.
quence, un discours sur l'histoire de la langue et de] littérature françaises, depuis le commencement di XVI® siècle jusqu'en 1610. Au cours d'une de ses eau séries avec Daunou, le vieil Oratorien défroqué, l'éru dit passionné engagea son compatriote à prendre par au concours. Le jeune homme accueillit le conseil mais selon son tempérament. Ce serait en effet ma connaître Sainte-Beuve que de penser qu'il fut jamaii susceptible de participer à un tournoi d'éloquence Il y avait en lui un fonds trop solide, dès 1827, pou se contenter de traiter un sujet d'histoire littérair* par la rhétorique : de plus, dans son art, il eut tou jours un besoin de flâner qui nous a valu ses œuvrer les plus admirables.
L'eût-il voulu, d'ailleurs, qu'il eût sans doute ét( incapable de traiter aussi légèrement un sujet auss vaste. Sans doute, avec une vigueur de synthèse, um ampleur à peu près unique, il eût pu ramasser sor sentiment sur une époque en quelques pages. Troie ou quatre, sur les quarante que comportent généralement de tels exercices, lui eussent suffi. Mais Is conscience qu'il apporta toujours à appuyer minutieusement ses jugements, à préparer ses larges conclusions, le fit vraisemblablement réfléchir, à ce moment, qu'un discours était insuffisant pour faire œuvre d'érudition solide et durable.
Nous avons toutes raisons de penser que de telles réflexions le décidèrent à abandonner l'idée du concours. Il transforma ce beau sujet en un ouvrage de longue haleine : « Avant de faire un discours sui l'histoire de notre littérature à cette époque, écrivait-il l'année suivante, en publiant son livre *, j(
1. Août 1828, Tableau historique et critique de la poési( française et cln théâtre français au XVI'> siècle. — Sautelel et Mesnier, éditeurs : 396 pages.
sentis le besoin de connaître cette littérature; je commençai naturellement par la poésie, et le sujet me parut si intéressant et si fécond que je n'en sortis pas.> On achève de se rendre compte, en lisant cette phrase. Mais si elle justifie notre sentiment, elle laisse dans l'ombre, volontairement peut-être, certaines autres considérations, qui pesèrent certainement sur sa décision.
Au moment, en effet, où Sainte-Beuve, préparait le Tableau, il avait une conscience plus assurée de son inclination intellectuelle, de son talent et de son ambition. Sa personnalité, pour être susceptible de se transformer, existait dès ce moment. Et ses vingtcinq ans, si studieux et si solitaires, participaient dès lors, à la vie intellectuelle du moment. Il vivait retiré, mais n'avait pas été sans entendre au moins Técho de la bruyante griserie littéraire qui secouait, dans Paris, tous ses frères d'âge.
La jeunesse de 1830 se groupait. Il flottait dans Pair un parfum capiteux de poésie, qui enivrait les uns et irritait les autres. Tout le monde le respirait : n'en eût-il eu vent que dans la salle de rédaction du Globe, Sainte-Beuve eût encore été forcé d'en sentir monter jusqu'à lui la senteur, par les cris de colère de ceux qu'elle incommodait dans ce milieu. Mais, parmi tous ces vieux universitaires, tous ces idéologues qui avaient traversé l'Empire sans se laisser prendre à la beauté de sa gloire, classiques en littérature, classiques en poésie, classiques dans le moindre de leurs gestes, formés aux leçons d'une antiquité mal comprise et d'un classicisme énervé, devenu purement formel, le sentiment du Benjamin de la maison ne pouvait plaire. Il humait trop sen-, suellement ce parfum de printemps : il se trouvait brusquement animé des mômes passions que tous ces poètes, qui secouaient le vieil édifice corinthien, aux z
lignes dégénérées. Secrètement, dans son cœur, il approuvait le manifeste de Cromwell ; ei, s'il garda une mesure peu fréquente parmi les romantiques, dans l'expression de son sentiment, — par prudence et timidité tout à la fois, — il n'en était pas moins, dès ce temps, acquis aux théories nouvelles.
Il existait une autre raison secrète, pour laquelle il s'adonnait avec tant d'ardeur à son travail sur le xvp siècle. L'ambition avait grandi dans l'âme de l'amateur qui signait les petits articles du Globe. A s'occuper si souvent des poètes, à respirer l'ambiance de l'époque, il avait pris le désir de participer luimême au mouvement poétique, d'une manière plus active. En lisant ces jeunes écrivains, ses compagnons d'âge, qui lançaient sur le monde étonné leurs premières œuvres frémissantes, ciselées et débordantes de vie, il se répétait le mot sublime : « Et moi aussi, je suis poète I » Calcul et sensibilité firent de lui un des fervents du Cénacle. Dès février 1827, il fréquentait assidûment chez Hugo ; et cette camaraderie ne dut pas être sans influer sur les conclusions de sa critique.
L'auteur des Orientales^ qui Voyait toujours énorme et magnifique, célébra le génie poétique de son ami. Il employa les hyperboles, dont il usa toute sa vie envers les jeunes auteurs. Il déclara à Sainte-Beuve qu'il serait un grand poète — lui aussi. Et comme il aimait les comparaisons, les rapprochements, tout le cliquetis éblouissant des mots juxtaposés et des siècles bouleversés, au gré de sa fantaisie, il salua en Sainte-Beuve, membre du Cénacle, le Joachim du Bellay de la nouvelle Pléiade.
Si l'auteur du Tableau avait eu l'âme foncièrement romantique, à ce moment, c'en eût été fait de son livre. Il fût devenu l'œuvre d'imagination, qui eût contenté l'insuffisante érudition des nouveaux venus.
iis il aimait trop la vérité pour se satisfaire aussi
';mcnt que ses amis. 11 consentait à ce que son
ivail fournît assistance pour la campagne qu'ils
liaient. Il ne voulait pas néanmoins, de sang-froid,
ire un ouvrage qui eût convaincu unique-
iit les convertis de la veille. Le manifeste de
imwell avait été l'air de clairon sonnant l'assaut
- positions ennemies. Il avait suffi à donner
an. Maintenant, c'était aux arguments solides,
i les comme des bataillons en masse, à assurer la
victoire. Voilà ce que Sainte-Beuve comprenait, au
mieux des intérêts de son groupe — et surtout des
siens.
C'est grâce à cette sagesse qu'après plus de soixantedix ans, le Tableau historique et critique de la poésie française et du théâtre français au XVl"^ siècle demeure une œuvre qui étonne encore. Sans doute, depuis elle, on a beaucoup appris sur la Renaissance et sur la Pléiade. On a fait de si nombreuses découvertes de détails que le livre, toujours excellent pour le fond, n'est plus à l'usage de ceux qui veulent travaillai* l'histoire littéraire de ce temps. A ce propos, je puis suivre M. Léon Séché, lorsqu'il parle de le mettre au courant des derniers travaux scientifiques. Faire ce qu'il a dessçin de réaliser serait un sacrilège. Une telle tâche accuserait trop les rides inévitables, creusées par le temps sur sa face. Et ce serait dommage. Car Fœuvre demeure, pour le lettré du grand public, la meilleure à lire, la plus profitable, celle qui donne le mieux le goût de ces poètes exquis. Elle est, aujourd'hui encore, celle où nous les voyons revivre avec la plus parfaite réalité. Jamais on ne nous peindra de manière plus fidèle Ronsard, du P'^llay, Baïf, Belleau, Jodelle, ces artistes étranges me époque extraordinaire, où se mêlaient le raf- Uuement, la brutalité, la mièvrerie, la naïveté, le
pédantisme et le charme, tout ensemble la joie et la mélancolie de vivre.
Etudier l'œuvre qu'ils avaient assumée, c'était mettre en lumière celle que reprenaient les romantiques ; c'était leur tendre la main, par-dessus deux siècles de classicisme. Par là, le livre acceptait le fardeau toujours périlleux d'être un livre d'actualité. Mais la finesse de Sainte-Beuve, semblant, pour faire plaisir à ses amis, s'enivrer comme eux, fut de doter d'une tradition ces révolutionnaires, qui ne voyaienl guère plus loin que leur enthousiasme. Aux yeux du grand public, cette habileté donna du prestige à ces écervelés.
Au reste, les nécessités que lui imposait un tel plan s'accommodaient parfaitement de ce que comportait l'étude raisonnée de l'époque. L'écrivain, en analysant la formation de la Pléiade, à quels besoins avait répondu cette formation, ses principes généraux, les nouveautés qu'elle apportait dans la poésie française, justifiait par des rapprochements, plutôt suggérés au lecteur que marqués, la nouvelle école qui, à deux siècles de distance, surgissait à un moment à peu près semblable d'épuisement poétique.
11 me semble, après tout ceci néanmoins, que si l'on approfondissait les vraies raisons qui avaient décidé Sainte-Beuve, à traiter d'une manière aussi actuelle ce sujet, vraisemblablement libéré à jamais des polémiques, par le recul, ce serait encore des causes égoïstes qui expliqueraient le mieux ce rien du modernisme qu'il y introduisit. En admettant même que son amitié pour Hugo ait pu influer sur la composition de l'ouvrage, il garda cependant en ce moment une raison assez calme pour demeurer lui-même. Toutes les pages consacrées dans son oeuvre à ce sujet tendent à prouver que ce prophète du romantisme fut très peu romantique. Cette corde de son
tnimont eut toujours très peu de résonnance. 11 se igua chaque fois qu'il voulut en toucher *. 11 avait peu d'idées communes avec ses compagnons, ce Itarien, classique et athée. Il ne faut pas oublier, i a oiTet, qu'au temps môme de son apparente ferveur, alors qu'il publiait le Tableau, il écrivait, à la Revue de Paris, ses études si sympathiques à l'école de 1660. Il portraiturait, avec un respect attendri, Boileau, Racine, La Fontaine, et il appelait le xvir siècle « le grand Age littéraire ». Dès ce temps, il pensait qu'il y a plus d'un point de vue sur les mômes choses. En réalité, s'il vint au romantisme, c'est qu'en 1829, ainsi que je le disais plus haut, il se croyait poète. 11 pensa profiter de l'engouement que suscitait la nouvelle génération poétique et prendre sa place à côté de Hugo, de Lamartine, de Vigny et de Musset. Ce fut vraisemblablement la plus grande erreur de sa vie : à lire les vers qui composent Joseph Delorme (1828), les Consolations (1830), on s'en rend facilement compte. Elle doit être imputée au milieu dans lequel il vivait, à ce gran disio d'eccellenza * qui prérrde dans le cœur de toutvéritable écrivain, le moment niAme où il trouve sa voie. 11 faudrait sans doute ajouter encore à ces deux raisons une troisième qui a son importance, à quelque point de vue que l'on se place d'ailleurs pour la résoudre : l'amour qu'il ••'«sentait pour Adèle Hugo ne pouvait avoir d'autre pression que la poésie.
Cf. SCS lettres ii Hugo d'août à novembre 1829, datées de '1res et de Cologne {Revue de Paris, 15 décembre 1904). — is le même ordre d'idées, il est curieux d'étudier toutes les iintes du Tableau citées par M. Gustave Michaut dans ses 'les sur Sainle-Beuve.
Boccace.
A jouer ainsi avec ce feu, sacré pour beaucoup de ses camarades, cette âme de grand classique se troubla plus qu'il n'était de sa volonté et plus aussi que l'écrivain ne l'avoua jamais. Gène fut peut-être pas le romantisme littéraire qui eut cet effet sur lui, mais les idées reçues sur la plupart des sujets par les membres de la petite chapelle. C'est ainsi que^ sans nous occuper de savoir s'il fut ou non l'amant d'Adèle, il n'est pas contestable qu'à un certain moment, M"^® Hugo, bien plutôt encore que Hugo, inclina sa pensée. Quoi, qu'il en ait dit, dans une autre occasion, il se laissa prendre, par un appât ou par un autre, à la ratière. L'élève de Chasles, le disciple de Daunou devint mystique. De l'amie qu'il aima tendrement, il reçut de pieuses leçons qui firent de lui le catéchiste, préparé à confesser la foi de Lamennais. Le romantisme produisait de telles extravagances.
Ce stade curieux, dans la course intellectuelle de Sainte-Beuve, dura une dizaine d'années. A mon gré, on ne saurait trop insister sur ce point : l'influence romantique qui s'exerça sur lui fut plus morale que littéraire.
En 1848, il écrivit pour se défendre, commémorant ces temps disparus : « La carrière poétique de Victor Hugo fut toute une révolution. Granier de Gassagnac s'en est fait littéralement le Robespierre ; je me flatte de n'en avoir été que le Vergniaud. Hernani, c'a été pour moi la fin de l'Assemblée législative. » Et, à distance, cette phrase par laquelle Sainte-Beuve tenait à marquer le long temps écoulé depuis qu'il s'était libéré de cette erreur juvénile, pouvait bien
paraître exprimer toute la vérité. Mais la réalité avait été moins simple. Môme, en dépit de ses dires, au pur point de vue littéraire, les Pensées d^Aoûl parurent après Ilernani. En 1834, lors de la plus chaude lutte, il donna Volupté. A un point de vue différent, au moins aussi important, c'était aussi vers ce temps, ne l'oublions pas,qu*il subissait pleinement l'intluence de Lamennais. De môme, aux alentours de 1830, ce libéral, jadis si acharné à reprocher aux romantiques leur royalisme, commençait à suivre d*un œil désenchanté les résultats du libéralisme, devenu maître du pouvoir. Cet esprit, classé généralement parmi les républicains, écrivait, dans une lettre intime à son éditeur Renduel, cette phrase curieuse : « En vieillissant, on revient au pouvoir absolu pur èl simple. >
1 1 semble donc bien certain que le romantisme était
parvenu à imprimer profondément son empreinte
sur Sainte-Beuve. De loin en loin, jusqu'à l'heure de
sa mort, des vestiges se retrouveront de l'influence
qu'il exerça, un temps sur son esprit, par la grâce
d'une femme ou le prestige génial de quelques-uns.
C'est peut-ôtre môme à rinfluence du Cénacle qu'il
Irait attribuer certaines directions où se plut par
-uite son esprit. Encore qu'il y ait toujours dans
hypothèses une part d'incertitude, qui leur enlève
.V meilleur de leur prix, on ne peut s'empôcher de se
livrer à de certaines déductions, auxquelles incite
' •'•pisode de sa vie intellectuelle et sentimentale.
lis doute, son amour pour le grand siècle suffirait à expliquer le penchant qui le poussa à écrire son admirable Histoire de Port-Royal, Mais, qui sait si le goût des choses mystiques, le sentiment de res;^ect qu'il avait pris dans le milieu romantique, à l'égard du christianisme, ne furent pas de quelque poids dans sa détermination ?... Qui sait si cette faveur
qu'il accorda de plus en plus en vieillissant au pouvoir fort, à la monarchie — quelle qu'elle fût d*ailleurs — n'eut pas pour origine la cristallisation de cette sentimentalité royaliste, qui avait puérilement fait partie de l'attirail romantique ?
L'œuvre qui paraît bien marquer la transition, entre ce coup de tête de jeunesse et son retour à la raison, — transition très lente qui, comme toutes les transitions de cet écrivain, laisse toujours au critique qui les relève une vague inquiétude de se tromper— c'est le roman de Volupté.
Il l'écrivit en 1834 et, en l'écrivant, il rédigea, pom ainsi dire, le testament de la première partie de sa vie. Les dernières pages laissent pressentir qu'une ère nouvelle commence pour cette carrière. L'embarquement d'Amaury vers des rives lointaines, qui clôl le volume, a plus qu'une valeur de fiction. Il a toute la portée d'un symbole psychologique.
Toutes les pages de l'œuvre exhalent d'ailleurs une belle mélancolie, qui ne participe en rien de 1e tristesse suscitée dans l'âme des lectrices, par les aventures du héros. Pour nous, en effet, ce roman mal écrit, mal bâti, qui traîne son intrigue avec tan de monotonie, n'est pas sans attrait. Non seulemen il ne peut pas nous laisser indifférents, à cause di grand talent qui perce par endroits, mais encore i est, pour nous, autre chose qu'une œuvre littéraire. D( toute sa grisaille surgit une image très nette, dont oi ne peut se délivrer. Sous la trame apparaît toute k passionnante aventure d'une âme dont les illusions encore plus ambitieuses que sentimentales, vienneni d'être déçues. Je ne connais guère d'affabulation oî Ton ait mêlé plus de littérature à l'amour. Et cependant, malgré la volonté très sûre de l'écrivain, ayan réglé son œuvre de façon à prouver que lui auss était capable d'écrire un roman, cette histoire n'au-
rait sans doute pas résisté aux trois quarts de siècle qu'elle vient de franchir, le nom de Sainte-Beuve inscrit à son fronton, n'eût pas sulïi à la présenter, si elle n'était — à travers les lignes, pour ainsi dire — un admirable chapitre de sa biographie. Écrite par un des vétérans de la retraite romantique, c'est l'hisire de cette débâcle littéraire et morale. Fo/u/)/e se trouve de la sorte, curieusement, rapprochée de A/ac/a/rze Bovary. C'est au fond la môme aventure. Mais ce serait plutôt encore l'histoire d'un père de M™® Bovary, poète de 1830 — médiocre comme elle — féru d'ambition, amoureux de Pamour et de la gloire. Venue quatre ans après Hernani^ neuf années avant la Lucrèce de Ponsard, cette œuvre montre bien l'état d'âme dans lequel était certainement toute une partie de la génération qui avait acclamé Hugo. Ces mémoires d'un désabusé ont une saveur, douloureuse et piquante, qui nous intéresse encore. Ils traduisent, dans le style tourmenté de l'époque, ce désarroi intellectuel, cette désillusion profonde que laissa après soi, dans les bons esprits, le mirage livresque du romantisme.
Lorsqu'il entreprit Volupté^ Sainte-Beuve établit le bilan de sa vie à cette date. Il avait reconnu à n'en pouvoir douter — il était incapable de se tromper longtemps et il avait le courage de s'avouer à lui-môme ses erreurs — qu'il ne serait jamais un grand lyrique. Il savait que si tout être porte en son âme un poète à qui l'homme survit, cet enfant des dieux était mort en lui avant môme qu'il n'écrivît. C'était bien là le sens des Pensées d'août — qui suivirent le roman — poèmes d'un désillusionné, publiés pour ne laisser aucune copie inutilisée et aussi, parce qu'aux yeux des femmes romanesques, cela pouvait passer encore pour de la poésie. Il savait, d'autre part, que le sentiment qu'il avait éprouvé
envers M'"« Hugo, menaçait déjà ruine, après quel* ques années, quelque satisfaction d'ailleurs qu'il ait pu recevoir. Il voyait, mélancoliquement, tous ses compagnons d'armes de la veille, près de qui il avait combattu, politiquement et littérairement, retirer, sans s'occuper de lui, les marrons du feu. Enfin, il avait pris auprès du grand Lamennais l'amour de la foi et une sorte de dédain des vanités du monde, et Lamennais, en s'en allant, lui laissait un nouveau doute et une nouvelle désillusion. De tout ce qu'il avait aimé, tour à tour ou simultanément, pendant dix ans, rien ne restait debout. Tous ses espoirs s'en étaient allés à la dérive.
Il est certain qu'à ce moment Sainte-Beuve ne sut que souffrir. Il n'était pas encore le grand sceptique qu'il devait devenir par la suite, et l'amertume et le dépit furent plus forts que la philosophie. Volupté nous apparaît une œuvre trouble, un peu spéciale, pleine de scrupules sincères et d'habiletés tour à tour, où l'on sent le grand malaise d'une âme sous une phraséologie souvent pitoyable.
Aupoint de vue littéraire, en effet, ceux qui aiment passionnément, fervemment, le Sainte-Beuve des Lundis et de Port-Royal, ne devraient jamais l'ouvrir. La lyre ossianesque grince à toutes les brises qui secouent la vie d'Amaury. Tant cet homme du goût le plus exquis et le plus sûr connut en cet instant d'aberrations, on a l'impression de lire un pastiche des mœurs du premier Empire et des années qui ouvrirent la Restauration. On le sent gagné par le virus. Le livre, avec un art beaucoup moins sûr, fait penser aux chimères des poèmes de Macpherson.
La nature n'a pas assez de sublime pour ce roman. On voit, à chaque page, une mer déchaînée qui déferle sur une grève silencieuse, mêlant sa passion aux passions humaines. De grands bois mélancoliques
dessinent leurs lignes légendaires et quelque peu terrifiantes, à Thorizon, dès qu'Amaury se sent le moindre vague î\ l'unie. Les héros révent d'épopée, ne songent guère qu'à la gloire du sabre. Les héroïnes manient la harpe, en véritables prophétesses de l'amour romantique. Chaque fois qu'elles paraissent ilans le chapitre, elles semblent, pour la plus modeste contrariété, se dresser sur des promontoires solitaires, parmi le vent et la colère de la nature, échevelées et fatales.
Ces Saphos des contrées septentrionales, renouvelées de Chateaubriand, sont dessmées d'un trait mal assuré. Il est question à propos d'elles des « molles couleurs des femmes », « des nuages humides » qui passent sur leur front. C'est un curieux exemple du pathos romantique, singulière et ridicule copie du «tyle magnifique de l'auteur de René. C'est peut-être, pour avoir si mal réussi l'imitation du génie, apanage royal de ce maître inimitable, qu'un jour Sainte- BeuViî, se rendant compte de son erreur, exprimera son ilépit, sous forme d'impartiale et méchante critique.
Encore une fois cependant, toutes ces réserves !;iiles, il n'en reste pas moins qu'une œuvre, écrite
■v un tel écrivain, ne pouvait pas être absolument
nuée d'intérêt. Elle demeure une page curieuse de sa vie, et si mauvais que soit le roman, à ce titre, il intéresse toujours ses fervents. D'autre part, si l'on i y voit la folie romantique dans son paroxysme et son plus mauvais moment, on devine déjà, à de nombreux symptômes, que pour Sainte-Beuve la guérison est proche. Le mysticisme vague, dilué par toute l'œuvre, .se ramasse parfois autour de quelques idées. Des noms interviennent, qui indiquent qu'une nou- "Mle orientation se prépare dans son esprit. A côté
phrases, dans le goût de celle-ci : « Les vagues 1 Leadues de mon cœur s'entre-beurtaient pesam-
ment » ; à côté de ce « plan de vie molle » qu'il esquissait, désireux de le réaliser, à côté « de cette guérison malade » qui l'inquiétait, se trouvaient les indices d'une convalescence ^ L'étude do la mystique l'avait insensiblement conduit à l'étude des Pères de l'Eglise, puis des Jansénistes. Et auprès d*eux, il arait trouvé une discipline d'esprit plus sévère et plus saine, qui devait peu à peu le séduire et le réduire.
A l'heure où la fièvre religieuse ne trouva plus son aliment dans cet amour que Sainte-Beuve s'était imposé, pour faire comme tant d'autres, où « l'objet aimé » disparut de son existence malgré ses efforts, la morbidesse de cette religiosité se dissipa. La religion, après avoir fourni un aliment terrible de combustion au feu qui le dévorait déjà, d'une manière si cruelle, lui offrit tout à coup, sous une apparence plus austère, les ressources nécessaires pour étouffer jusqu'au dernier foyer, demeuré sous une cendre qui s'accumulait chaque jour.
Mysticisme croyant et amour avaient été le rêve romantique de cet homme de trente ans. Il s'était affadi en se donnant presque entièrement à lui. Par le jansénisme, il allait retrouver, en achevant de perdre sa croyance, la santé intellectuelle, et môme cette gloire qu'il avait cherchée, d'une manière insensée,aveuglé par l'envie, bien loin du véritable chemin où il devait enfin la rencontrer.
1. Il n'y a pas plus de quinze ans, nous avons connu des disciples de Sainte-Beuve. Les fameux « chrétiens de désir » de 1890 prouvent que Volupté contait un cas morbide, qui peut être observé dans toutes les sociétés inquiètes.
C'esl aux alentours de 1837 que commence la cure. Dclinilivemenl, à cette date, il rompt avec Victor IIu^o, pour des motifs où la littérature n'a rien à voir. Mais cette rupture, qui eût été si douloureuse quelques années auparavant, se fait sans secousse. Les deux anciens amis de la rue Notre-Damedes-Champs n'ont plus à peu près aucune idée commune. C'est aussi l'heure où agonise son amour. Il cesse complètement alors de voir M"^^ Hugo. Et si Ton veut encore anaU'ser de plus près la psychologie de celte rupture de Sainte-Beuve avec son passé, il faut lire les deux articles qu'il publie dans la Revue des Deux Mondes sur Fontanes *.
Il part au même moment pour Lausanne, où il va ouvrir son cours sur Port-Royal. On peut dire que sa destinée s'accomplit. Suivant une phrase qui a souvent servi de modèle depuis Renan, il semble avoir été créé par décret nominatif de la Providence pour cette grande œuvre.
Dans sa famille même, on conservait des traditions conformes à l'enseignement de ces Messieurs de Port-Royal. Boulogne, sa ville natale, gardait fidèlement les souvenirs de la grande doctrine. Dans l'âme, desséchée par l'athéisme, de son maître Daunou, le souvenir d'un si beau christianisme demeurait, comme un myosotis sentimental à jamais fleuri. Knfin, chez Dubois, Lamennais, par-delà les idées de il maturité, subsistait un vieux fonds de jansénisme. Prophétiquement, ce dernier lui avait même écrit un