‹ Dans le monde des réprouvésChapitre 13 sur 27 · LES DÉBUTS DE MON ÉCOLE I^'J · texte numérisé non relu

LES DÉBUTS DE MON ÉCOLE I^'J

Nikit'or se procura un magnifique charbon, très long ; je le taillai et dessinai avec lui sur du papier à tabac les premières lettres de l'alphabet imprimé. L'enthousiasme de mes élèves ne connut plus de bornes. Le soir, après l'appel, ils se précipitèrent vers la table et nous assiégèrent, Nikifor, Pestrof et moi. Le visage du premier brillait comme un cuivre bien poli ; mais, de môme que Pestrof, il suait à grosses gouttes, bien que la leçon n eût pas encore commencé. Tous les deux avaient horriblement peur. /' N^ ^ ^

— Allons, Nikichka, tiens-toi bien, ne nous déshonore' pas ! disaient Tchirok et Gontcharof en s^s^essant à Bourenkof. ^^^^^ lY

A mon grand étonnement, et au grand chagrin de toute la chambrée, mes élèves étaient extrêmement peu déveloj)pés, et avaient très peu de facilités. Longtemps, je me consolai en me disant que c'était pure timidité, mais, au bout d'une semaine, je dus me dire avec certitude que Pestrof, tout au moins, était absolument bouché et privé de mémoire. Naturellement, je ne laissais pas voir que j'avais acquis cette conviction ; chaque soir, j'essayais de lui fourrer dans la tête la même chose ; mais la chambrée arriva d'elle-même et bientôt à cette conclusion, et se mit violemment en colère contre Pestrof : on eût dit que l'ambition de chacun y était engagée.

— Tu sais, tu as la tête rudement dure. Roman, — disait Tchirok : tiens, moi, on dit que je suis un Permien mal raboté ; j'ai grandi dans la forêt et j'ai vieilli en prison. . . Eh bien, rien qu'à te regarder, j'ai retenu quelques lettres. Et toi qui es jeune, toi qui es Russe !

— J'y renoncerai tout à fait! — s'écriait Roman, et j'avais beaucoup de peine à lui faire continuer son étude.

Par contre, toute la chambrée louait et encourageaitij Nikit'or :

— On te fera curé, Nikichka, chez les gens mariés (i)J Ces louanges étaient fortement exagérées. Nikifor^

n'était pas, à vrai dire, un parfait imbécile, mais sa nature brusque lui nuisait dans ses leçons comme dans lai vie. Sans avoir bien regardé la lettre, il en criait immé-i diatement le nom, la plupart du temps de travers. De plus, il n'aimait pas avouer tout de suite les fautes les plus évidentes, et, doué d'une riche imagination, il se défendait en trouvant une ressemblance entre des lettres qui] n'en avaient aucune. Ainsi d'après lui, m et ph^ aeXc se • ressemblaient comme deux gouttes d'eau. . . et, naturellement, en se pressant trop, il confondait les lettres quij avaient un son approchant (j'enseignais d'après la mé-i thode phonétique).

— Et, cette patience d'ange qu'il a, Ivan Nicolaïtch \\ disait de moi la chambrée.

Seul, Malakhof avait là-dessus son idée personnelle.

— Ce n'est pas un enseignement, ce n'est qu'une gâterie, grommelait-il. — Est-ce qu'on enseignait comme] cela dans le temps ? D'abord : a, 6, c, d... chaque lettreJ avait son nom, chacune était comme vivante... tandis que] maintenant ! on siffle, on chuinte, c'est à n'y rien comprendre : jjjj ! cccc ! c'est à se boucher les oreilles !

C'est en vain que j'essayai de lui exposer les avantages^ de la méthode phonétique : il était têtu :

— Deuxièmement, ajouta-t-il, le maître ne peut yj arriver sans taper.

— C'est vrai, Nikolaïtch, criait Nikifor : par Dieu Ij

(1) Allusion aux Vieux Croyants qui n'admettent pas le ministère des prêtres. T.

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tape-moi ! tire-moi les cheveux tant que tu voudras, je ne dirai rien du tout !

— Non, mon vieux, ça ne lait jamais de mal, corrigea Paramon : il faut faire ça tout de même, pour la science, pour faire peur un peu. Et nous autres, si tu savais comme on nous a tapés ! C'est le bedeau de mon village qui nous a enseignés. Quand nous arrivions vers lui, nous autres gamins, il était toujours un peu saoul, et son premier soin, tout de suite après la prière, c'était de bien nous tirer les cheveux à tous... Et puis, il tapait, il tapait tant qu'il n'était pas las... Allons, disait-il, allons, gamins, à l'ouvrage ! — mais lorsqu'il nous tapait vraiment pour quelque chose, alors il fallait lui enlever l'enfant : il l'aurait tué, ma parole ! Une fois qu'il me tirait les cheveux, je l'ai mordu à la main ; alors il a cassé sur moi sa baguette en tout petits morceaux.

— Dis donc, Paramon, tu avais rudement bon dos, en ce temps-là, dirent les autres en riant.

— Voyons, qu'est-ce qu'il y avait donc de bon dans cette façon d'enseigner ? demandai-je.

— Gomment? mais on apprenait à lire, on était moins gâté.

— Je ne sais pas si on vous gâtait moins, mais en tout cas, il a eu beau vous taper, votre bedeau, c'est tout juste si vous savez épeler.

— C'est que j'ai oublié, maintenant, répondit le tonnelier plein d'amour-propre, en tapant avec colère sa pipe contre la planche. — Et pour mon besoin, je lis encore assez. A quoi ça nous servirait-il, à nous autres bêtes, d'être si savants ?

D'ailleurs, la propagande des coups ne trouva dans la chambrée aucun écho, sinon parmi mes élèves, et

Malakhol' resta seul de son opinion. C'est le vieux Gontcharol" qui s'éleva surtout contre l'éducation des enfants à coups de poing.

— Moi, laisser battre mon enfant? dit-il avec une indignation sincère, en marchant par la salle. — Pour rien au monde ! Une fois, je retournais chez moi à cheval. J'entends un cri d'enfant. Je regarde: près de la haie, le maître d'école tii^ait les oreilles à un gamin de sept ans : il lui retom'nait les oreilles, il lui tirait les cheveux de toute sa force. Alors, je m'approche, j'attache mon cheval à la haie et je vais au maître d'école. — Qu'est-ce qu'il a fait ? je demande . — Est-ce que c'est ton aflaire ? Je suis le maître d'école. — Ah ! tu es le maître d'école? Eh bien, tiens, je m'en vais d'abord te donner une leçon ! — Alors, je l'ai abattu sous moi et je me suis mis à lui en fourrer... Ah ! je crois qu'à cette hernie encore les côtes lui en font mal...

Je regardai l'énorme statm^e d'ours de Gontcharof, avec son visage large, tout semé de i)etite vérole, son gros nez, ses favoris rougeâtres poivre et sel, et ses grands yeux clairs, au-dessus desquels s'étendaient d'épais sommeils roux, et je me dis qu'en effet, il est probable que le maître n'avait pas été à la fête.

— Et après cela, continua Gontcharof, quand je le voyais de loin, je l'appelais : « Eh, viens donc un peu ici, causer la main dans la main»... Ah, ce qu'il filait! Je riais et je le menaçais avec mon fouet.

?tIALAKHOF KT GONTCHAROF l5l

MALAKHOF ET GONTCHAROF

Gontcliarof et Malakhof, évidemment, ne s'aimaient pas, bien qu'ils n'en fissent rien voir, sentant qu'ils avaient à peu près la même force physique et morale. C'étaient deux natures opposées dans tous les sens, et ils s'opposaient, ce me semble, comme la Sibérie et sa métropole. Malakhof était de Pskof ; il avait vécu à Pétersbourg même, comme cocher de maître, et avait reçu un certain vernis extérieur ; avec les gens pour lesquels il éprouvait quelque sympathie ou quelque respect, il savait montrer une certaine politesse raffinée qui, toutefois, ne ressemblait pas à ce raffinement insupportable du domestique qui a pris les gestes et quelques expressions de ses maîtres. Sur ce point, Gontcharof était beaucoup plus grossier et mal léché. Par contre, les traces que la civilisation avait laissées à Paramon se bornaient à ce vernis extérieur : au fond de son âme, il restait le type de l'homme enraciné dans les traditions et les préjugés. Pour son malheur, il avait beaucoup d'amour-propre, se tenait pour un homme très intelligent, bien qu'il le fût en réalité assez peu et qu'il fût même. bête. Voilà pourquoi, lorsque la conversation touchait quelque question brûlante qui troublait une de ses convictions, il devenait fielleux, et oubliait sa délicatesse et sa politesse. 11 rejetait avec mépris toute « science » : aussi, malgré moi, eûmes-nous assez souvent des explications orageuses. Il n'avait rien à objecter aux découvertes de la science, à tout ce qui se voyait : mais si, de la pratique, on passait aux considérations générales.

qui attentaient, lui semblait-il, à ce que F humanité tenait pour sacré, il s'emportait. C'est souvent sur des questions astronomiques que nous avions des prises : la forme sphérique de la Terre, son mouvement, l'immobilité relative du Soleil, etc. Paramon, d'ordinaire, écoulait longtemps et en silence le récit que je faisais à quelques compagnons des merveilles de la nature, découvertes par la science moderne. A la fin, n'y tenant plus, il disait :

— Mais qui donc de vos savants a grimpé au ciel pour savoir si c'est bien comme cela ?

Je recommençais mes explications, m' efforçant d'être plus clair. Il écoutait encore patiemment, puis déclarait d'un ton impérieux :

— Tout ça, c'est des bêtises ! le Soleil marche : cela, je le vois avec mes yeux. Mais quant à ce que la Terre marcherait, personne ne l'a jamais vu et ne le verra jamais. J'aurai beau rester toute une journée à la même place, et regarder la colline de là-bas, elle ne fera pas un pas à droite ni à gauche. Où elle était, elle restera toujours.

J'avais beau m'eflforcer de lui donner l'explication ordinaire : plus j'étais clair, me semblait-il, plus Paramon s'agitait et s'emportait. A la minute décisive, il se référait à la Bible... Un jour, pensant le frapper, je lui montrai un passage du livre de Job où il est dit que Dieu n'a appuyé la Terre sur rien, et l'a suspendue dans l'air ; en réponse, il me chercha d'autres passages où l'on parle de l'immobilité de la Terre et de sa dépendance vis-à-vis du Soleil et des étoiles. A la fin, il s'emporta violemment contre la science.

— Toute cette haute science ne vaut pas un liard !

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La science, maintenant, en est venue à ce point que, pour elle, il n'y a plus de Dieu !

— Vous dites des bêtises, Paramon, répondis-je : il n'y a pas de science qui montre qu'il n'y a pas de Dieu : on laisse ces questions-là à la religion.

— Gomment ! j'ai rencontré moi-même des savants qui disaient cela.

— D'abord, je ne sais pas si c'étaient de vrais savants ; de plus, les savants sont comme les autres, ils ne sont pas tous du même avis. Tenez, même parmi les gens extrêmement peu instruits, parmi les prisonniers, il y en a qui ne croient pas du tout en Dieu.

— Non ! moi, j'en crois avant tout mes oreilles. Le croiriez-vous, les enfants, — dit-il en s'adressant tout à coup à toute la chambrée : — il y a un savant à Pétersbourg qui voulait me démontrer que l'homme provient du singe... Mais c'est un imbécile! Il aurait dû songer, au moins, que pour qu'un singe ressemble à un homme, il faudrait le raser au moins une fois par mois !

Tous se mirent à rire et Malakhof prit un air satisfait. Deux ou trois jeunes gens étaient, à vrai dire, de mon côté, mais ils craignaient de trop se déclarer pour la science : les vieux, au contraire, étaient tous du même avis que Paramon et se révoltaient intérieurement contr»' ma libre-pensée. Seul, Gontcharof riait : il dit :

— Eh bien, moi, je crois comme ça à tout, je suis prêt à tout croire... parce que je sais bien ce que nous sommes : des bouts de bois de la forêt, rien de plus! Et dans nos têtes, il n'y a que des détritus...

Gontcharof était exclusivement pratique, il s'intéressait peu aux questions générales, mais, par contre, laissait aux autres pleine liberté sur ce point. Paramon. au cou-

traire, était idéaliste : malgré sa correction extérieure, il était extraordinairement passionné et ne connaissait pas de mesure. Il parlait d'ordinaire avec une certaine rhétorique, et il se grisait si bien de sa propre éloquence, qu'il lui arrivait de dire des choses cojmplètement absurdes. Ainsi, un jour, il nous raconta l'anecdote suivante :

Il revenait, avec un de ses compagnons, de Pétersbourg où il avait travaillé. Ils arrivent dans un village et trouvent dans une isba une malade qui ne s'était pas levée depuis plusieurs années. Les parents de la malade demandent aux deux hôtes s'ils connaissent un remède contre ce mal. Paramon et son camarade étaient jeunes, légers, toujours prêts à plaisanter.

— Alors, continua-t-il, je lui réponds : Comment ! mais j'en sais un ! Faites seulement tout ce que je vais vous dire. Faites-moi cuire une poupée en pâte de froment. Alors eux, très heureux, font, le même jour, une énorme statue. Alors, je les éloigne tous de la chambre, je place cette poupée sur la malade et je prie devant l'icône . . . il fallait bien faire quelque chose pour la frime. Alors, je rappelle toute la famille et je dis que je vais emporter avec moi cette poupée et que d'ici peu la malade sera sur ])ieds. Alors, ces gens me donnent toutes sortes de bonnes choses, et même de l'argent pour la route, et nous partons, riant à part nous. Nous nous arrêtons en route pour goûter, et nous décidons d'entamer la poupée. J'en casse un bras ... et qu'est-ce que vous croyez, les enfants, qu'est-ce que je vois ? du sang !... Je casse un autre bras : c'était du vrai sang humain !... C'est vrai, je vous le jure ! Nous avons eu si peur que nous avons jeté la poupée et toutes les provisions, et que nous nous sommes sauvés. Mais, qu'est-ce qui s'était passé pendant ce temps-là ? A

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l'heure même où nous cassions la poupée, la malade se levait, complètement guérie. C'est vrai ! je vous jure que c'est vrai ! . . . Eh bien, tenez, que vos savants expliquent cela ! qu'ils essayent donc !

Ce récit produisit sur les auditeurs une profonde impression ; mais moi, il m'intéressait à un autre point de vue. Je sentais que tout n'y était pas clair, et qu'il se cachait là un des secrets au moyen desquels se créent d'ordinaire les légendes et les superstitions populaires. Souvent, dans la suite, j'insistai auprès de Paramon, le priant de me raconter encore l'histoire de la poupée ; chaque fois, il refusait, en riant d'un air malin de ma curiosité. Mais un jour, cinq ou six mois après, dans un moment de bonne humeur, il m'avoua simplement que pour ce qui était du sang, il avait dit des blagues.

— J'ai tout raconté comme c'était, seulement, pour ce qui est du sang, j'ai ajouté ça pour plaisanter, — m'expliqua-t-il. Pour moi, je me souvenais parfaitement que, lors de son premier récit, il ne songeait nullement à plaisanter.

Une circonstance, pourtant, me faisait pardonner à Malakhof tous ses défauts : c'était que, comparé au reste des forçats, il était relativement peu corrompu. Je savais ([u'il était au bagne à cause d'un assassinat ; mais ce lait seul qu'un tribunal sibérien, toujours si sévère, surtout contre les libérés (ce qu'il était alors), ne l'avait condamné qu'à six ans plaidait en sa faveur. Les prisonniers tenaient Malakhof pour un homme honnête et indépendant. 11 aimait à dire qu'il n'avait jamais fait de coquineries, et qu'à l'avenir, il comptait, pour vivre, sur ses deux bras. D'ailleurs, il était loin d'être d'humeur sombre: sous son sérieux extérieur se cachait beaucoup

(Ihumour, et, çà et là, même, d'insouciance enfantine. Une de ses occupations favorites étmt de monter une scie à Tchirok.

— Pom^quoi n'as-tu pas mis les onoutohi à leur place? demandait-il d'un air menaçant à Tchirok.

— Ah, tu es bien grand seigneur ! répondait celui-ci.

— Enlève-moi ça, je te dis, et tout de suite; ou sans ça, je les essuierai sur ta g... Tu sais qui je suis?

— Et qui donc ?

— Je suis Paramon Malakliof ! Je suis de bonne naissance. Mais toi, qu'est-ce que tu es ? Un vagabond !

— Comment, un vagabond? Fais ta prière, ou bien...

— Tu as été exilé à Ichime, et de là tu es parvenu à te faire envoyer dans la prison de laloutorovsk pom* y tenir le maïdane.

Dans la chambre, rire général.

— Il a mangé du chien, sais-tu, Paramon, intervient lachka Tarbagane.

— Tais-toi, s. ... ! lui crie Tchirok.

Il faut dire que tout le monde se moquait de Tchirok à cause de son évasion lorsqu'il était libéré conditionnel à Algatchinsk. Les prisonniers racontaient d'une façon délicieuse l'histoire de cette célèbre évasion. A peine sorti de prison, il avait bu ce qui lui restait d'argent, et. en compagnie d'un Tatare, s'était mis en route sans plus tarder. Pendant le jour, les fuyards restaient couchés dans les buissons : la nuit, il marchaient le long de la ligne télégraphique.

— Nous allons marcher par le « télégraphe », avait-il dit à son compagnon Malaïcha.

La seconde nuit, ils avaient très faim : en approchant l'un village, ils aperçurent c[uelque cliose de blanc.

MALAKHOF ET GONTCHAROF iS^

— Malaïcha, Malaïcha, lui dit à l'oreille Tchirok,'c'est une brebis !... C'est Dieu qui nous l'envoie !

Ils s'avancent avec précaution, veulent saisir le mouton supposé, et tout à coup, se précipite sur eux en aboyant un énorme chien blanc... Le lendemain, on les arrêta, on les ramena à Algatchinsk, on leur donna à chacun cinquante coups de verge, et on les remit en prison jusqu'à la fin de leur temps. Depuis lors, les forçats ne donnaient plus de repos à Tchirok : ils jappaient contre lui comme un chien, ils bêlaient comme un mouton, ils imitaient le bruit du coucou (i) ; ils l'appelaient en plaisantant brodiague ; or, on sait que les forçats haïssent les hrodiagues de métier. Les loustics racontaient même qu'il avait mangé du chien, mais que la queue, qu'il avait oubliée, l'avait trahi.

Tchirok écoutait tous ces récits et ces plaisanteries avec assez de sang-froid, et c" lit seulement pour rire qu'il faisait semblant de se fâcher ; seul, Malakhof savait le taquiner et l'amener à la colère blanche.

— Hum, continuait celui-ci ; d'autres au moins se munissent de pain séché pour aller vagabonder, mais lui , c'est de la viande de chien qu'il voulait.

Tchirok se tait.

— Quand on a attrapé cet animal-là, on l'a amené à la prison : « D'où viens-tu? » — Moi, dit-il, les enfants, j'ai vu beaucoup de misères... je me suis sauvé de l'île « Sakaline ». J'ai traversé la mer dans des boîtes en fer, j'ai fait (juarante kilomètres sous terre... Donnez-moi. les amis, le maidane, pour que je me refasse !

(i) Les forçats sibériens s'évadent surtout au printemps, aux premiers appels du coucou, du Général Coucou, comme ils disent.

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