Paris 1845. Vol. III, pp. 190-218 et
3. À la suite de ses conversations avec Buloz en 1842, ar rès avoir été brouillé avec lui, Didier publia un article sur Silvio Pellico. (Tome III, Paris 1842, Pp. 450- 476). C’est plutôt une notice biographique qu’une étude littéraire.
CHAPFFRE, VIT
I. La situation de la Pologne 1830-1847 — La politique de la France après la Révolution de Février — Adolphe de Circourt — Lamartine envoie Didier en Pologne
— Nature de sa mission — Son séjour à Berlin -— Posen — « Le messager du ciel » — Schroda — Le voyage à Vienne — Attente vaine à Breslau — A Cracovie — À travers la Galicie —« Vive Charles Didier ! » — Buda-Pest —
Vienne — Le retour — Replongé « au milieu de toutes les horreurs ».
II, « Ministre des Affaires étrangères » du Crédit — Sa mission — Lettre d’introduction au duc de Bordeaux — Troisième séjour à Vienne — La visite à Frohsdorf — . aris — Les attaques provoquent la brochure — Un Républicain dans le monde lé itimiste,
L'esprit révolutionnaire se répandit dans presque toute l'Europe à la suite des Journées de juillet 1830, et les Polonais, assoiffés d’indépendance, se soulevèrent bientôt contre leùrs oppresseurs. Cette tentative mal préparée était destinée à échouer en laissant les révoltés plus désespérés que jamais. Un seul point du pays, Cracovie, restait indépendant. Des réfugiés s’y précipitèrent, tandis que d’autres, parmi lesquels beaucoup d'officiers et de soldats, émigrèrent dans d’autres pays. Partout où ils pouvaient prendre part aux luttes pour la liberté, des Polonais allaient offrir leurs armes et leurs bras. Bientôt deux partis se formèrent parmi les Polonais expatriés : les démocrates, qui voulaient s’allier aux mouvements populaires, dans l’espoir de voir triompher la cause des peuples, et les aristo-' crates, dirigés par le prince Adam Czartoryski. Cet homme riche et: d'esprit fort distingué, rejeton d’une famille de la vieille aristocratie européenne, était, depuis 1832, « persuadé qu’une conflagration en Orient était imminente, qu’elle donnerait naissance à une guerre générale, d’où devrait sortir l'indépendance de la Pologne, et que l’Europe devait y prêter une attention particulière, si elle ne voulait
pas être prise au dépourvu par la Russie 1 ». Malgré la haute situation qu'occupait le prince Adam à Paris, où il s'était finalement instalié, l'opposition à sa politique ne cessait de croître parmi ses compatriotes, qui mettaient de plus en plus leur espoir dans les démocrates. Les chefs de ce dernier groupe devenaient cependant de moins en moins modérés, et leurs efforts les amenèrent parfois à s’allier à l’Internationale socialiste. Les Polonais se démoralisaient à la suite de toutes leurs déceptions, et ils se décidèrent à risquer un grand coup, en 1846, par un soulèvement général en Pologne, avec Mieroslawski ? pour diriger les opérations militaires. Maïs le service d'espionnage des pays intéressés, l'Allemagne, l’Autriche et la Russie, était trop bien organisé pour laisser préparer en secret une telle insurrection, et, avant la date fixée pour la révolte, Mieroslawki fut arrêté à Posen et enfermé à Berlin dans la prison de Moabit, avec cent de ses affidés. Le chef fut condamné à mort par la Prusse, mais le gouvernement craignit, en l’exécutant, de soulever l’indignation universelle, et il le remit plus tard en liberté.
Ce complot révolutionnaire, quoique étouffé dans l’œuf, jeta la terreur à Vienne, et le gouvernement autrichien eut le geste ignominieux d'envoyer en Galicie des agents provocateurs pour inciter les paysans à tuer nobles et bourgeois, sous prétexte qu’ils s’opposaient à la politique gouvernementale d’émancipation des paysans.
es désordres inouis et d’effroyables massacres en résultèrent, qui eurent pour conséquence d'attirer une fois de plus l’attention de l’Europe sur les malheurs des Polonais. Les gouvernements anglais et français envoyèrent des notes de protestation à Vienne. Metternich les éluda par des réponses polies, et l'affaire n’eut pas d'autre suite diplomatique. Lord Palmerston ne s’y intéressa pas davantage, et Guizot hésitait à agir, malgré les vives protestations de l’opinion française. Un grand défenseur de la liberté, Victor Hugo, épousa la cause de la Pologne. Pendant le règne de Louis- Philippe les libéraux avaient hésité à prendre fait et cause pour ce peuple catho- lique, mais maintenant Ja Révolution se préparait, et, une fois faite, il était évident que l’ opinion publique réclamerait une intervention française.
. Handelsman, Marcel : La question d'Orient et 'a politique yougo-slrve du prince Goes ski après 1840. — Comptes rendus des séance: et des travaux de l’Académie des sciences movales et politiques, novembre-décembre 1929, P. 396.
2. Louis Mieroslawski (1814-1878) devint en novembre 1844, membre du comité central de la Société démocratique de Pologne. Il dirigea les mouvements polonais an 1846 et 1848 et devint dictateur en Pologne en 1863.
La cause de la Pologne avait ainsi gagné les sympathies de tous les partis en France avant la Révolution de 1848. Elle fut une des toutes premières préoccupations de politique extérieure du Gouvernement provisoire. Le 10 mars, fut constituée par arrêté une « Légion polonaise révolutionnaire », et peu après les extrémistes réclamèrent une intervention armée en faveur de la Pologne. Poussé par les clameurs populaires ainsi que par sa conscience de l'injustice des gouvernements intéressés, Lamartine s’adressa, par l'intermédiaire des Ministres de France, aux cours de Berlin, de Vienne et de Pétersbourg pour exprimer le désir du gouvernement républicain d’avoir la paix. Mais la première condition de cette paix devait être que la Pologne opprimée ne s’élevât entre la France et ses voisins. De ces trois pays, le plus important, aux yeux du Gouvernement provi: soire, était la Prusse, car les Français rêvaient alors de rétablir la Pologne avec le concours des Allemands.
Le 4 mars, Lamartine écrivait au comte Adolphe de Circourt, habile diplomate et représentant distingué de la France : « Je désiré que vous vous rendiez sans retard à Berlin, et, sans vous y produire d’abord avec un caractère officiel, que vous vous mettiez en rapport avec les personnes qui, par leur position auprès du roi de Prusse... pourront vous éclairer sur les dispositions du gouvernement et de la nation prussienne. Vous parlerez sans arrière-pensée comme sans témérité de la mission de paix, de liberté et de civilisation que la République française a été appelée à remplir dans le monde 1 ».
Peu ‘après, Didier notait dans son journal? : «Je rencontre Lamartine sur le boulevard et l'accompagne à son Ministère. Il me demande ce que je fais, ce que je veux et me propose une mission difficile en Pologne. Nous prenons rendez-vous après-demain lundi pour en causer ».
‘Le surlendemain matin, Didier se présentait au Ministère des affaires étrangères, où Lamartine avait déjà signé sa commission pour la Pologne, « mission périlleuse et secrète avec 3.000 francs par mois. quitter Paris dans une si grande complication d’affaires est le comble de l’imprudence. Pourtant je le fais, et je l’accepte. Je travaille au Ministère des affaires étrangères à compulser la correspondance polonaise. Je dîne chez Lamartine, qui me donne ensuite mes instructions »
1. Première liasse, pièce 3, papiers Circourt, Bibliothèque Nationale: