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Souvenirs d’une mission à Berlin en 1848, folio

2. Didier expédia presque tous les jours, des dépêches numérotées à Lamartine, pour lui communiquer tout ce qu’il apprenait et pour transmettre ses recommandations. Ces comptes-rendus restent malheureusement introuvables. Étant officieux, ils ne furent pas déposés aux archives du Ministère des affaires étrangères.

3: Troisième liasse, pièce 3. M. de Circourt reçut cette note le 12 avril et la transmit aussitôt au gouvernement provisoire, avec les demandes pressantes d'instructions de Didier, comme dépêche n° 20.

un conflit sanglant. Rien ne serait plus funeste à la cause polunaise, et l'effet serait désastreux en Allemagne.

Défiez-vous des nouvelles qui vous viennent d'ici par la voie des Allemands ; ils détestent les Polonais et ils exagèrent tout afin de les déconsidérer. Tous ces meurtres, tous ces incendies dont on faisait tant de bruit à Berlin sont de pures imaginations. En allant à la suurce de ces bruits, je les ai trouvés sans fondement.

Et voilà justement comme on écrit l’histoire. »

-Le camp principal des volontaires polonais se trouvant à Schroda, Didier obtint du général Willisen l’autorisation de franchir les avant-postes prussiens et de le visiter. Accompagné d’un interprète, il traversa des plaines semées de quelques métairies et de quelques pauvres hameaux. Avant d'arriver aux avant-postes des Polonais, il rencontra des paysans à cheval, armés de lances. Il passa les barricades où travaillaient des femmes, pour pénétrer dans la ville. Une fois au comité national, il apprit que Mieroslawski était à Wreschen. Didier repartit aussitôt pour ce camp, où l’on accueillit le Français comme un « messager du ciel », mais le général Mieroslawski était déjà sur la voie du retour vers Schroda. L’armistice ne devait durer que jusqu’au lendemain matin à neuf heures et il fallut que les voyageurs se remissent en route. Un pont détruit depuis le matin pour couper les communications le força à un long détour. Il était tard dans la nuit quand Didier regagna Schroda où il trouva Mieroslawski au comité national. C’était un bivouac militaire, et pendänt une nuit d'orage les Polonais se reposèrent tant bien que mal sur la paille, en laissant le seul matelas au Français. Le réveil général était à cinq heures. Willisen attendait Mieroslawski et son « état major » pour avoir une dernière conférence avant l'attaque. Didier raconte la suite dans son journal : « Je l’y précède et pars en poste à sept heures. A neuf heures et demie, j'arrive au village de Jaroslawice et vais droit chez le comte Terminski, où est le général avec un seul secrétaire. Conférence avec lui pour prévenir les hostilités. Arrivent Mieroslawski, Liebel et six ou sept autres chefs. On déjeune. On jette les bases d’une convention pacifique, qui est enfin signée à dix heures. A onze heures, je continue mon chemin et, après une demiheure, je tombe en plein dans l’armée prussienne, qui, dans l’ignorance de la capitulation, marchait sur Schroda... Hourrah de mécontentement à la nouvelle que je leur apprends. On me retient jusqu’à l’arrivée de Willisen, que je précédais de peu et qui me per-

met de continuer mon chemin... J'arrive à Posen vers deux heures. Le soir, émeute des Juifs contre Willisen ».

Didier resta encore deux jours à Posen, qui était comme une place assiégée, « Je passe» écrit-il dans son journal le 13 avril, «pour avoir sauvé les Polonais à Schroda. L’imagination s’en mêlant, on dit que je me suis jeté devant les canons prussiens le drapeau tricolore à la main ». « Vous partez, me dit un Polonais, on va nous égorger tous ». L’agent français, n’ayant plus rien à faire à Posen, regagna Berlin par la Poméranie, « province modèle de la monarchie prussienne ». Il se montre ravi du pittoresque de ce pays, où «l’on ne se douterait pas que la guerre est allumée dans ces parages ». Il ne réussit à obtenir aucun renseignement utile et rentrait à Berlin le soir du 16 avril.

Ce fut, d’après Circourt « une très stérile excursion », mais il communiqua le 21 avril à Lamartinela lettre suivante de M. d’Arnim:

«Nous n'avons qu’à louer le sang-froid, le tact, le courage et Îia loyauté dont M. Charles Didier a fait preuve pendant son séjour et sa négociation à Posen. Il a certainement beaucoup contribué à prévenir l’effusion du sang et à déterminer la conclusion de cette conventior 1... sur laquelle seule reposent les bases de la réorganisation polonaise. C’est un véritable service qu’il rend à la Prusse, mais un bien plus grand encore à la Pologne. ? »

On sait assez que cette convention ne devait pas résoudre la question polonaise en Posnanie. Mais l’on se demande si un agent français qui venait d'arriver, muni de si peu d'instructions de son gouvernement, aurait pu faire mieux que ce qu'a fait Charles Didier. Il semble mériter l’éloge du baron d’Arnim, qui avait demandé à le voir dès son retour à Berlin 5. L’envoyé du Gouvernement provi-

1. « La capitulation que fit signer le général Willisen aux Polonais-le 12 avril, portait que les corps polonais se disperseraient dans les trois jours, pour être incorporés dans la dixième division. Elle était le début d’une réorganisation, sous réserve de l’approbation royalé, la nomination d’un Polonais à la tête de l'administration et de la justice, remettait la police aux mains des communes, accordait le droit de porter les couleurs polonaises, la réforme de l’enseignement ét de la justice, la formation d’une armée nationale pour le grand duché ». Souvenirs d'une mission à Berlin. Vol. IT, p. 8, note 3 (écrit d’après le Moniteur universel et la Gazette de Breslau).

2. Neuvième liasse, lettre confidentielle n° 34 à Lamartine, 27 avril 1848.

3- Didier avait noté le lendemain de son retour à Berlin (le 17 avril 1848) : «Le ministre (Arnim) m'attend avec impatience et désirait me voir aujourd’hui même. On se préoccupe beaucoup de mon voyage, le roi comme tout le monde ». Le 18 avril

soir dut bien constater que l'attitude de la Prusse n’était rien moins que sympathique à la cause polonaise. Le cabinet de Frédéric Guillaume n’osait, ni ne voulait s'opposer à l’absolutisme de Nicolas 1er, et une politique polonophile aurait été une politique anti russe. Personne ne comprenait tout cela mieux que Circourt, qui en avait prévenu son gouvernement. N'ayant plus rien à faire à Berlin, où la vie est très troublée par les rassemblements d'ouvriers et par les allées et venues de la garde nationale, appelée à contenir les démonstrations, Didier décida de continuer son voyage par Vienne. Circourt avait prévenu déjà M. de Lacour, ministre de France dans la monarchie autrichienne, du but et de la nature de la mission de son collègue !. Avant son départ de Berlin, il fut introduit dans le monde diplomatique et littéraire par M. et Madame de Circourt, qui, très cosmopolites tous deux ?, avaient beaucoup d’amis parmi l'élite européenne. Didier se plaisait dans la famille d’Arnim et il la fréquenta beaucoup, « car ces trois filles sont vraiment douées et sont très aimables, toutes trois royalistes, quoique la mère ? soit républicaine 4 ».

L’envoyé restait sans nouvelles directes et sans instructions de Paris. Avant de partir pour Vienne, il apprend la manifestation du 16 avril contre le Gouvernement provisoire, dissipée sans violence, mais qui constituait une préoccupation de plus pour son chef. Didier décrit son voyage à Vienne dans une lettre à son ami Circourt, datée du 27 avril 5,

« Enfin, Monsieur, m2 voici à Vienne, et ce n’a pas été sans peine. Plusieurs circonstances m'ont retardé, entr’autres un accident arrivé sur le chemin de fer de Haute-Bohême, accident d’ailleurs fort hénin, et qui n’a eu d’autre inconvénient pour moi que de me faire perdre un jour. Le

ilcontinue ainsi : « Longue visite au baron d’Arnim. Il me parle beaucoup de Posen, et me paraît médiocrement disposé pour les Polonais. Je lui parle avec une entière franchise et ne le ramène nullement ». |

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