Bettina d’Arnim
4. Il écrit dans son journal, à son départ de Berlin : « La maison d’Arnim est ce que j'ai trouvé de plus intéressant à Berlin ».
5. Cette lettre est publiée in extenso dans les Souvenirs d'une mission à Berlin. Vol. II, pp. 80, 81, 82. Circourt avait marqué seulement ‘deux paragraphes pour être reproduits (Note de l'éditeur) Nous n’en publions ici qu’une partie.
J'ai été fort malheureüx pendant mon séjour à Dresde. Je n'avais pas réfléchi que je m’y trouverais pendant le dimanche de Pâques, ou plutôt je n’avais pas pensé que, grâce à la fête, tout était fermé ce jour-là ; mais fermé impitoyablement. Pas moyen de rien voir, ni tableaux, ni bijoux, ni porcelaines, en un mot, rien.
La route de Dresde à Prague m'a vivement intéressé, au moins jusqu’à Toeplitz. Le pays mérite le nom de Suisse saxonne ou de Saxe suisse ; je ne sais lequel. Cette nature agreste et accidentée m'a paru plus belle encore en sortant des plaines sablonneuses et monotones de Brandenbourg et de la Poméranie. Si vous devez quelquejour aller de Berlin à Vienne, je vous conseille cette route de préférence à toute autre.
Il m'a fallu rester à Prague un jour, mais ce jour a été bien rempli et la capitale de la Bohême me laissera des souvenirs durables, Je n'ai pas vu encore en Allemagne une ville qui ait un plus grand caractère. Quel site et quel style ! Il y a là quatre villes en une, dont chacune a sa physionomie et sa vie propre ; la ville forte, la ville noble, la ville marchande et la ville juive. J'ai passé toute ma sainte journée à courir dans les rues, les églises, et quand je n’ai plus eu de jambes, j'ai emprunté celles de deux bons chevaux, qui m’ont rendu de grands services.
Je ne vous dirai rien de Vienne, où je ne suis que depuis hier, ni des affaires, que vous savez mieux que moi.
En attendant que j’écrive à Madame de Circourt, veuillez la prier de ne pas m’oublier, et croyez-moi, Monsieur, votre tout dévoué serviteur.
Ch. Didier.
Je me récommande au souvenir de la charmante colonie du Zelten !».
Une fois arrivé à Vienne ?, il fut bien reçu par le chargé d’affaires français, M. de Lacour, et il trouva à la légation son vieil ami, Gabriac *, qu’il avait connu à Francfort. Didier voulut se mettre aussitôt que possible au courant de la politique de l’Autriche visà-vis des Polonais. Il fut présenté au comte de Ficquelmont #, ministre des affaires étrangères ; « Notre conversation roule toute entière Sur la Pologne, et j’en retire pour conclusion que le cabinet autri-
1. (sic) « Il s’agit du salon de Bettina d’Arnim ». (Note de l'éditeur des Souvenirs d'une mission à Berlin) Je crois qu'il s’agit plutôt de la famille d’Arnim qui était assez nombrtèuse. En parlant dans son journal de ses soirées chez les Arnim, il ne mentionne jamais le salon, mais bien le cercle de famille.
2. « Prononcez Wine » écrit dans son journal, Didier, qui ne savait pas l’allemand.
Le Le vicomte de Gabriac, secrétaire de la légation de France à Vienne, 1848-
4. Ficquelmont, (Karl-Ludwig, comte de), (1777-1857). Lorrain d’origine il fit Sa Carrière au service de l'Autriche. Général en 1814 il avait représenté la monarchie comme ambassadeur avant d’être nommé ministre des affaires étrangères en mars 1848. Il quitta le pouvoir le 4 mai, devant les manifestations populaires.
chien maintiendra le sfaiu quo. Du reste il parle bien français et parle beaucoup ! ». Ne voyant ce qu’il pourrait faire à Vienne, Didier se décida à partir pour Cracovie ? en passant par Breslau où devait avoir lieu, pour étudier la question polonaise, un congrès auquel il représentait la France. Il résume tout son séjour dans une lettre à Circourt 5.
Vienne, 3 mai 1848.
« Aujourd’hui même, Monsieur, je quitte Vienne pour me rendre à Kracovie (sic) en passant par Breslau, où il doit y avoir après-demain une espèce de congrès polonais 4. J’ai été invité à m’y rendre et voilà la cause du détour que je suis obligé de faire.
Je suis assez peu satisfait de mon séjour ici. J'ai pu me convaincre par moi-même que le gouvernement autrichien est moins favorable encore que celui de Berlin à la cause des Polonais. La catastrophe de Kracovie, qui ne peut manquer d’avoir en Europe un retentissement fâcheux, prouve assez combien ses dispositions sont hostiles et combien peu il est permis de compter sur sa bonne volonté.
Dans une longue entrevue que j'ai eue ici avec le Ministre des Affaires étrangères, comte de Ficquelmont, je n’ai recueilli de sa bouche que des paroles froides, et quand je dis froides, je reste de beaucoup au-dessous de la réalité : c’est malveillantes qu’il faudrait dire. Il est certain que les Polonais n’ont rien à espérer de ce côté là ; à moins que le gouvernement ne change de système, c’est-à-dire d'hommes, et c’est probablement ce qui ne manquera pas d’arriver d’ici à peu de temps. Le ministère actuel est un ministère transitoire. Il n’a évidemment pas en lui des conditions de viabilité. Espérons que son successeur sera animé de sentiments meilleurs pour les Polonais. Il est triste d’en être toujours réduit aux espérances et de se briser à chaque pas contre la réalité.
Les nouvelles de Paris, qui sont excellentes, ne peuvent manquer . d’exercer une heureuse influence à l’extérieur ; car les élections donnant de la force au Gouvernement provisoire, sa parole aura plus d’autorité sur les cabinets étrangers ; il pourra parler plus ferme et plus haut.
Personnellement, je me suis plu médiocrement à Vienne. Vous m'avez si bien gâté à Berlin, vous et Madame de Circourt, que vous m'avez rendu impossible le séjour de toute autre ville. Ajoutez à cela que Vienne par lui-même offre infiniment peu de ressources intellec-