Souvenirs d'une mission à Berlin. Liasse 3, pièce
4. « Les dépêches de Breslau insérées dans le Moniteur Universel d’après la Gazette de Breslau ne mentionnent point ce congrès, sur lequel je n’ai pas ailleurs trouvé aucun renseignement ». (Note de l'éditeur des Souvenirs).
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tuelles, et le fait est que j'y ai rencontré fort peu d’hospitalité. Je n’y aurais même pas prolongé autant mon séjour, si je n’y eusse attendu l’époque du congrès de Breslau.
Politiquement, Vienne paraît vouloir aller jusqu’au bout, et si le mouvement n’est pas aussi bruyant, aussi visible qu’à Berlin, il n’en existe pas moins. La bourgeoisie a les armes à la main et ne les déposera qu’à bonne enseigne. La constitution est proclamée depuis huit jours. Pourra-t-elle fonctionner au milieu de toutes ces nationalités qui tirent chacune de son côté, c’est une question que le temps résoudra et dont je crois la solution aussi difficile que celle de la question polonaise.
Veuillez m2 donner de vos nouvelles en m’adressant toujours vos lettres sous le couvert de M. de Lacour qui me les fera parvenir. Je me recommande au souvenir de Mme de Circourt, à qui j'aurai l'honneur d'écrire de Kracovie, et je vous prie de me croire votre tout dévoué serviteur. | j Ch. DIDIER.
Miile respects au Zelten ».
Le même jour, le 3 mai, M. de Circourt transmettait à Didier des renseignements précis sur la situation des Polonais dans la monarchie prussienne et sur les mouvements des voyageurs de cette nation... Cette lettre ne lui parvint que quelques jours plus tard. Quand au congrès de Breslau, dont il est question dans la lettre précédente, Circourt écrivait à Paris dans sa dépêche du 6 mai 1 :
« Les Polonais qui se disent et se croient peut-être les chefs du mouvement de leur nation, vont tenir une sorte de diète à Breslau. M. Didier qui n’a point été content à Vienne du comte de Ficquelmont — s’y rend d’une part, le prince Adam Czartoryski, qui part demain pour Dresde et de là pourParis, se fait représenter à Breslau par M. Moravski.. La tactique à laquelle le désespoir réduit ces hommes s’explique en peu de mots : armer la Prusse contre la Russie, et la France contre la Prusse ; allumer dans tout le continent une guerre implacable, guerre sociale autant et plus encore que stratégique et politique. »
Mais cette «sorte de diète » n'eut pas lieu, et, après une attente vaine de deux jours, Didier repartit pour Cravovie, où il arriva le 6 mai. Il trouva une ville en décadence, mais avec un peuple très patriote, enflammé contre l’Autriche d’une haine toujours croissante depuis les événements du 26 avril ?. Peu après son arrivée le géné-
1. Neuvième liasse. Lettre confidentielle n° 48 à Lamartine, 6 mai 1848, publiée dans les Souvenirs d'une Mission à Berlin. Vol. II,-pages 148-152.
2. Bombardement de la ville par l’armée autrichienne : « Les femmes même prirent part à la défense, élevant des barricades et se jetant sur les soldats. Plusieurs furent tuées. » écrit Didier dans son journal, le lendemain de son arrivée à Cracovie.
ral autrichien demanda à le voir pour lui expliquer le bombardement du point de vue du gouvernement impérial. Malheureusement, Didier évite toute discussion politique en ce qui concerne sa mission, et son journal ne nous fournit que peu de renseignements sur ses conversations. À Cracovie, il se borne à des descriptions de la ville et à quelques mots sur ses relations. Muni de billets d'introduction, il est reçu dès son arrivée par la comtesse Wonsowicz petite nièce du dernier roi de Pologne, femme très riche et de haute influence. Didier la trouva charmante, et ce fut le commencement d’une amitié qui dura de longues années. Le vieux prince Lubomirski l’invita à dîner et lui présenta beaucoup de monde. Les comtesses Arthur et Michel Potocka le reçurent souvent, et bientôt il commença à « tourner tous les jours dans le même cercle ». Il voulait se documenter autant que possible. Il entra en relations avec l’évêque, qui lui fit les honneurs de la cathédrale et qui se plaignit de la démobilisation du peuple et du clergé. Tous les soirs il rédigeait des dépêches à son gouvernement, tant pour transmettre les renseignements ainsi recueillis que pour demander des instructions. Rien ne venait et l’envoyé commençait à s'inquiéter.
M. de Lacour avait écrit à Circourt le 3 mai, 1848 1...
« M. Ch. Didier, qui nous a quittés aujourd’hui après quelques jours passés ici... m'a semblé en avoir déjà assez vu pour savoir à quoi s’en tenir sur le sujet qu’il était venu étudier. Il en apprendra probablement davantage en Galicie, où l’on attend sa venue avec grande impatience — du moins les gens à idées sensées, dans l'espoir de voir se faire quelque chose de semblable à la conciliation qu’on dit avoir été opérée à Posen, mais où il est très à craindre aujourd’hui qu’il n’arrive à temps pour empêcher d’incalculables calamités. Les tristes événements qui viennent d'arriver à Cracovie sont de nature à faire naître ces graves et funestes complications. »
Didier sentait bien qu’il avait déjà rempli son rôle d’observateur à Cracovie, et il ne voyait absolument plus rien à y faire. Enfin il note le 13 mai : « Je ne reçois rien de Paris et j'hésite à continuer mon voyage, dans la crainte de rester en plan ». En attendant ces instructions, il faisait, aux environs, des excursions à la suite desquelles il consigne des détails fort intéressants sur le pays et le peuple. Il se décida enfin à partir pour Lemberg, sans attendre plus
1. Publiée dans les Souvenirs d'une Mission à Berlin. Vol. IT, pp. 121-130.
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longtemps son courrier officiel. Pendant le trajet, tout lui rappelait l’histoire tragique de la Pologne, et surtout les massacres de 1846. A Tarnow, dans la Galicie occidentale, qui fut un des centres de ces massacres, le voyageur s'arrêta pour s’entretenir avec le comité et les chefs des Polonais. La nuit, on lui donna une sérénade. Aux cris de « Vive la République Française ! Vive Charles Didier ! » l’'envoyé parut au balcon de l’hôtel pour remercier et exhorter les manifestants à la patience. « L’enthousiasme pour la France est partout sincère a ajouta-t-il en notañt les événements du jour 1.
Dès son arrivée à Lemberg, le commandant de la garde nationale, le général Zoluski (sic) lui fit visite, le gouverneur de la province, le Comte Stadion?, lui donna la version autrichienne de la situation et dit qu’il croyait une Pologne possible moyennant indemnité d’un autre côté. Comme partout dans ce pays, il fut fort bien reçu, et même fêté par l’aristocratie polonaise. Mais Didier se trouvait de plus en plus gêné par le mustisme de Paris. Rien ne lui était encore parvenu, situation d'autant plus embarrassante que les Polonais croyaient M. de Circourt ?, hostile à leur cause 4 Le voyageur continuait à expédier ses communiqués quotidiens à Lamartine. Il ignorait complètement ce qui se passait à Paris. Il ne savait pas que, le 15 mai, une foule immense de citoyens était partie de la Place de la Bastille et s'était dirigée vers le Palais Bourbon, où un député d’origine polonaise, Wolowski 5, avait pris la parole. I