Journal, 18 mai
2. Le comte Stadion appartenait à une très ancienne famille noble au service des Habsbourgs depuis de longues générations.
3. M. de Circourt fut rappelé par une dépêche du 13 mai; cette dépêche ne fut expédiée que le 16, et lui parvint dans la matinée du 18. Le 10 mai, Lamartine fut élu à la Commission du pouvoir exécutif. Son secrétaire général, Jules Bastide, prenait alors le portefeuille des Affaires étrangères, avec Jules Favre comme sous-secrétaire d'État. On passa quelques jours après à l'élection d'un comité des Affaires étrangères. À partir du 10 mai, ce ne fut plus Lamartine qui eut la direction unique de la politique internationale de la France.
4. Didier écrit dans son journal le 23 mai : « Hier on a eu ici, dans les Débais du 15, les fragments des dépêches de Circourt sur la question polonaise. (Elles sont) hostiles à la Pologne — Jettent ici la consternation. Sont fausses sur beaucoup de points. Ma position devient embarrassante ».
5. Louis-François-Michel-Raymond Wolowski (1810-1876) Économiste et homme politique, il avait pris part à la révolution polonaise de 1830 et se réfugia ensuite avec son père, à Paris, où il se fit naturaliser français en 1836. Après son élection à l’Assemblée Constituante en 1848, Wolowski siégea parmi les républicains modérés. « Le 10 mai, Wolowski, présentant à l'Assemblée une pétition datée du 3... au nom des Polonais de Galicie, de Cracovie et de Posen, posait résolument la ques-
avait abordé la question de la Pologne, attaquant — sans le nommer — Circourt, quand «le flot populaire porta à la Tribune Raspail, pour y lire la fameuse pétition, où, condamnant la politique «égoïste et effrayée » du gouvernement, il demandait :
19 que la cause de la Pologne fût confondue avec celle de la France ;
2° que la restitution de la nationalité polonaise fût obtenue à l'amiable ou les armes à main ;
3° qu’une division de notre vaillante armée fût tenue prête à partir immédiatement, après le refus qui serait fait d’obtempérer à l’ultimatum de la France.
… La crise internationale se dénoue en une tentative révolutionnaire, vite arrêtée par la garde mobile et par Lamartine. Les clubistes parisiens sont vaincus ; maïs plus vaincus encore, s’il se peut, sont les Polonais de Posnanie, et l’on voit Wolowski lui-même renoncer à la parole. Les conservateurs et les pacifistes de l’Assemblée, avertis par l’essai démagogique du 15 mai, sont prêts désormais à comprendre la politique de Lamartine, et surtout à la suivre dans l'avenir ! ».
Le 23 mai, après une seconde attaque sur la politique du gouvernement vis-à-vis de la Pologne, Lamartine prit la parole devant l’Assemblée nationale. Il exposa nettement sa politique, raconta, d’après les communiqués de Circourt, ce qui s'était passé en Posnanie, parla des événements de Galicie, rappela les concessions faites aux Polonais par la Prusse. II montra d’ailleurs qu’une intervention armée en Allemagne serait impossible. La France ne pouvait oublier toutes ses autres relations et ses autres responsabilités en se plongeant dans une guerre pour la Pologne. Ce discours de Lamartine mit fin, pour le moment, aux interpellations et renforça la situation du Gouvernement provisoire.
Enfin l’on s'était souvenu de Charles Didier à Paris, et le 4 juin lui arriva une lettre de Bastide, qui le rappellait. Le lendemain, :ïl reçut une communication de Dargaud, le rappelant de la part de Lamartine. :
Nous ne savons, car il n’en dit rien, ce qu’il répondit à Lamartine
tion : la France devait faire appel « par voie de proclamation, à la nation allemande, à la Diète de Francfort, pour sauver la cause de la Pologne ». Souvenirs d'une mission à Berlin. Introduction, LXXV.
1. Souvenirs d’une mission à Berlin. Introduction, pp. LXXVI-LXXVII-
et à son successeur, mais en tout cas, il se décida à ne pas partir sur le champ. Au contraire, il quitta Lemberg, le 6 juin, pour voyager à travers la Pologne en char-à-banc et en charrette, couchant dans des villages et des petites villes, et il arriva à Cracovie le 14. Ses amis polonais l’accueillirent chaudement, et il profita de leur hospitalité pendant un mois, faisant des visites aux grandes propriétés des environs. Pendant tout son séjour, il continuait à expédier ses dépêches numérotées à Paris. Il attendait une réponse du ministère pour prendre une décision, mais si elle lui parvint, 1l n’en note pas le contenu dans son journal. Didier tenta d’avoir un visa pour Varsovie, ce qui lui fut définitivement refusé. Sentant combien sa position était fausse à Cracovie, il se rendit à Pest, muni de quelques billets de recommandation. Arrivé le 17 juillet, il passa une quinzaine de jours dans la capitale hongroise, assistant aux séances de la Chambre, et fêté, du reste, par le comte Batthyany !, président du Conseil, par le ministre Széchenyi ?, et par d’autres Hongrois de distinction. La comtesse Karolyi, qui avait joué un rôle important dans la Révolution, était parmi ses nouveaux amis de Pest, et il la retrouvera plus tard à Paris. Didier se borne ici à donner des détails sur sa vie intime et des descriptions du pays, sans rien ajouter sur la situation politique en Hongrie ni sur le grand désordre qui régnait alors dans la capitale.
De Pest, il s’en revint à Vienne, rencontrant partout des troupes sur la route. À son arrivée, M. de Lacour n'avait rien de nouveau à lui apprendre quand aux relations de la Croatie et la Hongrie. Didier retrouva le prince Lubomirski et Adam Potocki ?, auquel il proposa d'établir à Paris « une publicité en faveur de la Pologne, qui n'a dans la presse aucun défenseur ». Ses journées se passaient en conversations avec Lacour et ses relations viennoises, en promenades dans la ville et aux environs. Le reste du temps, il le consacrait à rédiger son journal et ses dépêches. On lui racontait les on-dit qui couraient sur son compte : on l’accusait d’avoir répandu beaucoup d'argent dans le peuple de Vienne pour préparer des
1. Louis Batthyany (1809-1849). D'une famille hongroise très distinguée. Sa car rière politique commença en 1836 à la Chambre des Magnats, où il était le grand orateur de l’opposition. En 1848 il fut nommé président du conseil dans le Dremier ministère hongrois. 11 fut fusillé par les Autrichiens en 1840.
2. Étienne Széchenyi (1792-1860), après une carrière militaire, se fixa à Pest en 1827, et inaugura l’époque des grandes réformes. Il fut ministre des voies et communications en 1848.