‹ Dans Le Sillage Du Romantisme Charles DidierChapitre 111 sur 172 · Tous deux députés de Galicie à la Diète · texte numérisé non relu

Tous deux députés de Galicie à la Diète

émeutes. Batthyany prétendait qu’à Pest il avait fait des avances aux Croates. «Et voilà justement, ajouta-t-il une fois de plus, en notant ces rumeurs dans son journal, comme on écrit l’histoire ». Rien ne le retenait à Vienne, et s’il y avait reçu une communication officielle de Paris, il n’en parle toujours pas. En tout cas, il se décida à regagner Paris en passant par Munich, Nuremberg et Bruxelles, où il arriva le 3 septembre. A cette dernière étape, Didier s’effraya à l’idée de retourner à Paris. Sa vie était brisée, personne ne s’apprétait à l’accueillir. Rasséréné d’abord par le voyage, il sentait ses souffrances se réveiller. « Je retourne à Paris comme on va à la guillotine », écrit-il. Mais il n’avait aucun désir de prolonger son séjour à Bruxelles, ville qui lui était fort antipathique, et il se décide à faire la route à pied. Il expédia sa malle et partit le 6 septembre. « O solitude, je te retrouve. Salut !.. Me revoilà en pleine vie aventureuse. Que ne l’ai-je fait toujours ! Mais je puis le refaire encore ».

Ainsi se termina la mission de Charles Didier en Pologne, dont M. de Circourt a écrit moins paradoxalement qu’il ne pourrait sembler : « L'avantage de sa mission fut de n'avoir rien produit ; l'honneur de M. Didier fut de ne lui avoir rien fait produire 1 ». Ce qu'elle aurait été s’il avait eu l’appui d’un gouvernement bien organisé, il nous est impossible de le dire. Il n’y a aucune raison de douter qu'il la remplit avec le tact, le courage et la loyauté que lui reconnurent et Circourt et d’Arnim. Quant au long voyage qu'il avait fait après son rappel, Charles Didier en rendit compte aux lecteurs d'Une visite à M. le duc de Bordeaux ?.

« Fort peu de temps après la Révolution de Février, j'avais reçu une mission à l’étranger, qui, en tout temps, eût été délicate et qui alors n’était pas exempte d’un certain péril... Il ne serait ni convenable, ni opportun d’en dire là-dessus davantage. Un homme qui a mis au service de la démocratie une gloire, un génie, un courage horsligne, M. de Lamartine, tenait le portefeuille des Affaires étrangères : c’est de lui que j'avais reçu mes instructions, c’est avec lui que j’ai correspondu ; c’est donc à lui, à lui seul, qu’il appartient de dire si j'ai justifié la confiance qu’on avait mise en moi.

Ma mission finit avec le gouvernement qui me l’avait donnée. Je me trouvais en ce moment à six cents lieues de Paris, à l'extrême frontière de la Pologne autrichienne ; je profitai de mon retour pour visiter, mais désormais en simple voyageur et sans caractère aucun, la Hongrie,

x. Souvenirs d’une Mission à Berlin. Tome II, p. 248.

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