‹ Dans Le Sillage Du Romantisme Charles DidierChapitre 112 sur 172 · Page 6 et suite · texte numérisé non relu

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et la Croatie, prêtes alors à en venir aux mains, deux grands tiers de l'Allemagne et jusqu’au Danemark : où la question des duchés était encore pendante. Je ne revins à Paris que dans le courant de Septembre. »

A son retour à Paris, Didier fut reçu avec beaucoup de cordialité au Château de Madrid ?, où il est invité à dîner, et où il eut toute occasion de parler au long de sa mission ?.

Lamartine lui demanda de préparer quelques pages sur samission, que le grand poète promettait de publier dans l’Historre de la Révolution de 1848. Mais quand ce livre parut, au mois de juillet 1849, nous trouvons dans le Journal : « Je la [l’histoire de la Révolution de 1848] parcours et je vois que, malgré sa promesse, il ne dit pas un mot de moi, ni de ma mission, quoi qu’il m’eût demandé une note assez détaillée. Pourtant il parle de tout le monde. C’est un oubli, non loin d’une injure, et je lui revaudrai cela quelque jour. Cette circonstance ajoute à ma tristesse et je puis compter ce jour pour un de mes plus mauvais 4 ».

À Paris, le malheureux Charles se sentait «replongé au milieu de toutes les horreurs » oubliées pendant son voyage. Tout avait été vendu chez lui par autorité de justice. Il ne lui restait que quelques livres de voyage et de menus objets sans valeur. Il fuyait la plupart de ses amis et ne savait que faire de sa vie. Sauf quelques articles pour le Crédit, le travail lui était impossible et son unique désir était d'abandonner la capitale. ©

Il eut bientôt l’occasion de se remettre en route par suite de sa collaboration au Crédit. Ce journal, dont le fondateur et le rédacteur

1. Ceci n’est pas exact, d’après son journal. 2. Propriété de Lamartine, au bois de Boulogne.

3. « J'aurais attaqué publiquement ce stupide et plat Bastide si Lamartine ne m'en eût dissuadé, me disant que cela lui serait désagréable, parce que je tenais ma mission de lui et qu’on y verrait une vengeance déguisée. Le silence m’a coûté, mais je compte m’en dédommager plus tard. » note-t-il dans son journal, à la suite de ses conversations avec Lamartine.

4. Pendant l’absence de Didier, Alexandre Rey avait été nommé représentant du peuple par l'influence de M. de Lamartine. C'était l'époque où Rey et Aglaé étaient au mieux avec le grand poète, et il y a lieu de croire que c’est sur leur conseil qu'a disparu toute mention de la mission de Charles Didier.

en chef était Chärles Duveyrier !, devait bientôt paraître, et il avait demandé Didier, dès son retour, comme « Ministre des affaires étrangères ». Or celui-ci proposa à Duveyrier d’aller à Vienne pour le Crédit. Toute l'Europe se rendait compte que Ferdinand IV, qui fuyait ses responsabilités pour se réfugier à Innsbrück, n’était pas fait pour rétablir la paix dans son empire troublé par les mouvements révolutionnaires, et que la propagation des idées nouvelles en Autriche et en Hongrie amènerait des événements importants ? Duveyrier le renvoya à son collègue, Entantin ÿ, qui n'avait qu’une idée en ce moment. « C’est le percement de l’Isthme de Suez de concert avec les directeurs du chemin de fer de l’Autriche ». Ils tombèrent d'accord et il fut décidé que Didier irait à Vienne pour le compte du Crédit. Avant de quitter Paris, il dîna chez la Marquise de Boissy, où il rencontra son vieil ami le Vicomte de Freissinet 4 Celui-ci lui proposa de faire une visite au duc de Bordeaux 5, alors. au château de Frohsdorf, près de Vienne, et lui Done une lettre d'introduction pour le duc de Lévis, qui appartenait à l’entourage du prétendant. Tout républicain qu’il était, Didier se montra curieux de voir ce petit-fils de Charles X, proclamé roi souslenom de Henri V après les Journées de ju'llet. Madame de Boissy le présenta ce soir-là à Louis-Napoléon : «Il me paraît insignifiant et rien ne me frappe en lui. Il ne m’inspire ni confiance, ni défiance. Nous causons une demi-heure à part 6».

Après des arrêts à Cologne, Hanovre, Leipzig et Dresde, le voyageur arriva à Vienne pour la troisième fois dans la même année. II y resta environ un mois, pendant lequel il suivit de près tous les

1. Le Crédit (1° novembre 1848 — 3 août 1850), « fondépar Charles Duveyrier, l’ancien Saint-Simonien, sous le patronage dit-on du général Cavaignac, voulait non la république des cœurs, ni la république des sans-culottes, mais une république humaine, intelligente, industrielle, libérale, magnanime ». Hatin, E. Bibliographie de la presse française, Paris 1866, p. 451.

2. Ferdinand IV abdiqua le 2 décembre en faveur de François-Joseph.

3. Barthélémy-Prosper Enfantin (1796-1864) socialiste français, Saint-Simonien dont la vie fut très mouvementée. Il fut collègue de Duveyrier à diriger le Crédit.

4. Vicomte Vzarn de Freissinet, ami intime de Charles Didier. /

5. Henri-Charles-Ferdinand-Marie-Dieudonné d’Artois, duc de Bordeaux, comte de Chambord fut le dernier représentant de la branche aînée des Bourbons. fl naquit à Paris le 20 septembre 1820 et mourut à Frohsdorf en 1883. Il épousa en 1846 la .

princesse Marie-Thérèse, archiduchesse d’Autriche-Este.

6. Journal, 2 novembre 1848. A ce propos Didier écrit dans Une visite à M. le duc de Bordeaux : « Ce rapprochement, tout fortuit, ne laissait pas d’être piquant. J'étais là, pour ainsi dire, entre deux prétendants, séparés, ilest vrai, parcinq cents lieues ; mais en quittant l’un, j'allais voir l’autre ».

événements qui se préparaient sous ses yeux. Grâce aux relations qu’il s'était déjà faites, il était à même d’être bien renseigné !. Sa vie se trouvait bien remplie, il la partageait entre Kremsier, où siégeait le diète, et Vienne, où régnait l’état de siège ?. Il renouvela connaissance avec le général Willisen, et il fut présenté aux grands chefs militaires autrichiens. Après la première huitaine du mois de décembre, Didier jugea que le moment était venu de rentrer à Paris. L'empereur avait abdiqué, une nouvelle ère commençait pour l’Autriche, sa mission était terminée et il avait hâte de quitter Vienne où il ne s’est jamais plu ?. Il ne raconte pas dans le Journal comment il s'était arrangé pour passer par Frohsdorf, mais voici le récit que donne l’avant-propos d'Une visite à M. le duc de Bordeaux.

« Quoique Frohsdorf ne soit guère éloigné de Vienne que d’une douzaine de lieues, et que, grâce au chemin de fer, le voyage se fasse en deux heures, le temps m'avait toujours manqué pour aller rendre à M. de Lévis la lettre de M. de Freissinet. Je l’avais en poche depuis six semaines, et, malgré mon intention formelle d’en faire usage, je l’aurais peut-être encore, si une occasion toute naturelle de la remettre enfin ne se fût présentée. M’étant décidé à revenir en France par Trieste, je devais nécessairement repasser devant Frohsdorf ; je résolus de m'y arrêter... Simple voyageur, absolument libre de mes actions, j’allais où je voulais aller, je voyais qui je voulais voir, et je dois dire que j'ai usé largement de cette précieuse liberté.

Je n’avais aucun motif pour dissimuler mon projet, et ne le cachai nullement à mon départ de Paris ; quant à Vienne, vous allez voir à quel point je poussai la dissimulatiorn.

La veille, ou l’avant-veille5 de mon départ, je dînais à l'Ambassade de France avec M. de L., chargé des intérêts particuliers du duc de Modène à Vienne, après y avoir été précédemment comme chargé d’affaires diplomatiques. Madame la duchesse de Bordeaux étant une

1. « Plusieurs des hommes avec lesquels j'étais en rapports se trouvaient en scène, sur le premier plan... Parmi les hommes politiques avec lesquels j'avais été en relations, même en correspondance, l’un était ministre, plusieurs proscrits, un autre était fusillé. L'empereur abdiqua ». Introduction à Une visite à M. le duc de Bordeaux, p. 8 et suite.

2. Dans son journal il décrit un voyage à Kremsier le 1e7 décembre, en compagnie de Stadion et de Bach, le ministre de la Justice.

3. 11 note souvent combien il s'ennuie à Vienne : Le 26 novembre par exemple, il écrit : « Je me suis toujours ennuyé à Vienne. Que faire de mon dimanche ? Tout le monde s'amuse. Je voudrais ne pas m'ennuyer trop ».

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