Cinquante jours au désert, p
observateur né, et nous verrons, par ses livres et ses articles, qu’il avait recueilli alors des notes qui renferment des renseignements utiles à divers égards. Ce n'était point le jeune poète romantique qui ramassait ces matériaux, mais un homme d'esprit qui avait déjà témoigné de son vif intérêt pour les différents aspects de la vie morale, politique, économique et sociale. Il voyageait la plupart du temps à pied, poussait jusqu'aux coins les plus reculés des Abruzzes et de la Sicile, ignorés encore des écrivains français de son époque. Quel contraste entre ce voyage et ceux de ces contemporains romantiques ! |
« Je n’aime pas à répéter ce qu’ont dit les autres » écrivait Didier beaucoup plus tard !, mais dès ses débuts il chercha à rassembler en voyage des matériaux d'intérêt documentaire. Il avait réuni de la sorte les notes qui lui servirent à écrire les divers articles sur l’Italie et la Sicile qui ont paru dans la Revue encyclopédique et la Revue des Deux Mondes, la Campagne de Rome, ainsi que le plus connu et le mieux documenté de tous ses ouvrages, sa Rome Souterraine.
Les autres voyageurs suisses de l’époque, Mme de Staël, Sismondi, Léopold Robert?, n’ont pas livré à leurs lecteurs des notes bien complètes ni révélatrices. Il en va autrement de Charles Didier. Il n’y a que Marc Monnier qui, plus tard, s’est montré grand observateur et a même dépassé Didier par la richesse de ses souvenirs et de ses idées politiques et littéraires. Mais il ne faut pas perdre de vue que si parfois Didier semble un peu trop « géographe », un peu trop préoccupé de faire connaître la topographie de ces régions perdues, c'est qu'il se rendait compte qu’il parlait d'horizons tout à fait inconnus de ses lecteurs.
Il ne serait guère possible de suivre dans le détail l'itinéraire de Didier pendant ses voyages à travers l'Italie, son journal de l’époque étant détruit, mais, d’après ses lettres et les indications contenues dans ses propres ouvrages, on parvient à savoir quelles régions il a visitées. Peu après son arrivée, il avait dû se rendre à Florence, où il a passé quelque temps. C’est là qu'Imbert Galloix lui adressait sa lettre du 11 décembre 1827.
Or, en 1827, Lamartine, que lui et Galloix admiraient de loin depuis longtemps, se trouvait précisément à Florence, où il rem-