‹ Dans Le Sillage Du Romantisme Charles DidierChapitre 124 sur 172 · Ibidem · texte numérisé non relu

Ibidem

3. James Fazy (1704-1878) fonda le Journal de Genève en 1825 et commença une campagne pour la modification des institutions publiques. Ilse mêla à la Révolution de 1830 à Paris et rentra à Genève en 1833. Sa carrière politique commença en 1841, et Fazy fut le chef du gouvernement radical de 1846 à 1853 et de 1855 à 1861. 11 est considéré comme le créateur de la Genève moderne.

était alors absorbé par les élections municipales, qui tournèrent, du reste, contre lui. Peu après son arrivée à Marseille, le voyageur notait dans son journal : « Grast m'a écrit il y a quelques jours pour m'offrir, visiblement de la part de Fazy, une place d’inspecteur des études à Genève, avec une chaire de littérature. Je lui réponds aujourd’hui 1, sans dire ni oui ni non ».

À Marseille, Didier s’organisa une vie tranquille et casanière : des bains de mer quotidiens, des promenades et beaucoup de repos. L'état de sa vue était stationnaire. Cependant il travaillait un peu, en dictant à un secrétaire des sonnets et d’autres pièces de vers, dont une fut insérée dans la Revue méridionale paraissant à Marseille. Il préparait aussi un article sur les Troubadours provençaux, qu'il publia dans le Mémorial d'Aix, et il édita ses Sonnets suisses en un volume, sous le titre d’Helvetia ?. Le poète était resté fort médiocre, mais ces pages ont du moins cet intérêt de refléter sa tristesse et sa nostalgie du pays natal :

Ce fut là ma première et ma seule patrie Et je sens maintenant à quel point je l’aimais,

Car je sens dans l'exil tous les j jours plus sa perte. O mes Alpes ! pourquoi fallut-il vous quitter !

Il se rendait cependant bien compte qu’il ne pourrait plus jamais se contenter de Genève. L'état de sa vue, d’ailleurs, le faisait hésiter à accepter le poste qu’on lui offrait, et il envoya finalement à Grast une réponse négative. Les yeux n'’allaient pas mieux après un mois de Marseille ; puis il se sentait déchiré par de nouveaux combats entre «la matière et l'esprit » ; son tempérament l’entraînait à des liaisons qui ensuite l’ennuyaient, et même le dégoüûtaient. C’est pourquoi il se résolut à un long voyage dans cet Orient où se concentrait alors l'intérêt politique. Sans projets bien fixes, il s’embarquait le 9 septembre pour l'Égypte, sur un paquebot qui faisait escale à Tripoli. Pendant toute la traversée, le voyageur n’eut personne pour écrire en français sous sa dictée, de sorte qu’il dut, pour son journal, recourir à «la langue de sa jeunesse » en dictant à un jeune Italien, dont le style est loin d’être littéraire et l'orthographe plus médiocre encore.

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